CRITIQUE DE FILM – WUTHERING HEIGHTS (HURLEVENT)

par | Juin 22, 2026

Informations principales

Titre du film : Hurlevent (Wuthering Heights)

Réalisateur : Emerald Fennell

Scénariste / Auteur original : Emerald Fennell,D’après le roman Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë

Studio / Production : Warner Bros. Pictures, LuckyChap Entertainment, MRC, Lie Still

Genre : Drame, romance, historique

Durée : 2h16

Date de sortie : 12 Février 2026

À la suite de la recommandation de Margot Robbie lors de la promotion du film Hurlevent (Wuthering Heights), où elle expliquait que c’était « le film parfait à voir le jour de la Saint-Valentin avec des copines » et dont sa phrase exacte en version originale est : « Girl date. Stay a girl, I think, in that sense… » (« Un rendez-vous entre filles. Rester entre filles, je pense, dans ce sens… »), j’ai évidemment décidé de faire tout le contraire. Je suis donc partie seule le jour de la Saint-Valentin, avec du chocolat illégalement glissé dans mon sac. Moi, mon petit cœur encore un peu brisé par une rupture survenue quelques mois plus tôt, et mon double maléfique, alias la version de moi qui prend toujours des décisions discutables, sommes allés célébrer cette fête capitaliste ensemble. J’allais voir un film adapté d’un roman culte que j’adore et qui avait déjà fait scandale à sa sortie et qui, sans surprise, n’a pas échappé non plus aux polémiques dans sa version cinéma. Et pauvres d’eux, c’est maintenant mon tour de m’y mettre, avec plusieurs mois de retard, parce que je suis toujours en retard dans mes critiques.

Perdus dans l’obscurité des landes du Yorkshire, on retrouve une petite ferme au bord des falaises, entourée d’une nature sauvage et d’une atmosphère presque mortifère. Mais dans ses champs, une petite fille du nom de Catherine se chamaille avec un jeune garçon d’écurie, Heathcliff. Un pauvre serviteur ramené à la maison par un père qui, honnêtement, n’a pas toujours toute sa tête. On se retrouve alors avec deux jeunes âmes qui gravitent l’une autour de l’autre avec une intensité presque obsessionnelle. Entre amour, passion et dépendance émotionnelle, leur lien devient rapidement impossible à ignorer. Les années passent, ils grandissent, et leurs destins les entraînent sur des chemins différents. Pourtant, la flamme persiste et finit toujours par les ramener l’un vers l’autre. Que va-t-il advenir de cet amour interdit ? Pourront-ils fuir les landes pour vivre librement leur passion ou la maison de verre finira-t-elle par éclater, emportant avec elle tout ce qu’ils ont construit ? Jusqu’où l’amour peut-il mener… et surtout, jusqu’où peut aller l’obsession ?

Je sais, c’est probablement l’un des films les plus polémiques de 2026. Soit les gens l’adorent, soit ils le détestent. Déjà, à la base, le livre est une œuvre profondément controversée, qui divise et déclenche des débats depuis sa publication. Rien d’étonnant à ce que le film subisse exactement le même sort. L’histoire se découpe en deux grandes parties. Dans la première partie du livre, on nous plonge dans une relation amoureuse d’une intensité presque maladive : un amour tourmenté, toxique, obsessionnel, capable de rendre fou, de briser des vies et même d’en coûter. Si vous connaissez le roman, vous savez déjà ce qui vous attend ensuite. Dans la deuxième partie du livre, le personnage interprété par Jacob Elordi, Heathcliff, devient alors un homme rongé par la rancœur, la douleur et la vengeance. On découvre un visage de l’être humain d’une noirceur rare, où la violence prend le dessus et où l’amour se transforme en véritable cauchemar. Pour vrai, la deuxième partie du roman est difficile à lire par moments… suffocante, brutale, dérangeante. Dans le film, on reste seulement dans la première moitié de l’histoire. Il faut dire que Hurlevent a été adapté un nombre incalculable de fois et qu’il est plutôt rare qu’un réalisateur ose porter la seconde partie à l’écran. Sauf dans une adaptation japonaise apparue en 1988, Arashi ga oka du réalisateur Yoshishige Yoshida, qui avait eu le courage d’aller jusque-là. Et honnêtement… c’est une claque. J’avais presque la nausée en la regardant. Bref, chaque réalisateur et réalisatrice propose sa propre lecture de Hurlevent, sa vision, son interprétation… tout prend une autre forme sous leur plume. La réalisatrice du film de 2026, Greta Gerwig, met même le titre entre guillemets, parce que cette version-ci s’inspire du roman, mais ne le suit pas à la lettre. Ce n’est pas une adaptation page par page, mais une relecture artistique.

On a beaucoup reproché à la réalisatrice d’avoir choisi un acteur blanc, alors que dans le livre on sous-entend (sans jamais vraiment le dire) que le personnage pourrait être métissé ou noir. Mais il faut rappeler que, historiquement, ce n’est pas incohérent du tout. À l’époque où se déroule Hurlevent, il arrivait souvent que de jeunes enfants se retrouvent au port de Liverpool : un orphelin trouvé dans la rue, un gamin abandonné, un enfant récupéré lors d’un trajet maritime. Bref, ces enfants pouvaient être de n’importe quelle origine : irlandaise, romani, méditerranéenne, européenne, métissée ou noire. Le roman décrit Heathcliff comme « étranger », « gypsy-like », « dark », mais ces termes, au XIXᵉ siècle, ne renvoyaient pas nécessairement à une personne noire : ils désignaient surtout quelqu’un de marginal, de nomade, de pauvre ou simplement “différent”. De plus, être traité comme un serviteur ou un esclave n’était pas seulement réservé aux personnes noires : les enfants pauvres, les Irlandais, les Roms ou les orphelins pouvaient subir des formes de servitude ou d’exploitation. Bref, rien n’empêche historiquement Heathcliff d’être blanc. Le rejet qu’il subit dans le roman est avant tout social, pas racial, ce qui rend le choix d’un acteur blanc parfaitement plausible.

Alors, pour les rageux qui s’attendaient à une copie conforme du livre : une adaptation n’est jamais une photocopie. C’est un choix, une sensibilité, une perspective. Et finalement, si on voulait exactement le roman… il suffisait simplement de le relire.

On peut parler aussi de la chimie entre les deux acteurs. C’est troublant de malade, pour de vrai je vous ai dit que j’ai apporté illégalement du chocolat et je n’ai même pas été capable de le manger tellement j’étais obnubilée par le film. J’étais spectatrice et j’étais paralysée de voir un de mes livres préférés prendre vie. Je pense que j’ai écouté toutes les versions cinématographiques de ce livre et, dans cette version-ci, les acteurs se sont donnés corps et âme, au point que même sur les tapis rouges on n’était plus capables de distinguer si leur chimie était seulement pour le film ou hors du film. Ce côté toxique, malsain, manipulateur, violent, voire malaisant. Un amour immature et rustre, avec la plus grande liaison d’adultère du cinéma, et vous savez quoi ? Ça ne m’a pas dérangée. On s’en fout-tu du petit riche bourgeois plat comme un balai, qui ne donne aucune sensation à part l’envie de se mettre sous terre et se dire « astalavista baby ». Bref, on vit de pulsions et de feu ici, et c’est ça qu’on veut. Bon, oui, c’est un peu érotique, peut-être qu’il y a beaucoup de scènes un peu « holé holé ». Les gens chastes avec un balai s’abstenir, mais quand la vue c’est Jacob Elordi, t’inquiète, je suis preneuse. C’est quand même une passion toxique jusqu’au charnel. Vous me direz que ce n’était pas nécessaire, mais je vous dirai que de nos jours le corps parle beaucoup plus que l’âme d’une personne. À mon grand regret, la passion de l’âme et des mots se perd, donc le film reste à l’ère de notre époque.

Je dois clairement dire aussi que les décors sont sensationnels. Chaque pièce, chaque maison, chaque lieu devient à lui seul une entité. Il prend vie et devient un personnage à part entière. Dans la maison opulente des Linton, on retrouve une chambre qui représente la beauté de l’actrice… une chambre qui donne froid dans le dos. Une prison rosée qui va littéralement manger le personnage principal, une prison qui devient un cercueil. À l’effigie de sa peau, quoi de plus troublant que de voir, au toucher, le mur bouger et la nonchalance du riche qui dit : « regarde cette divine chambre ». C’est le truc le moins romantique que l’on puisse faire à une personne. Tout est lunaire : les pièces ont toutes des couleurs respectives et des décorations qui rendraient fous par leur opulence. Puis, on se retrouve à l’opposé avec la ferme délabrée d’Hurlevent, là où le personnage de l’actrice est né, qui est noire, sombre, presque avalée par la roche qui entre à l’intérieur et la fait disparaître. Lugubre, étouffante, la maison de la mort, avec un peu de rouge pour démontrer la toxicité et la fragilité de la vie. Vraiment, je capote. Les images sont divines, sombres à cause de la pluie et du vent, mais on dirait qu’elles sortent directement d’un livre de dark fantasy. Ben oui, c’est un film de dark romance. C’est visuellement gothique comme j’aime mes films. On a des paysages à couper le souffle des montagnes du Yorkshire. Un clin d’œil incroyable à l’autrice du livre, parce qu’elle adorait ces plaines. Je ne sais pas… message au personnel qui a travaillé dans les studios pour faire le décor de la maison : pouvez-vous venir refaire la décoration de ma chambre dans ce baroque presque artificiel ? (Juste… n’apportez pas la brume du Yorkshire.) Et pour rendre à César ce qui appartient à César : la cheffe décoratrice, Sarah Greenwood, six fois nommée aux Oscars, a signé ces décors et honnêtement, on comprend pourquoi. C’est magnifique. Et si je m’y mets plus sur les décors, je pourrais vous en parler pendant des heures, c’est pour de vrai magistral.

