Gen Con 2026 : Tant qu’à l’acheter… prends donc le bundle!

par | Août 14, 2026

Gen Con 2026 : tant qu’à l’acheter… prends donc le bundle!
Vingt heures de route, six Québécois, trois couples, des dizaines de milliers de passionnés et beaucoup trop de boîtes de jeux pour un seul coffre de voiture. Retour sur quatre jours d’immersion totale au cœur de la Gen Con 2026.

Vingt heures de route. Six Québécois. Trois couples. Deux voitures. Quelques pauses pipi. Beaucoup trop de jeux sur notre liste de souhaits. Et une phrase qui allait rapidement devenir la devise officielle de notre voyage :

« Tant qu’à l’acheter… on va prendre le bundle! »

Une philosophie financière hautement discutable, j’en conviens. Mais lorsqu’on met les pieds à la Gen Con, entouré de nouveautés, de prototypes, d’éditions deluxe, d’extensions, de promos exclusives et de créateurs qui vous parlent avec des étoiles dans les yeux, le jugement devient parfois… flexible.

Pour la troisième fois depuis 2022, j’ai donc repris la route de Québec vers Indianapolis afin de participer à la Gen Con, véritable Mecque nord-américaine du jeu de société et du jeu de rôle.

Fondée en 1968 à Lake Geneva, au Wisconsin, la Gen Con est aujourd’hui la plus grande et la plus ancienne convention annuelle consacrée au jeu de table en Amérique du Nord. L’édition 2026, tenue du 30 juillet au 2 août à Indianapolis, a fracassé un nouveau record avec plus de 74 000 participants provenant de plus de 45 pays et près de 800 vendeurs. Jeux de société, jeux de rôle, cartes à collectionner, figurines, prototypes, tournois, conférences et milliers d’activités occupent l’Indiana Convention Center, le Lucas Oil Stadium et plusieurs hôtels avoisinants.

Bref, pour un passionné de jeux, c’est un peu comme entrer dans une chocolaterie… sauf que les chocolats pèsent quatre kilos et coûtent parfois quelques centaines de dollars.

Le pèlerinage vers Indianapolis
Cette année marquait une première pour notre groupe : nous étions trois couples à faire le voyage. Ma copine Cinthia, devenue au fil des années une véritable passionnée de jeux, allait vivre sa première Gen Con. Pour maximiser l’efficacité du déplacement, enfin, c’était la théorie, nous avons séparé les voitures : les gars d’un côté, les filles de l’autre.

Qui s’est trompé de chemin à quelques reprises? Les gars… voilà, c’est dit; pour notre défense, on jasait peut-être un peu trop de jeux!

Évidemment, cette légère défaite de transport a donné lieu à quelques taquineries bien placées entre les deux groupes sur notre sens de l’orientation. Heureusement, une tradition demeure sacrée : le déjeuner au Cracker Barrel, restaurant au décor délicieusement vieillot où l’on sert, à mon humble avis, certaines des meilleures crêpes sur Terre. Il faut du carburant pour affronter la route vers la Gen Con. Parce qu’une fois arrivé à Indianapolis, le rythme change complètement.

10 h 00 : les portes ouvrent… GO!
S’il y a une image qui résume pour moi l’arrivée à la Gen Con, c’est celle du premier matin.

Des milliers de personnes s’entassent devant les entrées du hall d’exposition. Tout le monde attend. Tout le monde regarde sa montre. Certains ont leur plan sur leur téléphone, d’autres connaissent déjà exactement le numéro du kiosque qu’ils veulent atteindre. Officiellement, on n’a pas le droit de courir, mais disons que certains matins, on en a le goût en maudit.

Notre groupe était relativement bien préparé. Dès l’ouverture, on s’est séparés avec différentes missions : certains partaient vers les nouveautés les plus convoitées, comme Drillers, d’autres vers la marchandise officielle de la Gen Con. Puis les portes ouvrent, on entre et BAM!!!

Des kiosques partout. Des bannières gigantesques. Des tables de démonstration. Des piles de jeux. Des gens qui expliquent des prototypes. Des cosplayers. Des éditeurs connus installés à quelques mètres de minuscules créateurs indépendants. Même à ma troisième visite, ça fonctionne encore. Le sentiment me surprend toujours!

Une organisation soigneusement préparée… pendant environ deux heures
Avant le voyage, nous avions pourtant fait nos devoirs : liste de jeux, numéros de kiosques, priorités et plan d’attaque, tout était réglé… en théorie! En pratique, jeudi et vendredi, notre organisation ressemblait davantage à une partie de ping-pong grandeur nature : « Le kiosque 2200 est par là! », « Attends, je veux retourner voir le jeu qu’on vient de dépasser! », « Les autres sont rendus où? », « Quelqu’un a vu Cinthia? » et, bien sûr, l’inévitable « Ah! Regarde ça! » Et nous voilà repartis dans l’autre direction.

C’est aussi ça, la beauté de la Gen Con. Même en repassant trois fois dans la même allée, on remarque quelque chose qu’on n’avait jamais vu. Un petit jeu indépendant. Une illustration. Un prototype. Un animateur particulièrement convaincant. Au bout de quatre jours, on conserve l’impression un peu absurde de n’avoir vu qu’une fraction de ce qui se trouvait devant nous.

Les prototypes : là où naissent les prochaines obsessions
L’un de mes grands plaisirs dans ce type de convention demeure la possibilité de voir des jeux bien avant leur arrivée en boutique. Et cette année, un jeu m’a frappé de plein fouet : Kingdom Come: Deliverance, présenté chez CGE. Nous n’avons pas pu y jouer une partie complète, mais nous avons assisté à une présentation détaillée autour d’une version pratiquement finale. Et ouf! Le jeu est magnifique.

Ce n’est pas seulement une question de matériel. Ce qui m’a accroché, c’est la promesse d’un univers ouvert où les décisions semblent avoir de véritables conséquences et où plusieurs chemins peuvent mener à la victoire. Le genre de jeu où l’on termine une partie en se demandant immédiatement : « Et si j’avais fait ça autrement? »

La production est spectaculaire, l’immersion semble énorme et tout respire le gros jeu d’aventure. Le prix annoncé risque lui aussi d’être spectaculaire, autour de 300 $ canadiens. Mon portefeuille me souffle : « Nathan, non. » Moi : « Oui, mais… » Et vous savez très bien comment cette histoire va se terminer à sa sortie.

J’ai également découvert Drillers, qui m’a beaucoup impressionné lors de sa présentation, ainsi que Star Trek: Space Hunt. Comme immense amateur de Star Trek, il ne fallait évidemment pas faire beaucoup d’efforts pour attirer mon attention. Le discours de vente a tout de même été suffisamment convaincant pour faire son petit bout de chemin dans ma tête. Ajoutons à cela Fury of Dracula : 5th Edition, The Game Makers et plusieurs autres nouveautés qui contribuent à ce sentiment permanent de découverte.

Les petites surprises sont parfois les meilleures
Tout n’a pas besoin d’être énorme, complexe ou rempli de 247 figurines pour créer un bon souvenir. Dino Racer en est probablement le meilleur exemple. Un petit jeu de course dans lequel tu essayes de deviner qui finira la course et de faire des points en sélectionnant les cartes correspondantes aux gagnants. Le petit jeu n’était pas particulièrement haut sur mon radar, mais mon amie Caroline insistait pour qu’on y jette un coup d’œil. Le kiosque organisait de petits tournois permettant de gagner une copie du jeu.

Résultat? Les membres de notre groupe y sont retournés… quelques fois. Bon, plusieurs fois! Au terme de la convention, notre groupe de six avait réussi à gagner quatre ou cinq copies de Dino Racer. Merci Caroline!

Même phénomène avec Got Five, où différents défis nous ont permis de repartir avec trois copies supplémentaires.

Ce ne sont peut-être pas les plus grosses boîtes ramenées du voyage, mais ce sont exactement ces petites expériences qui donnent une personnalité à la Gen Con.

La chasse aux jeux rares
À la Gen Con, certains achats prennent presque des airs de quêtes épiques. Et parfois, de mission commando.

La veille de la fermeture, le créateur d’Alchemy Workshop nous avait prévenus : il ne resterait que douze exemplaires à vendre le dimanche matin. Le jeu ne devait pas être distribué au Canada. Une information de ce genre ne tombe pas dans l’oreille d’une sourde. Dimanche matin, Cinthia s’est transformée en ninja pour l’opération Alchemy Workshop : douze copies disponibles, cinquième dans la file… mission accomplie. Elle a d’ailleurs développé pendant le voyage un talent inquiétant pour se faufiler rapidement vers les kiosques contenant les jeux les plus convoités.

Je devrais peut-être commencer à l’appeler ma rogue niveau 12 d’amour!

Tous les éditeurs n’avaient malheureusement pas aussi bien anticipé la demande. Board&Dice, par exemple, proposait deux jeux particulièrement attendus, Entropy et Maestro. Leur stock prévu pour l’ensemble de la convention s’est volatilisé extrêmement rapidement. Pour nous, surtout avec Entropy sur notre liste, la déception était réelle. Était-ce un problème d’approvisionnement? Une demande largement sous-estimée? Difficile à dire. Mais quatre jours derrière un kiosque presque vidé de ses produits vedettes doivent sembler assez longs.

Et le prix citron est remis à… Kosmos!
Il faut aussi parler des petits ratés. Parce qu’ils font partie du charme. Mon prix citron 2026 revient sans hésitation à Kosmos pour son système de paiement. The Crew: Voyage to the Ends of the Earth et l’édition deluxe de The Gang suscitaient beaucoup d’intérêt. Nous prenons donc nos jeux… avant d’apprendre qu’il faut aller faire la file pour payer. Pas au kiosque, mais bien à plusieurs dizaines de mètres de là, avec les jeux déjà dans nos mains et pratiquement aucune surveillance. Nous étions littéralement entourés de gens qui transportaient des produits non payés à bonne distance du vendeur, dans une convention bondée.

Disons que le système reposait sur un niveau de confiance envers l’humanité que je trouve presque touchant. Heureusement, les gens autour de nous semblaient aussi honnêtes que perplexes. Et comme souvent à la Gen Con, ce petit chaos s’est transformé en occasion de discuter avec les autres personnes dans la file. On en a ri… beaucoup!

« Tant qu’à l’acheter… »
Et puis il y a les bundles. Ah, les bundles!

Gold Country, Moytura, Container, Parks & Potions…

Un peu partout, les éditeurs proposent des ensembles regroupant jeu de base, extensions, tapis de jeu, matériel deluxe, promos et autres accessoires exclusifs à un prix suffisamment intéressant pour activer cette dangereuse petite voix intérieure : « Tant qu’à l’acheter… » Vous connaissez la suite.

Le sommet de cette philosophie fut probablement atteint chez Brueh Games, compagnie canadienne basée en Nouvelle-Écosse, avec Keep the Heroes Out! Cinthia adore les jeux coopératifs, les dés et les belles directions artistiques. Il n’a donc pas fallu longtemps avant que le jeu attire son regard.

Nous n’y avons pas joué sur place, mais après avoir lu les règles, consulté les commentaires sur le jeu et surtout discuté avec le designer et l’un des artistes présents au kiosque, nous étions cuits. Ils étaient passionnés, généreux de leur temps et manifestement très attachés à leur création. Lorsqu’ils ont appris que nous avions des enfants, ils ont été particulièrement attentionnés et nous ont même offert un petit Cthulhu en peluche pour nous remercier de notre intérêt et de notre achat. Alors, on a pris le jeu, les extensions, les promos, le tapis et les composantes deluxe, la totale quoi : dispendieux, oui, mais aucun regret.

Ce genre de rencontre rappelle surtout quelque chose d’important : la Gen Con n’est pas uniquement un endroit où acheter des jeux. C’est une occasion de rencontrer les gens qui les imaginent, les dessinent et les fabriquent. Et ça change complètement la relation qu’on développe avec une boîte lorsqu’elle arrive ensuite sur notre table.

Le jeu sur les jeux… évidemment
Mon autre gros coup du voyage est The Game Makers, un jeu délicieusement méta dans lequel on crée… des jeux de société; venir à la plus grande convention de jeux du continent pour acheter un jeu sur la création de jeux, c’est quand même pousser la boucle geek assez loin! Créatif, magnifique et particulièrement imposant sur la table, il provenait d’une campagne de sociofinancement et cette version ne devait pas être distribuée traditionnellement en boutique. Était-il cher? Oui. Combien? Nous allons préserver un minimum de dignité. Disons simplement qu’en transportant cette gigantesque boîte dans le hall, je me sentais comme un personnage de D&D ayant largement dépassé sa capacité de transport.

20 000 pas plus tard…
La Gen Con, ça use : avec entre 18 000 et 20 000 pas par jour, souvent chargés de sacs remplis de jeux, la fatigue, et parfois la patience, commencent sérieusement à se faire sentir rendu au samedi. Des questions aussi simples que « On mange où? », « On retourne porter les jeux dans l’auto? » ou « On se rejoint où? » se transforment soudainement en débats dignes d’un conseil d’administration.

