
Les sondes Voyager 1 et Voyager 2 comptent parmi les projets les plus ambitieux de l’histoire de la NASA. Jusqu’où l’humanité peut-elle repousser les limites de l’exploration spatiale et, un jour peut-être, atteindre les étoiles voisines? Lancées en 1977, elles poursuivent leur incroyable voyage depuis près de 50 ans. Mais où se trouvent-elles aujourd’hui et quel est le véritable objectif de leur mission?
Une occasion unique qui ne pouvait pas être manquée
Au début des années 1970, les scientifiques de la NASA découvrent qu’un alignement exceptionnel des planètes géantes va offrir une occasion unique d’exploration. Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune se retrouveront dans une configuration parfaite permettant d’utiliser leur gravité comme une immense fronde cosmique afin d’accélérer une sonde vers les confins du système solaire.
Un tel alignement ne se produit qu’une fois tous les 176 ans environ. La NASA décide alors de mettre sur pied le programme Voyager, composé de deux sondes presque identiques destinées à explorer les régions les plus lointaines du système solaire.
À l’époque, personne n’imagine que ces engins survivront aussi longtemps. Leur mission principale ne devait durer qu’environ cinq ans.

Deux lancements historiques
Même si son nom porte le numéro 2, c’est Voyager 2 qui est lancée en premier, le 20 août 1977, depuis Cape Canaveral, en Floride.
Quelques semaines plus tard, le 5 septembre 1977, Voyager 1 quitte la Terre à son tour.
Pourquoi ce renversement? Tout simplement parce que Voyager 1 emprunte une trajectoire plus rapide, lui permettant d’atteindre Jupiter et Saturne avant sa jumelle.
Dès leur départ, les deux sondes s’apprêtent à écrire une nouvelle page de l’histoire de l’exploration spatiale.
Une mission qui dépassera toutes les attentes
À l’origine, Voyager 1 et Voyager 2 avaient pour unique mission d’explorer les planètes géantes de notre système solaire. Personne ne pouvait imaginer que ces deux petites machines continueraient à fonctionner bien au-delà de leur mission initiale.
Voyager 1 atteint Jupiter en 1979, puis Saturne en 1980. Elle révèle une foule de détails inédits sur ces mondes gigantesques, leurs nombreuses lunes et leurs impressionnants systèmes d’anneaux.
En 1990, elle capture également l’une des photographies les plus célèbres de l’histoire : le « Pâle Point Bleu ». Prise à près de 6 milliards de kilomètres du Soleil, cette image montre la Terre comme un minuscule point perdu dans l’immensité du cosmos.

De son côté, Voyager 2 accomplit un exploit unique. Après avoir survolé Jupiter et Saturne, elle poursuit sa route vers Uranus en 1986, puis Neptune en 1989. Encore aujourd’hui, elle demeure la seule sonde à avoir visité ces deux planètes.

Grâce aux découvertes des deux Voyager, notre compréhension des régions extérieures du système solaire a été complètement transformée.
Un message destiné aux inconnus de l’Univers
À bord de chacune des deux sondes se trouve un objet bien particulier : le Golden Record.

Ce disque de cuivre plaqué or contient des sons, des images et des informations représentant la Terre et l’humanité. On y retrouve des musiques provenant de différentes cultures, des sons de la nature, des salutations dans plusieurs langues ainsi que diverses informations scientifiques.
L’idée est simple : si une civilisation extraterrestre découvre un jour l’une des sondes, elle pourra avoir un aperçu de qui nous étions.
En quelque sorte, il s’agit d’une bouteille à la mer… lancée dans l’océan cosmique.
Une nouvelle mission vers l’inconnu
Une fois leur mission principale terminée, Voyager 1 et Voyager 2 ne prennent pas leur retraite. Leur voyage ne fait que commencer.
En 2012, Voyager 1 devient le premier objet fabriqué par l’être humain à franchir l’héliopause, la frontière où l’influence du vent solaire laisse place au milieu interstellaire. Voyager 2 réalise le même exploit en 2018. Aujourd’hui, les deux sondes poursuivent leur route dans l’espace interstellaire, une région où aucun autre engin humain ne s’était aventuré auparavant.
Près de 50 ans après leur lancement, les deux sondes continuent de transmettre de précieuses données scientifiques vers la Terre. Cependant, le temps finit par rattraper ces pionnières de l’exploration spatiale. Alimentées par un générateur thermoélectrique à radio-isotopes (RTG), elles perdent un peu de puissance électrique chaque année. Afin de prolonger leur mission le plus longtemps possible, la NASA désactive progressivement les instruments scientifiques jugés les moins essentiels.
Aujourd’hui, seuls quelques instruments demeurent opérationnels. Ils permettent notamment de mesurer les champs magnétiques, les ondes plasma et les rayons cosmiques présents dans l’espace interstellaire. Les caméras, les spectromètres et la majorité des instruments destinés à l’étude des planètes ont quant à eux été mis hors service au fil des décennies, soit parce qu’ils n’étaient plus utiles après le survol des planètes géantes, soit pour économiser l’énergie restante.
Malgré ces nombreuses mises hors service, les deux Voyager poursuivent leur mission. La NASA espère continuer à recevoir des données scientifiques jusqu’au début des années 2030, avant que leur alimentation électrique ne devienne insuffisante.

En novembre 2026, Voyager 1 atteindra une distance d’un jour-lumière de la Terre. Il lui aura fallu près de 49 ans pour parcourir cette distance vertigineuse.
Pour mettre cette prouesse en perspective, l’étoile la plus proche de notre Soleil, Proxima Centauri, se trouve à environ 4,24 années-lumière. À la vitesse actuelle de Voyager 1, il lui faudrait près de 73 000 ans pour atteindre les environs de cette étoile.

Voyager 2, quant à elle, devrait franchir le cap d’un jour-lumière de la Terre vers 2035.
Ces chiffres donnent le vertige. Ils nous rappellent à quel point notre système solaire est immense… et à quel point l’Univers dépasse tout ce que nous pouvons imaginer.
Face à une telle immensité, nous ne sommes finalement qu’un simple atome dans le cosmos. C’est aussi fascinant qu’effrayant.