CRITIQUE DE BANDE DESSINÉE – SOLO: LYRA

par | Sep 7, 2026

Informations principales

Titre de la BD : Solo: Lyra

Éditeur : Delcourt

Distributeur : Interforum

Auteur : Óscar Martín

Dessinateur : Leonel Castellani

Nombre de pages : 86

Prix : 31,95$

Date de sortie : 6 novembre 2015

Quand survivre ne suffit plus
L’histoire nous ramène à une époque où Lyra est encore jeune et vit avec son frère aîné Desvelado dans une communauté qui leur offre un semblant de sécurité. Mais la faim, la maladie et la dureté de leur environnement rendent cette tranquillité bien fragile. Lorsque les circonstances les poussent à quitter leur foyer, les deux frères et sœurs se retrouvent livrés à eux-mêmes dans un monde désertique et impitoyable. Leur voyage prend cependant une nouvelle direction lorsqu’ils rencontrent un être exceptionnel qui cherche des solutions aux grands problèmes de ce monde, notamment la faim et les maladies. Pour l’aider, Lyra et son frère vont accepter de participer à une mission particulièrement dangereuse. L’album fonctionne ainsi comme une véritable préquelle permettant de mieux comprendre le parcours de Lyra et certains éléments qui prendront davantage de sens dans la série principale.

Un trait cartoon plongé dans un monde sans pitié
Le changement de dessinateur aurait pu être risqué pour une série possédant une identité graphique aussi forte, mais Leonel Castellani s’en sort remarquablement bien. Son style possède un côté très expressif et presque cartoon qui contraste volontairement avec la violence du monde de Solo. Les personnages ont des attitudes très vivantes, leurs expressions sont particulièrement réussies et les créatures anthropomorphes gagnent beaucoup en personnalité. Ce contraste entre des personnages qui pourraient presque sortir d’une bande dessinée jeunesse et des situations extrêmement sombres crée d’ailleurs une identité visuelle très intéressante. Les décors désertiques, les environnements dévastés et les lieux plus oppressants participent efficacement à l’ambiance post-apocalyptique. La mise en scène reste également dynamique, notamment durant les affrontements, sans sacrifier la lisibilité. La critique de La Bande du 9 souligne justement la capacité de Castellani à rester dans les codes graphiques de Solo tout en apportant sa propre personnalité, ainsi que la qualité de la mise en couleur.

Lyra avant de devenir celle que l’on connaît
C’est probablement sur le plan des personnages que le spin-off justifie le mieux son existence. Lyra n’est pas simplement utilisée comme prétexte pour raconter une nouvelle aventure dans l’univers de Solo : l’album permet de mieux comprendre la jeune femme qu’elle était avant les événements de la série principale. Sa relation avec son frère Desvelado apporte une dimension particulièrement touchante au récit, tandis que son lien avec Grandé ajoute une autre facette à sa personnalité et à son passage vers l’âge adulte. Lyra est à la fois une survivante capable de se défendre et une jeune femme profondément attachée à sa famille. Cette dualité fonctionne très bien et permet de donner une véritable épaisseur émotionnelle au personnage. Les personnages secondaires ne sont pas tous développés avec la même profondeur, mais certains jouent un rôle important dans la transformation de Lyra et dans l’élargissement de l’univers.

Une préquelle qui apporte plus qu’un simple détour
Óscar Martín réussit à faire de ce spin-off autre chose qu’une aventure parallèle destinée uniquement aux amateurs de la série. Le scénario développe certains aspects du monde de Solo tout en abordant des thèmes qui dépassent la simple survie : la connaissance, la faim, la maladie, la famille, la transmission et l’espoir de construire quelque chose de meilleur. Le récit commence presque comme une histoire d’apprentissage avant de progressivement prendre une tournure beaucoup plus sombre. Cette construction permet de découvrir une autre facette de cet univers, où tous les personnages ne cherchent pas uniquement à tuer ou à survivre, mais certains tentent également de trouver des solutions aux problèmes qui ont conduit le monde à son état actuel. Le récit reste relativement simple et direct, mais cette simplicité sert son efficacité. Il s’agit donc d’un spin-off qui enrichit réellement la mythologie de Solo plutôt que d’une simple histoire supplémentaire.