Comme notre hôtel se trouvait à une vingtaine de minutes au nord du centre-ville, nous avons quitté un peu plus tôt ce soir-là pour profiter d’une baignade, refaire le plein d’énergie et aller souper. Indianapolis nous réservait toutefois une petite surprise : à notre sortie de l’hôtel, les sirènes d’alerte de tornade se sont mises à retentir. Un son qu’on entend rarement au Québec! Quelques minutes plus tard, la pluie tombait à seaux et nous sommes arrivés complètement trempés au Famous Dave’s. Bon côté des choses : le restaurant était presque vide… et les côtes levées? Aaaaaahhh, les côtes levées. Ça aussi, ça soigne la fatigue.

Impossible de tout faire
Et malgré quatre journées bien remplies, nous avons à peine effleuré les milliers d’activités proposées : tournois, jeux de rôle, démonstrations, prototypes, conférences, encans, bazars et bien plus encore. Plusieurs événements qui nous intéressaient affichaient déjà complet, et il a fallu se rendre à l’évidence : à la Gen Con, on ne peut pas tout faire… ni même tout voir. Après trois visites, je pensais que l’effet de grandeur finirait peut-être par s’atténuer, mais pas vraiment; l’achalandage m’a même semblé plus intense cette année. Curieusement, j’ai toutefois ressenti un peu moins de frénésie autour de certaines nouveautés qu’en 2022 et 2024. Peut-être que je me suis assagi… enfin, non. Nous sommes quand même revenus avec 32 jeux et extensions pour notre couple seulement. Oubliez ce que je viens de dire.

Plus qu’une convention
Ce que je retiens surtout de cette troisième visite au Gen Con dépasse largement les boîtes de jeux. Bien sûr, j’adore découvrir les nouveautés, rencontrer les créateurs et, visiblement, perdre tout sens du raisonnable dès qu’on ajoute le mot « deluxe » à côté d’un jeu. Mais il y a quelque chose de plus grand derrière tout ça.

Pendant quatre jours, on côtoie des dizaines de milliers de personnes venues d’un peu partout : familles, passionnés, créateurs, cosplayers, amateurs de jeux de rôle, de cartes, de gros jeux experts ou de petits jeux complètement absurdes. Et ce qui frappe, c’est à quel point tout ce beau monde semble libre d’être exactement qui il est. Dans un contexte social parfois polarisé, c’est franchement rafraîchissant. Les gens discutent dans les files, partagent leurs découvertes, complimentent un costume ou expliquent leur jeu préféré à un parfait inconnu.

On a même réussi à croiser notre ami Martin Labbé de C’t’à ton tour à deux reprises au milieu de plus de 74 000 personnes. Bon… nous mesurons tous les deux plus de 6 pieds 4. Disons que ça aide légèrement à se repérer dans la foule!

Après trois participations, la Gen Con demeure pour moi une expérience difficile à décrire complètement à quelqu’un qui ne l’a jamais vécue. C’est immense, épuisant, parfois chaotique, très dangereux pour le portefeuille… mais absolument merveilleux. Notre tradition ayant commencé en 2022, puis continué en 2024 et 2026, nous prévoyons déjà retourner à Indianapolis en 2028. Deux ans, c’est juste assez pour récupérer financièrement, voyager ailleurs entre-temps et garder intact ce petit sentiment que la Gen Con reste un événement vraiment spécial.

D’ici là, il nous reste tout de même un léger problème : jouer à tout ce qu’on a rapporté.

Mais bon…

Tant qu’à acheter le jeu, on va jouer avec le bundle!

<a href="https://gpourgeek.ca/author/nathan-fillion-gpg/" target="_self">Nathan Fillion</a>

Nathan Fillion

Nathan Fillion est un véritable passionné de jeux de société depuis plus de 25 ans, avec une collection diversifiée de plus de 500 jeux, couvrant une large gamme de mécaniques ludiques. Travaillant en Ressources Humaines, il nourrit également une passion profonde pour le jeu vidéo depuis son enfance. Son expérience en tant qu'animateur à la Revanche a considérablement enrichi sa collection de jeux tout en lui apportant de nouvelles perspectives ludiques. En tant qu'organisateur du “Boardgame Club”, il anime fréquemment des discussions en ligne sur les actualités et les sujets liés aux jeux de société, partageant ainsi sa passion et son expertise avec une large communauté de joueurs. Nathan est également un contributeur régulier au podcast du Bêta-Testeur, où il partage son amour pour le monde ludique avec un public toujours plus large.