CRITIQUE DE FILM – SOMEONE’S DAUGHTER

par | Oct 27, 2026

Informations principales

Titre du film : Someone’s Daughter

Réalisateur : Wiebke von Carolsfeld

Scénariste / Auteur original : Doug Taylor, Wiebke von Carolsfeld

Studio / Production : Bunbury Films, Prospector Films, Rebel Labs, Filmoption International

Genre : Drame, suspense

Durée : 96 minutes

Date de sortie : 23 octobre 2026

Je vais être honnête, je ressens un petit malaise en écrivant cet article. Pas forcément à cause de son sujet — la série Furious, que j’avais critiquée cet été, traitait d’enjeux semblables. Mais parce que la date de publication de ce texte est… assez hasardeuse.

Le film en question est un long métrage québécois que j’ai visionné à Fantasia cet été et qui faisait partie de la compétition phare du festival, le Cheval noir. Mettant en vedette Pascale Bussières, François Arnaud et Peter Outerbridge, Someone’s Daughter est un film de suspense où une avocate de la défense se retrouve sur une île déserte avec un ancien client qu’elle avait défendu il y a quinze ans contre des accusations d’agressions sexuelles.

Bien que j’aie vu le film en juillet, on m’avait demandé d’attendre sa sortie pour publier ma critique. Or, entre-temps, un scandale américain a fait les manchettes sur les réseaux sociaux, car une étudiante universitaire avait poursuivi plusieurs élèves d’une fraternité pour un viol collectif.

Les dates de sortie de cette critique et du film, ainsi que celles d’événements réels, sont certes fortuites, mais je tiens quand même à mentionner qu’il s’agit d’un sujet sensible, malheureusement d’actualité, avant que vous continuiez votre lecture.

Une vengeance tendue
Kidnappée par le père (Peter Outerbridge) d’une fille victime d’agression sexuelle, l’avocate de la défense Sam (Pascale Bussières) se retrouve seule sur une île déserte, avec seulement un fusil. Bien assez vite, elle trouve dans une maison un homme attaché, l’autre victime du kidnapping du père. Or, l’homme attaché en question n’est nul autre que Paul (François Arnaud), l’ancien client que Sam avait défendu avec succès contre des accusations d’agressions sexuelles envers la fille de leur kidnappeur.

Maintenant, les deux se retrouvent sur une île déserte. Aucune civilisation en vue. Aucun témoin. Aucune protection. Seulement eux…

En faire beaucoup avec peu
Que ce soit pour les décors, qui se limitent à une forêt et à des cabanes, ou pour la trame sonore dépourvue de musique, le film garde une approche minimaliste du point de vue technique et audiovisuel. Par contre, cela permet de mettre l’accent sur nos deux personnages. En effet, le vide de l’espace nous rappelle que Sam et Paul se retrouvent seuls sur l’île. Et l’absence de musique rend difficile de deviner la direction de l’intrigue, ce qui renforce la tension entre les scènes.

Quand le doute plane…
Si j’avais un dollar pour chaque film de 2026 que j’ai vu sur une femme prise sur une île déserte avec un homme peu fiable, j’aurais deux dollars, mais c’est bizarre que ce soit arrivé deux fois…

Quoique, contrairement à Send Help, le film se concentre moins sur le côté survie de la situation et davantage sur la confiance et le doute. En effet, on suit la perspective de Sam tout le long, mais on ignore ce qui se passe dans la tête de Paul. Et le fait qu’on sache qu’il a été accusé, mais acquitté, d’agression sexuelle renforce le doute. A-t-il commis le crime ou est-il innocent? Peut-on lui faire confiance dans cette situation de survie?

Mais ce qui augmente le plus la tension, c’est de savoir que la réponse à cette question importe peu. Car cela n’empêche pas le fait que, logiquement, il a tout à gagner à collaborer avec Sam pour s’échapper de l’île. Mais rien ne dit que ses plus mauvais instincts ne le pousseraient pas à profiter de la situation présente… Et les acteurs respectifs font un excellent travail pour apporter de la nuance à leurs rôles, ce qui renforce davantage la tension.

L’homme ou l’ours
Depuis deux ans, une expérience de pensée est devenue virale sur les réseaux sociaux, où plusieurs femmes étaient interrogées sur le fait de savoir si elles préféraient se retrouver seules dans la forêt avec un ours ou un homme inconnu. La plupart choisissaient l’ours. L’idée étant qu’elles préféraient une menace prévisible et claire à une autre ambiguë et imprévisible, potentiellement capable des pires atrocités.

Le film aborde ce dilemme de plein fouet. Et, d’une certaine manière, les personnages le savent aussi. D’où la raison pour laquelle le père a laissé un fusil entre les mains de l’avocate.

Le tout permet au film d’augmenter la tension, tout en abordant des enjeux et des questionnements qui, malheureusement, sont encore d’actualité.

Un défaut dans la prémisse…
Cela dit, le film n’est pas parfait pour autant. En fait, deux petits détails m’ont dérangé.