Une aventure qui ne laisse pas le temps de souffler
Avec seulement 88 pages, Solo Lyra adopte un rythme particulièrement efficace. L’album alterne les moments d’exploration, les scènes plus intimistes, les dialogues et les séquences d’action sans s’attarder inutilement sur certains passages. Les moments plus calmes sont suffisamment présents pour développer Lyra et ses relations, tandis que les passages violents rappellent constamment la brutalité de son environnement. Le contraste entre douceur et violence permet également de maintenir l’intérêt tout au long de la lecture. Le principal défaut de ce format est justement sa brièveté : certains éléments du monde ou certains personnages auraient probablement gagné à disposer de davantage de pages pour être approfondis. Malgré cela, l’ensemble demeure très fluide et se lit avec beaucoup de facilité.

De la tendresse au cauchemar en quelques pages
L’une des grandes réussites de l’album est sa capacité à jouer constamment avec les émotions du lecteur. Óscar Martín oppose la tendresse de Lyra envers son frère et sa famille à la violence d’un monde où la mort peut survenir à tout moment. Certaines scènes sont véritablement touchantes, alors que d’autres rappellent brutalement que personne n’est réellement à l’abri. Cette alternance entre poésie, humour, tristesse et violence est l’une des marques de fabrique de l’univers Solo et fonctionne particulièrement bien ici. Le parcours de Lyra gagne ainsi une dimension émotionnelle supplémentaire, tandis que le dernier acte apporte son lot de tension et une conclusion qui donne encore davantage de sens à cette histoire. La Bande du 9 souligne d’ailleurs précisément ce mélange entre poésie, horreur, tendresse et brutalité, ainsi que l’efficacité du final.

Une petite histoire qui mérite sa place dans la grande saga
Solo Lyra – Quand je ne savais pas que tu existais est une excellente surprise et surtout un spin-off qui possède une véritable raison d’exister. En racontant la jeunesse de Lyra, Óscar Martín enrichit son univers tout en donnant une profondeur supplémentaire à un personnage que les lecteurs de la série principale connaissent déjà. Le scénario réussit à mélanger aventure, violence, humour, émotion et réflexion sur la survie sans perdre l’identité particulière de Solo. Leonel Castellani constitue également une très belle découverte : son style plus proche du cartoon et de la bande dessinée franco-belge apporte une personnalité différente à l’univers, tout en restant suffisamment proche des codes établis. Pour les amateurs de Solo, c’est clairement un album à ne pas négliger. Pour les lecteurs qui aiment les BD post-apocalyptiques mettant en scène des animaux anthropomorphes, l’expérience est également très intéressante, notamment dans son mélange de brutalité et de sensibilité. Les retours disponibles sont d’ailleurs très positifs, avec notamment une moyenne de 5/5 sur six avis clients à la Fnac au moment de la consultation. Comparé à des œuvres comme BlackSad pour son anthropomorphisme, Solo Lyra se distingue toutefois par une approche beaucoup plus sauvage, violente et post-apocalyptique. Une très belle addition à la saga, qui donne clairement envie de poursuivre l’exploration de cet univers.

Merci à Interforum pour la copie de la bande dessinée.

9/10
Notre évaluation

Analyse

Points forts :

  • Une excellente préquelle qui enrichit réellement l’univers de Solo.
  • Un développement particulièrement réussi du personnage de Lyra.
  • Une relation fraternelle touchante entre Lyra et Desvelado.
  • Un excellent contraste entre le style graphique presque cartoon et la violence du récit.
  • Leonel Castellani réussit à s’approprier l’univers sans le dénaturer.
  • Des personnages expressifs et immédiatement reconnaissables.
  • Des couleurs qui renforcent efficacement l’atmosphère post-apocalyptique.
  • Une alternance réussie entre émotion, aventure, humour et violence.
  • Un rythme soutenu qui évite les longueurs.
  • Un récit accessible même s’il appartient à un univers déjà établi.
  • Une conclusion particulièrement efficace sur le plan émotionnel.

Points faibles :

  • Le format de 86 pages limite parfois le développement de certains éléments.
  • Certains personnages secondaires auraient mérité davantage de profondeur.
  • L’intrigue demeure relativement classique dans sa structure.
  • Les lecteurs découvrant totalement l’univers pourraient manquer certaines subtilités.
  • Certains passages auraient gagné à prendre davantage leur temps.
  • Le contraste entre le style cartoon et la violence extrêmement graphique pourrait déstabiliser certains lecteurs.

Pour se procurer la bande dessinée, c’est ici.

<a href="https://gpourgeek.ca/author/woodenknees/" target="_self">WoodenKnees</a>

WoodenKnees

Passionné par l’histoire du jeu vidéo et chasseur de RetroAchievements, j'explore les classiques du passé et les découvertes modernes avec un regard curieux et nostalgique. Grand amateur de lecture, particulièrement de romans LitRPG, des univers où les mécaniques de jeu rencontrent la littérature.

En savoir plus sur G Pour Geek

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture