CRITIQUE DE BANDE DESSINÉE – GUERRES & DRAGONS TOME 2: L’ESCADRILLE LAFAYETTE

par | Sep 5, 2026

Informations principales

Titre de la BD : Guerres & Dragons Tome 2: L’Escadrille Lafayette

Éditeur : Soleil

Distributeur : Interforum

Auteur : Nicolas Jarry

Dessinateur : Vax Vax

Nombre de pages : 59

Prix : 32,95$

Date de sortie : 21 août 2024

Un nouveau chapitre, une nouvelle époque
Contrairement à ce que pourrait laisser croire une série classique, ce deuxième tome ne poursuit pas directement l’histoire d’Alexandra et des personnages du premier volume. L’Escadrille Lafayette fonctionne comme une nouvelle histoire indépendante située pendant la Première Guerre mondiale. On découvre Frank Luke, un jeune Américain marqué depuis l’enfance par l’attaque d’un dragon qui a détruit le troupeau familial et précipité la chute de sa famille. Sept ans plus tard, il rejoint l’Escadrille Lafayette avec une obsession bien précise : devenir le premier pilote à abattre un dragon. Le conflit prend donc rapidement une dimension personnelle, avec Frank confronté aux forces allemandes et surtout au redoutable dragon Schwartzlord.

Une vengeance dans les cieux de la Grande Guerre
L’intrigue est beaucoup plus centrée sur un personnage et son objectif que celle du premier tome. Frank n’est pas simplement un pilote qui participe à la guerre : il cherche avant tout à accomplir une vengeance personnelle, ce qui l’amène à prendre des risques et à se montrer particulièrement impulsif. Son intégration à l’Escadrille Lafayette permet aux auteurs de mélanger cette quête personnelle avec les réalités du conflit et les affrontements aériens. Le récit avance efficacement et ne donne pas vraiment l’impression d’un simple tome de transition. Au contraire, il permet de mieux comprendre comment fonctionne la série en tant qu’anthologie uchronique, chaque album pouvant explorer une période historique et des protagonistes différents.

Un héros plus fougueux et plus humain
Frank Luke est probablement l’un des principaux éléments qui permettent à ce deuxième tome de se démarquer du précédent. Il est impulsif, têtu, bagarreur et profondément animé par la vengeance, mais il n’est jamais présenté comme un héros parfaitement compétent dès le départ. Son inexpérience et son tempérament entrent régulièrement en conflit avec les exigences militaires, ce qui lui donne une véritable marge d’évolution. Les personnages qui l’entourent contribuent également à donner davantage de substance au récit, notamment les membres de l’escadrille et les figures militaires associées à cette période. Même si certains restent forcément moins développés compte tenu du format de 60 pages, l’ensemble paraît plus personnel et attachant que dans le premier tome.

Une uchronie qui prend de l’altitude
L’univers gagne en intérêt parce que les auteurs ne se contentent pas de reproduire la formule du premier album. On change complètement de période, de théâtre de guerre et de protagonistes, tout en conservant l’idée que les dragons ont profondément influencé l’histoire militaire humaine. Les tranchées, les avions de la Première Guerre mondiale, les uniformes et les affrontements aériens donnent une identité visuelle et historique forte à cette nouvelle aventure. L’apparition de Schwartzlord comme véritable menace donne également une dimension plus claire au rapport de force entre humains et dragons. Le concept de la série devient ainsi plus intéressant : chaque guerre semble pouvoir devenir le décor d’une nouvelle légende.

Des combats aériens encore plus spectaculaires
Le changement d’équipe artistique fonctionne particulièrement bien. Lucio Leoni et Emanuela Negrin proposent un dessin réaliste et détaillé qui colle parfaitement à l’ambiance de la Grande Guerre. Les avions, les uniformes, les tranchées, les véhicules et les décors bénéficient d’un véritable soin, mais ce sont surtout les séquences aériennes qui impressionnent. Les grandes compositions et les splash pages donnent une véritable sensation d’ampleur aux affrontements entre avions et dragons. La colorisation d’Élodie Jacquemoire complète efficacement le travail en donnant aux scènes une atmosphère à la fois militaire, sombre et spectaculaire. Visuellement, ce deuxième tome peut même sembler plus impressionnant que le premier, notamment grâce à la manière dont les dessinateurs exploitent les combats aériens et les paysages du front.

Un rythme qui privilégie l’efficacité
Le récit avance rapidement et trouve un bon équilibre entre développement du personnage, contexte historique et action. Les auteurs évitent de s’attarder inutilement sur les explications et nous plongent assez vite dans le parcours de Frank. Les combats sont suffisamment nombreux pour maintenir une excellente dynamique, mais ils servent aussi à faire progresser la relation de Frank avec son objectif et avec son entourage. Le principal défaut vient justement de cette efficacité : certains éléments auraient pu bénéficier de quelques pages supplémentaires. Avec seulement 60 pages, certaines relations ou situations sont nécessairement condensées. Malgré cela, la lecture demeure très fluide et l’album se dévore presque d’une traite.

