CRITIQUE DE JEU DE SOCIÉTÉ – VAESEN

par | Juin 20, 2026

Informations principales

Titre du jeu de société : Vaesen

Éditeur : Free League

Distributeur : Free League

Auteur : Nils Hintze

Illustrateur : Johan Egerkrans

Nombre de joueurs : 2 à 6

Vaesen est un jeu de rôle qui m’a immédiatement intrigué par sa proposition de départ. Ici, on ne parle pas d’une aventure classique où les joueurs doivent simplement affronter des monstres, vider des donjons ou sauver le monde d’une menace évidente. Le jeu nous plonge plutôt dans un univers d’enquêtes surnaturelles inspirées du folklore scandinave, où les créatures anciennes existent encore dans l’ombre d’un monde en pleine transformation.

Ce qui rend Vaesen intéressant dès le départ, c’est cette opposition entre le vieux monde et le nouveau. D’un côté, il y a les traditions, les croyances, les villages isolés et les légendes transmises depuis des générations. De l’autre, il y a l’industrialisation, les villes qui grandissent, les anciennes façons de vivre qui disparaissent peu à peu, et des créatures folkloriques qui se retrouvent bousculées par ce changement.

J’aime beaucoup cette idée, parce qu’elle donne au jeu une ambiance différente de plusieurs autres jeux d’horreur ou d’investigation. Les Vaesen ne sont pas seulement des monstres à éliminer. Ils sont souvent liés à des conflits humains, à des erreurs du passé, à des promesses brisées ou à des traditions oubliées. Le cœur du jeu n’est donc pas seulement de découvrir ce qui se passe, mais aussi de comprendre pourquoi cela arrive et ce qu’il faut faire une fois la vérité révélée.

Sur papier, Vaesen possède donc une prémisse extrêmement forte. C’est mystérieux, sombre, folklorique et moralement beaucoup plus nuancé qu’une simple chasse aux monstres. Par contre, comme je vais l’aborder dans cette critique, c’est aussi un jeu qui semble parfois avoir une meilleure idée de son ambiance que de la façon concrète d’accompagner le maître de jeu dans la construction de ses enquêtes.

Le But du Jeu
Dans Vaesen, les joueurs incarnent les membres d’une société secrète spécialisée dans l’étude des phénomènes surnaturels. Leur rôle n’est pas de simplement chasser des monstres, mais plutôt d’enquêter sur des événements étranges afin de comprendre ce qui se cache derrière eux.

Chaque mystère peut commencer par une disparition, une série d’accidents, des rumeurs inquiétantes ou des phénomènes impossibles à expliquer. Les personnages doivent alors recueillir des indices, interroger les habitants et découvrir quel Vaesen est impliqué dans la situation.

Ce qui rend l’approche intéressante, c’est que les créatures ne sont pas toujours mauvaises. Elles peuvent réagir à une tradition oubliée, une promesse brisée, un lieu profané ou une injustice commise par les humains. L’objectif n’est donc pas seulement d’identifier la menace, mais de comprendre le conflit et de choisir comment le résoudre.

C’est ce qui donne à Vaesen son intérêt principal : des enquêtes surnaturelles où la solution passe souvent par la réflexion, la négociation ou la réparation d’une erreur plutôt que par l’affrontement direct.

Le Système de Jeu
Vaesen utilise le Year Zero Engine, un système développé par Free League Publishing et déjà utilisé dans plusieurs de leurs autres jeux. Les règles sont assez simples : les joueurs lancent des dés à six faces selon leurs attributs et leurs compétences, puis doivent obtenir au moins un 6 pour réussir une action.

    Dans l’ensemble, le système est facile à comprendre et permet de rapidement entrer dans l’histoire sans être constamment ralenti par des règles trop lourdes. C’est un bon point, surtout pour un jeu qui mise autant sur l’ambiance, les dialogues et l’enquête.

    Par contre, c’est aussi là que certaines limites apparaissent. Vaesen est avant tout un jeu d’investigation, mais son système donne parfois l’impression d’être pensé pour des aventures plus générales. Comme les personnages passent beaucoup de temps à chercher des indices, interroger des témoins et comprendre des situations étranges, certaines compétences risquent d’être beaucoup plus utiles que d’autres.

    Le fait que des informations importantes puissent dépendre de jets de dés peut aussi devenir problématique. Dans un jeu d’enquête, manquer un indice essentiel à cause d’un mauvais résultat peut ralentir le rythme ou créer de la frustration autour de la table.

    Au final, le système de Vaesen fonctionne correctement et reste accessible, mais il n’est pas toujours aussi bien adapté à l’investigation que l’univers du jeu pourrait le laisser espérer.

    Les Enquêtes : Le Véritable Cœur de Vaesen
    Pour moi, les enquêtes sont clairement le cœur de Vaesen. C’est là que le jeu prend réellement vie. On n’est pas dans une aventure où le but est simplement de trouver une créature et de l’éliminer. Ici, l’intérêt vient surtout du mystère, de l’ambiance et de la façon dont les joueurs vont tenter de comprendre ce qui se passe réellement.

      J’aime beaucoup cette approche, parce que chaque enquête peut commencer de façon assez simple : une disparition, un village inquiet, une rumeur étrange ou un accident impossible à expliquer. Mais plus les personnages avancent, plus ils réalisent que la vérité est souvent beaucoup plus complexe qu’elle en a l’air.

      Ce que je trouve particulièrement fort, c’est que les Vaesen ne sont pas simplement des monstres à abattre. Ils sont souvent liés à une blessure, une tradition oubliée, une promesse brisée ou une erreur humaine. Le jeu pousse donc les joueurs à se demander non seulement ce qui se passe, mais aussi pourquoi c’est arrivé et ce qu’ils doivent faire maintenant.

      C’est exactement le genre de nuance que j’aime dans un jeu de rôle. Protéger les humains n’est pas toujours automatiquement la bonne réponse, et défendre le Vaesen n’est pas toujours sans risque non plus. Il y a souvent une zone grise, et c’est là que les enquêtes deviennent vraiment intéressantes.

      Par contre, c’est aussi là que Vaesen peut demander beaucoup au maître de jeu. Une bonne enquête doit être assez claire pour que les joueurs avancent, mais pas trop évidente non plus. Il faut maintenir le rythme, la tension et s’assurer que tout le monde sente qu’il contribue réellement à l’histoire.

      Malgré cette difficulté, je trouve que les enquêtes restent probablement la partie la plus séduisante du jeu. Quand ça fonctionne, Vaesen peut créer des moments vraiment mémorables, remplis de révélations troublantes, de dilemmes moraux et de discussions tendues avec des créatures anciennes.

      C’est dans ces moments-là que je comprends pourquoi Vaesen attire autant. Ce n’est pas seulement un jeu où l’on chasse le surnaturel. C’est un jeu où l’on tente de comprendre des légendes vivantes, tout en acceptant que la solution parfaite n’existe peut-être pas.

      Le Manoir de la Société
      Parmi toutes les idées proposées par Vaesen, le Manoir de la Société est probablement celle qui m’a le plus surpris. À première vue, on pourrait croire qu’il s’agit simplement d’un quartier général servant de point de départ aux enquêtes. Pourtant, cette mécanique apporte énormément à l’identité du jeu.

        Au début de la campagne, les personnages héritent d’un vieux manoir délabré qui appartenait autrefois à leur Société. Les anciens membres ont disparu dans des circonstances mystérieuses, laissant derrière eux un lieu rempli de secrets, de souvenirs et de questions sans réponse. Le manoir devient donc rapidement bien plus qu’un simple décor.

        Ce que j’aime beaucoup, c’est qu’il donne aux joueurs un véritable sentiment d’appartenance. Après des enquêtes sombres et dangereuses, le fait de revenir dans un endroit familier crée une sorte de refuge. Cela permet aussi à la campagne de respirer entre deux mystères.

        Le manoir évolue également avec les personnages. Les joueurs peuvent rénover certaines sections, débloquer de nouvelles installations et améliorer les ressources de leur Société. Cette progression donne l’impression que leurs actions ont un impact concret, non seulement sur leurs personnages, mais aussi sur leur organisation.

        J’apprécie aussi que le manoir possède ses propres mystères. Passages oubliés, documents anciens, pièces condamnées et disparition des anciens membres viennent ajouter une intrigue secondaire qui accompagne les enquêtes principales.

