
Informations principales
Titre de la série : C’est comme ça que je t’aime
Studio / Production : Productions Casablanca
Genre : Comédie, Comédie Noire, Années 70, Mafia
Nombre de saisons : 3
Nombre d’épisodes : 28
Durée moyenne par épisode : 43 minutes
Plateforme / Streaming : ICI TOU.TV, CBC Gem
Date de sortie : 6 mars 2020
Cette comédie, surtout noire, nous transporte dans l’été de 1974 à Sainte-Foy, au Québec. Deux couples, après avoir confié leurs enfants au camp de jour pendant quelques semaines, tenteront de raviver la flamme de leur amour respectif, alors que leur relation bat dangereusement de l’aile.
Face à deux courants idéologiques qui s’affrontent alors que la libération sexuelle connaît son essor au milieu des années 60, elle continue sa progression dans la décennie suivante et se heurte au conservatisme moral et religieux de l’Église catholique, qui connaît un sérieux déclin depuis une dizaine d’années, mais dont les us et coutumes sont bien ancrés dans le quotidien des Québécoises et Québécois. Ainsi, les couples Delisle et Paquette incarnent ces vieilles traditions qui disparaissent progressivement à mesure que les nouvelles mœurs s’imprègnent de leur quotidien et leur permettent de changer. Par contre, l’équilibre précaire des vieilles habitudes sera complètement chamboulé et l’on assistera au partage du pouvoir, qui était grandement géré par l’homme. La libération de la femme se produira, mais dans la controverse, car si elle gagne en liberté, il perd en pouvoir de contrôle sur elle, ce qui est frustrant de perdre ses acquis.
Une toile de fond pas si prude
Ce dernier paragraphe, qui est parfois pédant à mon goût, sert de toile de fond. Il ne devrait en rien refroidir les amateurs de séries qui laissent leur cerveau à la poubelle. Cette série regorge d’action, d’humour, de personnages excentriques et d’intrigues captivantes. Elle est remplie de scènes de sexe, de fusillades, d’éclats de rire, surtout noirs, de quiproquos et de retournements de situation. Bref, on ne s’ennuie pas devant des scènes inertes et stagnantes ou des dialogues lourds et monotones remplis d’un intellectualisme soporifique. Ça demeure plutôt bien rythmé avec des phrases bien punchées et parfois même très accrocheuses.

Fargo à la sauce Sainte-Foy
En regardant la série, son humour noir, entre autres, on ne peut s’empêcher de comparer avec l’œuvre des frères Cohen, surtout Fargo le film, ainsi que la série qui en a découlé. On remarque que ce sont des gens complètement ordinaires qui commettent de gros crimes. En outre, l’insertion dans l’univers de Fargo d’un intertitre « Ceci est une histoire vraie » contribue à tromper le spectateur. Cela aide à accepter plus facilement l’absurdité et la violence des événements racontés. Le scénariste de la série québécoise, François Létourneau, emploie une astuce similaire en introduisant dès le début une fausse figure de journaliste à la retraite qui se remémore cette période, en utilisant de fausses coupures de journaux sur les crimes en question. De plus, on assiste à l’affichage à l’écran, un peu comme dans un jeu vidéo, du décompte des victimes et de leurs noms, évoquant une nécrologie.

Quand les gaffes tournent mal
Parce que de l’absurdité et de la violence, au risque de me répéter, il y en a. Si les frères Cohen abusent des minuscules mauvaises décisions qui entraînent des conséquences monstres, la version québécoise présente de faux durs à cuire qui ne cessent de gaffer, mais profitent de la chance ou de la situation aberrante pour s’en sortir.
Les deux univers mélangent violence gratuite et banalité du quotidien. Choisir le bon produit pour nettoyer la maison tout en s’engueulant avec son partenaire de vie après avoir trucidé un étranger, ça ressemble fortement à l’univers des créateurs de Fargo. Cela évoque par moments les films de Tarantino, mais l’humour noir omniprésent rapproche plutôt cette œuvre des frères Cohen.
Puis, il y a l’importance de la région, si les frangins ancrent leur histoire dans l’Amérique profonde, notre pendant québécois investit fortement dans le Québec de l’époque des années 70, la banlieue de Sainte-Foy et ses références locales.
La grosse différence étant la sexualité. Fargo est beaucoup plus pudique, alors que les scènes de sexe à l’écran foisonnent dans la série québécoise. Ça demeure justifiable quand on considère qu’on incarne la libération sexuelle de l’époque et qu’une bonne partie de l’intrigue repose sur l’infidélité. On y voit les injustices de l’époque, mais parce que la série a été écrite récemment, on la sent plus inclusive pour rendre un léger aperçu de la communauté LGBTQIA+. D’ailleurs, Sophie Desmarais, qui nous a habitués à des personnages étranges, mais sublimes, joue cette femme de tentation et de désir, dont les idéaux contrastent avec ses envies, Marie-Josée Bolduc, la lesbienne activiste. Comme le mentionnait le personnage de Serge (Patrice Robitaille) : « Une communiste avec de gros totons, ça reste une communiste pareil ! »
Je vous l’ai dit que c’est absurde? En effet, la figure de la plus grande criminelle de son temps est incarnée par une femme enceinte de six mois, qui revêt des gants de vaisselle pour perpétrer ses méfaits. Cette absurdité qui consiste à associer certains traits de caractère masculins à une orientation sexuelle particulière nous amuse aujourd’hui, avec le recul et en considérant les mentalités de l’époque.

Des personnages qui volent la vedette
Les personnages secondaires sont écœurants. Selon moi, c’est le meilleur personnage de composition pour René Richard Cyr, qui joue Raymond, dit le Caïd, qui jumellera, un peu malgré lui, ses hommes forts, Coco et Puff, à nos intrigants protagonistes. Le prêtre un peu éclaté se plaît généralement à citer des répliques mémorables de films ou de chansons plutôt que de lire la Bible.
Il n’empêche que les personnages féminins forts prennent une place obligée à l’écran. Elles sont toutes incarnées de manière magistrale, mais c’est Marilyn Castonguay qui remporte la palme d’or, s’il y avait de quoi à gagner pour son interprétation exceptionnelle de vulnérabilité et de femme tueuse.
C’est comme ça que je t’aime s’avère une série qui se permet beaucoup d’audaces et dont le résultat s’avère payant. Évidemment, si vous ne possédez aucun humour, que la vue du sang vous rebute, que vous préférez une programmation prude, évitez cette émission. Sinon, si vous êtes amateurs de sensation forte, adeptes des réalisations des frères Cohens ou de François Létourneau avec Les Invincibles et Série Noire, vous devriez être en bateau avec celle-ci. Personnellement, j’ai beaucoup trop aimé la série. C’est peut-être parfois un peu trop absurde, mais, comme c’est de la télévision, j’ai pensé : pourquoi pas, puisque c’est amusant ? J’en aurais encore à dire, il me semble, mais j’vais m’en garder un peu pour les deux autres saisons.
Analyse
Points forts :
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Un humour noir omniprésent et particulièrement efficace
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Des personnages secondaires et féminins marquants, avec des interprétations exceptionnelles
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Un mélange réussi d’absurdité, de violence et de banalité quotidienne
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Une excellente utilisation du contexte québécois des années 70 et de ses références locales
Points faibles :
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Une absurdité qui peut parfois aller un peu trop loin
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Une série très crue, notamment avec ses nombreuses scènes de sexe et sa violence, qui risque de rebuter certains spectateurs
Pour visionner la série, c’est ici.