Une chasse au dragon particulièrement mémorable
Les moments les plus marquants reposent évidemment sur les affrontements entre les pilotes et les dragons allemands. Schwartzlord fonctionne particulièrement bien comme antagoniste : sa puissance et sa présence permettent de donner une véritable menace aux séquences aériennes. Mais l’élément le plus intéressant reste la confrontation entre la vengeance personnelle de Frank et la réalité de la guerre. Il ne s’agit pas simplement de savoir si un pilote peut abattre une créature gigantesque ; Frank doit également apprendre à canaliser son tempérament et à comprendre qu’il fait partie d’une escadrille. Cette dimension donne davantage de poids aux scènes d’action et évite qu’elles ne soient uniquement là pour le spectacle.

De nouvelles questions derrière les dragons
Le tome répond surtout à une question importante concernant le fonctionnement de la série : les dragons ne sont pas limités à la Seconde Guerre mondiale et leur présence semble pouvoir s’intégrer à différentes périodes historiques. En revanche, l’origine exacte de ces créatures et leur place dans cette réalité alternative demeurent volontairement mystérieuses. Le récit ne cherche pas à tout expliquer, ce qui entretient une certaine curiosité pour les prochains albums. Le cliffhanger est moins construit comme une énorme révélation que comme une invitation à découvrir une nouvelle époque et un nouveau protagoniste. C’est cohérent avec le fonctionnement anthologique de la série, même si les lecteurs espérant une continuité directe avec le premier tome pourraient être surpris.

Une suite qui surpasse son prédécesseur
À mes yeux, L’Escadrille Lafayette est légèrement supérieur à La bataille d’Angleterre. Le premier tome possédait un concept formidable et des séquences spectaculaires, mais son développement des personnages était parfois limité. Ici, Frank Luke apporte immédiatement un moteur dramatique plus fort grâce à son histoire personnelle et à sa quête de vengeance. Plusieurs lecteurs partagent d’ailleurs cette impression, certains considérant ce deuxième tome comme plus travaillé et plus attachant que le précédent, tandis que les critiques professionnelles soulignent également son efficacité et son spectaculaire.

Une deuxième bataille encore plus convaincante
Guerres & Dragons – L’Escadrille Lafayette confirme que le concept de la série possède beaucoup plus de potentiel qu’un simple gimmick consistant à ajouter des dragons à des événements historiques. En changeant d’époque et de protagonistes, les auteurs démontrent que leur univers peut raconter de nouvelles histoires tout en conservant son identité. Plus personnel, plus sombre et porté par un héros beaucoup plus travaillé, ce deuxième tome améliore plusieurs des faiblesses du précédent tout en conservant ses qualités visuelles et son goût pour les grandes batailles aériennes. Il s’adresse particulièrement aux amateurs d’uchronie, de fantasy historique et d’aviation militaire. Pour moi, il s’agit d’un tome indispensable pour les amateurs de la série et même d’une excellente porte d’entrée pour découvrir son concept. Il donne clairement envie de voir quelle nouvelle guerre les auteurs vont revisiter.

Merci à Interforum pour la copie de la bande dessinée.

9/10
Notre évaluation

Analyse

Points forts :

  • Un personnage principal beaucoup plus développé et attachant.
  • Une excellente évolution de Frank Luke au fil du récit.
  • Une histoire plus personnelle et émotionnelle.
  • Une excellente intégration de la Première Guerre mondiale.
  • Des combats aériens particulièrement spectaculaires.
  • Des dragons impressionnants, notamment Schwartzlord.
  • Le dessin réaliste et détaillé de Lucio Leoni et Emanuela Negrin.
  • Une colorisation qui renforce parfaitement l’ambiance militaire.
  • Un univers uchronique qui gagne en profondeur.
  • Un rythme très efficace et une lecture fluide.
  • Une formule anthologique qui ouvre énormément de possibilités à la série.

Points faibles :

  • Certains personnages secondaires restent encore trop peu développés.
  • Quelques événements semblent condensés par le format de seulement 60 pages.
  • L’univers des dragons conserve encore beaucoup de zones d’ombre.
  • Le côté très manichéen du conflit peut parfois manquer de nuances.
  • Les lecteurs attachés aux personnages du premier tome pourraient être déstabilisés par le changement complet de protagonistes.
  • L’aspect historique reste avant tout au service de l’aventure plutôt que d’une reconstitution approfondie.

Pour se procurer la bande dessinée, c’est ici.

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WoodenKnees

Passionné par l’histoire du jeu vidéo et chasseur de RetroAchievements, j'explore les classiques du passé et les découvertes modernes avec un regard curieux et nostalgique. Grand amateur de lecture, particulièrement de romans LitRPG, des univers où les mécaniques de jeu rencontrent la littérature.

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