        Au final, je considère le Manoir de la Société comme l’un des grands points forts de Vaesen. Il renforce l’attachement des joueurs à leur groupe, donne une identité unique à la campagne et offre une progression qui va bien au-delà de la simple montée en niveau.

        Le Folklore et les Vaesen
        Si les enquêtes représentent le cœur de Vaesen, alors son folklore en représente clairement l’âme. C’est probablement l’élément qui distingue le plus le jeu des autres jeux d’horreur ou d’investigation.

          Au lieu de miser sur des horreurs cosmiques ou des monstres simplement maléfiques, Vaesen puise directement dans les légendes et les croyances scandinaves. Trolls, esprits de la forêt, créatures des lacs et êtres féériques donnent au jeu une identité très forte.

          Ce que j’aime particulièrement, c’est que ces créatures ne sont pas seulement des ennemis à vaincre. Elles possèdent leurs propres motivations, leurs propres règles et leur propre vision du monde. Souvent, elles réagissent aux actions humaines plutôt que d’agir par pure méchanceté.

          Cette approche apporte beaucoup de nuance aux histoires. Les Vaesen peuvent représenter des traditions oubliées, des pactes brisés ou les conséquences d’un monde ancien bouleversé par l’industrialisation et les changements humains.

          J’aime aussi le fait que le jeu pousse les joueurs à remettre en question leurs certitudes. Les humains ne sont pas toujours innocents, et les créatures ne sont pas automatiquement responsables de tous les torts. Cette zone grise renforce énormément l’ambiance du jeu.

          Par contre, j’aurais aimé que le livre accompagne davantage les joueurs et le maître de jeu dans l’identification des Vaesen. Pour un jeu qui repose autant sur la compréhension du folklore, quelques outils supplémentaires, comme des indices plus détaillés, des croyances contradictoires ou des méthodes d’enquête propres aux créatures, auraient été vraiment appréciés.

          Malgré cela, le folklore demeure l’un des plus grands succès de Vaesen. C’est lui qui donne au jeu sa personnalité, son atmosphère et cette impression constante d’explorer des légendes anciennes qui refusent de disparaître.

          Ce que Vaesen réussit
          Ce que Vaesen réussit le mieux, selon moi, c’est son identité. Dès le départ, le jeu sait quel type d’histoire il veut raconter et quelle ambiance il veut créer. Son mélange d’horreur folklorique, d’enquête et de dilemmes moraux lui permet de se démarquer assez facilement.

            J’apprécie beaucoup le fait que les enquêtes ne reposent pas seulement sur la confrontation. Le but n’est pas simplement de trouver une créature et de l’éliminer, mais de comprendre ce qui s’est passé, pourquoi le conflit existe et quelles conséquences auront les décisions des personnages.

            Le jeu réussit aussi très bien à donner du poids aux choix des joueurs. Les solutions ne sont pas toujours parfaites, et les personnages doivent souvent choisir entre plusieurs options imparfaites. Cette nuance donne beaucoup de profondeur aux histoires.

            Le Manoir de la Société est également une belle réussite. Il apporte une continuité entre les enquêtes, donne aux personnages un sentiment d’appartenance et permet une progression qui dépasse les simples statistiques.

            Finalement, le folklore reste l’une des plus grandes forces du jeu. Les Vaesen sont mystérieux, mémorables et souvent beaucoup plus complexes qu’ils ne le semblent. C’est ce qui donne au jeu son atmosphère unique et cette capacité à inspirer immédiatement des histoires.

            Ce que Vaesen aurait pu mieux faire
            Même si Vaesen possède énormément de qualités, je ne le considère pas comme un jeu parfait. Son univers, son ambiance et ses idées sont excellents, mais j’ai parfois l’impression que le jeu ne donne pas toujours assez d’outils pour les exploiter pleinement.

              Ma principale réserve concerne le soutien offert au maître de jeu. Les enquêtes sont au cœur de l’expérience, mais elles sont aussi difficiles à construire et à diriger. Pourtant, Vaesen semble parfois supposer que le maître de jeu saura naturellement comment gérer cette complexité.

              J’aurais surtout aimé que le jeu développe davantage l’identification des Vaesen. Les personnages sont censés faire partie d’une société spécialisée dans l’étude de ces créatures, mais le livre ne donne pas toujours assez de moyens concrets pour faire ressentir cette expertise autour de la table.

