J’ai connu Jordan Peele par ses sketches humoristiques avec Keegan-Michael Key dans leur série Key & Peele (le sketch du professeur remplaçant [Substitute Teacher] est un classique). Et quand j’ai su qu’il allait réaliser son propre film d’horreur, j’étais, comme plusieurs, surpris et sceptique. Et le film qu’il réalisa… a été acclamé par les critiques, a été maintes fois nominés aux oscars (et a remporté le meilleur scénario), est devenu un classique de l’horreur des dix dernières années, et a du jour au lendemain permis à Jordan Peele de devenir l’un des nouveaux réalisateurs à surveiller de notre époque.
Mettant en scène Daniel Kaluuya dans le rôle principal, ainsi que Allison Williams, Lill Rel Howery, LaKeith Stanfield, Bradley Whitford, Caleb Landry Jones, Stephen Root, Catherine Keener et Betty Gabriel, Get Out est un film d’horreur psychologique, qui est à la fois un film idéal à écouter pour le mois de l’histoire des Noirs, et le pire film à écouter en amoureux lors de la Saint-Valentin.

Être invité ne signifie pas que tu es le bienvenu
Chris Washington (Daniel Washington) est un photographe afro-américain qui s’apprête à rencontrer la famille de sa copine blanche Rose (Allison Williams), malgré les multiples avertissements de son ami paranoïaque (Lil Rel Howery). Mais une fois chez la famille, Chris tombe sur une famille (Bradley Whitford, Caleb Landry Jones, Betty Gabriel) qui se force un peu trop bien pour l’avertir. Mais alors que plusieurs événements étranges se succèdent, Chris commence à se sentir mal à l’aise, jusqu’à ce qu’il reçoive plusieurs avertissements qui lui indiquent de partir avant qu’il ne soit trop tard…

Stephen King, Keyser Sozë, et The Stepford Wives
De loin, le point fort du film est son scénario. En plus de faire des clins d’œil à d’autres œuvres horrifiques, l’intrigue, inspirée par Rosemary’s Baby et The Stepford Wives, vous tient en haleine du début à la fin. On suit le personnage de Chris, on comprend ses actions et motivations, et on est angoissé à mesure que l’intrigue se développe.
L’histoire contient aussi plusieurs bouleversements et surprises qui vous marqueront lors de votre premier visionnement. Mais lorsque vous réécouterez ce film, plusieurs indices, négligés lors de votre premier visionnement, vous sauteront alors au visage, et vous feront dire « pourquoi n’avais-je pas vu cela plus tôt ». (D’ailleurs, Jordan Peele a lui-même décrit un de ces moments comme son « Keyser Sozë ».)

Un protagoniste intelligent dans un film d’horreur
La brillance de l’écriture est également présente chez les personnages. En effet, le protagoniste Chris, contrairement aux films d’horreur habituels, est intelligent, réfléchi, et ne prend pas de décisions stupides qui le mettent inutilement en danger. Et son meilleur ami, joué par Howery, agit exactement comme nous le ferions en écoutant un film d’horreur – à l’exception qu’il a le moyen d’intervenir à la situation.
La famille de Rose accomplit chacun son rôle également. Sans rien divulgâcher, chaque information donnée sur chaque personnage prend plus de sens lorsqu’on prend conscience de l’entièreté du scénario.
Dans tous les cas, les acteurs ont accompli leurs tâches avec brio, et ce n’est pas pour rien que Kaluuya a été nominé aux oscars pour ce rôle.

« J’aurais voté pour Obama une 3e fois si je le pouvais »
Une autre prouesse du scénario est sa manière d’aborder plusieurs thématiques et sujets sensibles, sans pour autant partir en sermon, ou en négligeant le reste de l’intrigue.
Le film touche à plusieurs thèmes touchant l’expérience des Afro-Américains, dont, entre autres, les microagressions, les stéréotypes, le fétichisme (la « négrophilie »), l’appropriation culturelle, l’assimilation, les discriminations policières, les répercussions de l’esclavage, et les « Je ne suis pas raciste, mon ami, collègue, partenaire, etc. est noir ». Ces points sont, pour la plupart, explorés à travers des personnages libéraux racistes qui, contrairement aux suprémacistes habituels faciles à identifier, peuvent parfois causer autant (parfois plus) de dommages, dus par leur ignorance. En effet, réduire un groupe de personnes à des stéréotypes, même si ceux-ci sont « positifs », demeure une forme de racisme, et sans cesse ramener la couleur de peau d’une personne, même si l’intention est de l’intégrer dans un groupe, ne fait que l’isoler davantage.
Le film explore aussi l’impact des événements traumatiques durant l’enfance, et quelqu’un de mal intentionné peut s’en servir à ses propres fins.

Plusieurs motifs visuels sont également utilisés le long du film, avec leurs propres symboliques. On compte, entre autres, le cerf, le thé, les voitures noires ou encore le bingo.
Le titre du film prend également un double sens à la fin du film. En plus d’être un avertissement à Chris de quitter les lieux au plus vite, ces mots, lorsque prononcés dans le film, peuvent être autant interprétés comme étant adressés à Chris qu’à « quelqu’un d’autre ». Vous comprendrez après votre visionnement.
Sur une autre note, je dois aussi mentionner que Jordan Peele, dans une vidéo sur YouTube avec Variety, a réagi à une série de théories des fans sur son film, et en a confirmé et démenti plusieurs. Si vous voulez en apprendre plus sur le message du film (et rire un bon coup), je vous le recommande.

Une nouvelle vague d’horreur
Avec Ari Aster (Hereditary, Midsommar), Jordan Peele est devenu l’une des voies les plus importantes de l’horreur contemporaine. Son premier film a permis d’élargir les horizons de l’horreur au grand public (au-delà des slashers et torture porn), et a rappelé que l’horreur peut être un genre idéal pour explorer plusieurs enjeux sociaux. On a malheureusement eu en chemin des films d’exploitation qui n’étaient qu’une pâle imitation, mais on a aussi eu de nouveaux classiques, comme Ready or Not, The Invisible Man, The Substance, The Menu, ou encore Sinners.
En plus de son impact sur le genre, plusieurs images et scènes du film sont également devenues cultes. Le thé, les clés, LaKeith Stanfield qui saigne du nez, ou encore le « sunken place » (qui est elle-même devenue une expression populaire après le film).

Conclusion
Get Out est un nouveau classique de l’horreur qui, au lieu de jouer avec le gore ou des monstres effrayants, joue sur la psychologie et les dynamiques sociales actuelles qui impactent plusieurs d’entre nous. Et tout en abordant ses diverses thématiques, il conserve un scénario intriguant qui vous fera vous tenir sur le bord de votre siège. Que ce soit pour un premier, deuxième ou troisième visionnement, je vous le recommande, autant aux amateurs de films d’horreur qu’aux non-fans.
Ne l’écoutez seulement pas avec votre partenaire, par contre. Ou l’un d’entre vous risque de finir paranoïaque…

Pour visionner le film, c’est ici.

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