On peut parler de la nourriture. Je ne suis pas du genre à prendre en considération la nourriture dans des films, mais dans celui-là je ne vais pas vous mentir : parfois j’avais envie de manger ce que je voyais, et je trouvais que la nourriture était super succulente visuellement. Et après, tu vois un poisson en lévitation dans du jello et tu te dis que si tu manges ça, tu vas mourir. Et c’est là que ça devient fascinant : la nourriture n’est pas juste décorative, elle est utilisée comme un outil de tension, un moyen détourné pour les protagonistes de communiquer autrement que par leurs corps. On l’exagère, on la rend opulente, on la met partout, au point où elle devient presque un langage parallèle. On se retrouve dans une maison de riches avec de la bouffe à volonté, mais la seule chose qu’on veut réellement « dévorer », c’est Heathcliff. La nourriture est opulente, tellement présente qu’elle finit par prendre toute la place. Elle déborde, elle envahit l’écran, elle devient presque vivante. À un moment, ta bouche devient humide, salive, puis presque acide tellement cette abondance devient oppressante. On dirait que chaque plat respire, qu’il te regarde, qu’il veut te dire quelque chose. C’est troublant, étrange, et complètement hypnotisant.

On peut parler des costumes. Pour vrai, qui ne s’est pas arrêté sur ces tenues de style géorgien, parfois même victorien. Moi, je n’ai pas pu éviter les tenues plus flamboyantes et chamboulantes. Je veux clairement voler la garde-robe complète. Ce sont vraiment des pièces de qualité, et clairement la costumière et l’équipe de couture se sont surpassées. Signés par Jacqueline Durran, les costumes mélangent les époques… un patchwork onirique qui va de l’ère élisabéthaine aux années 50 et Margot Robbie porte très exactement 40 tenues différentes dans le film. Quarante. Pas étonnant que chaque scène soit un défilé gothico-romantique. Le jeu des couleurs, des textures, des silhouettes… les costumes évoluent avec les personnages et parlent à eux seuls. Les vêtements permettent d’exprimer les sentiments du personnage sans qu’elle ait besoin d’ouvrir la bouche. Pour vrai, les costumes sont d’une clarté visuelle lunaire. C’est sexy sans être provocant, c’est féminin, c’est sensuel, ça donne une aura fatale. Et en plus des costumes, on a une mise en beauté et des coiffures de fou. L’actrice est déjà magnifique, mais là, elle coupe le souffle. Je ne suis pas lesbienne, mais putain, il faut le dire quand une femme est magnifique. Et pour rendre hommage aux trois reines de la beauté : Jacqueline Durran, la costumière qui a imaginé et assemblé toutes les tenues ; Kirstin Chalmers, la maquilleuse ; et Odile Gilbert, la coiffeuse. Les trois mousquetaires de la beauté. Elles ont créé un univers esthétique tellement cohérent que chaque apparition de l’actrice devient un tableau vivant.

Il faut prendre un moment aussi pour parler à quel point la bande sonore portée par Charli XCX est formidable. On rentre au plus profond d’un moment où la chanteuse est en dépression, au plus bas dans sa carrière, et, soulevée par une nouvelle inspiration, elle va sortir une des chronologies musicales les plus intenses qu’elle ait faites. Dans un style un peu dark et rock, avec des sonorités qui persistent de malade. Avec son projet Brat, elle avait déjà montré qu’elle était capable de revenir avec de la musique de qualité. Mais je trouve que ce projet renforce encore plus son autorité en tant que star. Elle fait une musique qui amplifie cette sensation d’obsession, de rage et de toxicité. Elle sort des paroles fortes qui parlent de mort, d’enfermement, de chute, de désespoir… ce ne sont pas des petits sujets. Ça provoque et ça fait exactement l’effet que ça doit faire. Dans le film, on retrouve plusieurs titres marquants de Charli XCX dont : « House », « Dying For You », « Always Everywhere » et « Out Of Myself ». Ces chansons viennent littéralement nourrir l’atmosphère du film : elles collent à la peau des personnages, elles respirent avec eux, elles hurlent avec eux. Pour vrai, la playlist, je l’écoute encore souvent. Elle me hante, elle me suit, elle me replonge dans l’ambiance du film à chaque fois. Pépite.

Puis, si vous avez trouvé cette critique oppressante, surchargée, rocambolesque, chaotique, c’est parce que c’est exactement la même sensation que le film va vous donner. Je vous le recommande fortement.

9.1/10
Notre évaluation

Analyse

Points forts :

  • Alchimie magnétique 
  • Décors gothiques somptueux.
  • Bande-son explosive 

Points faibles :

  • Parti pris incomplet : Le choix d’ignorer la seconde moitié sombre du roman.
  • Sensualité parfois excessive
  • Une relecture moderne qui s’éloigne de la pureté du livre

Pour visionner le film, c’est ici.

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