Pour le premier, à environ 75 minutes du film, le personnage de Sam commet un geste qui, selon moi, semble aller à l’encontre de ce que le film tente de raconter, dans le but d’arriver à une certaine scène. Mais le film aurait pu trouver un autre moyen d’accomplir cela sans forcer le personnage à agir à l’encontre de son caractère.

Mon second souci relève de la prémisse de l’histoire elle-même… Soyons clairs : d’un point de vue narratif, le fait que le père fasse porter à l’avocate de la défense le blâme des malheurs de sa fille, surtout dans l’état de détresse dans lequel il se trouve, fait du sens. Mais, en ce qui concerne les messages et les enjeux de l’histoire, je ne pense pas que le choix de l’avocate soit le meilleur pour exprimer les propos du film…

Voyez-vous, le rôle d’un avocat de la défense est, comme son titre l’indique, de défendre les intérêts de son client, et ce, peu importe s’il est réellement coupable ou non. Ce principe est basé sur le fait que chacun a le droit à un avocat pour plaider sa cause et bénéficier d’un procès équitable. Ainsi, en théorie, dans un procès équitable, le pire des criminels aurait la meilleure défense possible, mais perdrait quand même devant les preuves accablantes et incriminantes. Cette défaite, dans ces conditions, ne ferait que rendre sa culpabilité indéniable.

À la défense du film, il aborde ce point à un moment donné, lorsque l’avocate admet que son rôle n’est pas de croire son client, mais de défendre sa cause. Mais, en partant de la théorie que le suspect aurait vraiment commis le crime, ce n’est pas à l’avocate de la défense de prendre le blâme pour les fautes de son client ou pour le verdict du tribunal. D’autant plus que, de ce qu’on sait, il ne s’agissait pas d’une avocate qui falsifiait des preuves comme dans Promising Young Woman, ou qui était corrompue ou appâtée par le gain comme dans The Devil’s Advocate ou Better Call Saul. De ce que l’on sait, ce n’est qu’une avocate qui faisait son travail et qui avait agi selon les règles de la loi.

Ce n’était pas à l’avocate de la défense de juger le suspect, mais au jury et au juge. Mais même au-delà des individus, c’est le système et la société au complet qui sont à blâmer. Que ce soit le nombre d’agressions qui sont sous-déclarées et qui mènent rarement à une condamnation, la difficulté à entamer de telles poursuites judiciaires, le manque de responsabilité chez les personnes en position de pouvoir qui font porter le blâme de leurs actions aux plus marginalisés, les systèmes judiciaires et législatifs qui seraient à réviser, l’opinion du public qui peut influencer un procès ou plusieurs éléments sociétaux qui affectent notre jugement, comme le slutshaming, la culture du viol, le masculinisme, le patriarcat et les phrases toutes faites comme « Que portais-tu? », « Il ne faut pas ruiner sa vie pour une petite erreur » ou « Boys will be boys… ».

Discuter de tout cela pourrait prendre des heures. Et d’autres films ou séries, comme Furious, She Said, Bombshell, Women Talking, Tár et Promising Young Woman, ont exploré cet enjeu avec plus de profondeur et ont démontré comment un système protège un prédateur, ainsi que le fait que la situation est plus complexe qu’un simple méchant à blâmer.

D’ailleurs, en parlant de Promising Young Woman, certaines des critiques féministes de ce film reprochaient la manière dont la protagoniste punissait les femmes complices des agresseurs de sa meilleure amie en les mettant paradoxalement en situation de danger, où elles seraient elles-mêmes violées. Et considérant la prémisse de Someone’s Daughter, je ne serais pas surpris si des critiques semblables ressortaient.

En bref, que ce soit parce que le juge et le jury sont, selon moi, plus responsables de l’acquittement du suspect ou parce que le cœur du problème est davantage d’ordre sociétal que lié à un individu en particulier, je n’aurais pas choisi le rôle de l’avocate de la défense pour faire passer le message du film. Cela dit, je doute que le père de la victime fasse une telle réflexion approfondie sous le coup de l’émotion. Alors, blâmer l’avocate du suspect ne serait pas hors de son caractère.

Conclusion
Someone’s Daughter est un excellent film de suspense qui, avec peu de moyens, parvient à nous tenir en haleine et à nous faire douter de la suite des événements. Bien que ce ne soit pas la direction que j’aurais personnellement prise pour l’histoire, celle que le film nous présente est efficace et explore plusieurs sujets d’actualité. Aux amateurs de films de suspense, de films engagés et de films québécois, cette œuvre est pour vous.

Merci à Fantasia et Filmoption pour la projection!

7,5/10
Notre évaluation

Analyse

Points forts :

  • Bonne performance des acteurs
  • Minimalisme utilisé avec brio
  • Tension maintenue tout le long du film
  • Plusieurs enjeux d’actualité abordés

Points faibles :

  • Certaines décisions des personnages sont discutables vers la fin
  • Même si la prémisse fonctionne en soi, elle n’est pas parfaite pour aborder les enjeux du film
<a href="https://gpourgeek.ca/author/bradlee11/" target="_self">Brad Lee</a>

Brad Lee

Artiste, graphiste, écrivain, cosplayeur, chroniqueur. Élevé par des aliens, ninjas, sorciers, revenants, superhéros, pirates, et princesses.