              Certains aspects du système peuvent aussi poser problème. Lorsqu’un indice important dépend d’un jet de dés raté, l’enquête peut ralentir ou devenir frustrante. Ce n’est pas impossible à corriger, mais cela ajoute du travail au maître de jeu.

              J’aurais aimé voir plus d’outils liés au folklore : des légendes contradictoires, des témoignages incomplets, des connaissances partielles ou des documents anciens. Cela aurait renforcé l’impression d’enquêter réellement sur des créatures issues des croyances populaires.

              Au final, les défauts de Vaesen ne brisent pas l’expérience, mais ils donnent parfois l’impression que certaines de ses meilleures idées reposent davantage sur le maître de jeu que sur le livre lui-même. Avec un peu de préparation, ces limites peuvent être contournées, mais j’aurais aimé que le jeu accompagne davantage cette excellente proposition.

              Appréciation Personnelle et Conclusion
              Au final, Vaesen me laisse avec une impression très positive, mais aussi avec une certaine frustration. Ce n’est pas un mauvais jeu, loin de là. C’est plutôt un jeu avec une idée exceptionnelle qui, par moments, semble ne pas atteindre pleinement son potentiel.

                Ce qui me marque le plus, c’est son univers. J’adore l’idée de mener des enquêtes inspirées du folklore plutôt que de simplement partir à la chasse aux monstres. Les créatures ont leurs propres motivations, leurs propres blessures et leur propre vision du monde, ce qui rend les enquêtes beaucoup plus intéressantes qu’un simple affrontement entre le bien et le mal.

                J’aime aussi beaucoup le Manoir de la Société, qui donne une vraie continuité à la campagne et offre aux personnages un foyer entre leurs différentes aventures. C’est une idée simple, mais très efficace pour renforcer l’attachement des joueurs à leur groupe et à leur histoire.

                Ce que j’apprécie surtout, c’est que Vaesen cherche à raconter des histoires humaines à travers le surnaturel. Derrière les créatures, les malédictions et les mystères, on retrouve souvent des thèmes liés aux traditions, au changement, aux erreurs du passé et aux conséquences des choix humains.

                Par contre, je ne peux pas ignorer que plusieurs de ses meilleures idées reposent beaucoup sur le travail du maître de jeu. Le livre propose une direction fascinante, mais il donne parfois l’impression de laisser au MJ la responsabilité de construire une partie du chemin.

                Malgré cela, Vaesen réussit quelque chose d’important : il donne envie de jouer. Il donne envie de créer des enquêtes, d’explorer des légendes oubliées et de placer les joueurs devant des choix difficiles, où la vérité est rarement simple.

                En terminant, je recommanderais facilement Vaesen aux amateurs d’enquêtes, de folklore et d’horreur atmosphérique. Ce n’est peut-être pas un système parfait, mais c’est un univers qui déborde de personnalité et de potentiel. Et parfois, dans un jeu de rôle, cette capacité à inspirer vaut presque autant que les règles elles-mêmes.

                Un jeu fascinant, porté par un univers exceptionnel et des enquêtes riches en possibilités, même si certaines de ses meilleures idées auraient mérité un meilleur soutien mécanique afin d’atteindre tout leur potentiel.

                Merci à Free League pour la copie du jeu.

                8/10
                Notre évaluation

                Analyse

                Points forts :

                • Une identité forte
                • Un folklore fascinant
                • Des enquêtes nuancées
                • Le Manoir de la Société
                • Une grande capacité d’inspiration

                Points faibles :

                • Un système parfois mal adapté
                • Trop de poids sur le maître de jeu
                • L’identification des Vaesen sous-développée
                • Des indices trop dépendants des jets
                • Un potentiel pas toujours exploité

                Pour se procurer le jeu, c’est ici.

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                CoffeeKeep

                Jérémie Babin est chroniqueur au sein de l’équipe GpourGeek, où il partage avec passion ses critiques, découvertes et réflexions sur l’univers geek, les mangas, les jeux et la culture pop sous toutes ses formes. Il agit également comme intervieweur et personnalité publique pour CMGG, donnant la voix aux artistes, créateurs et fans rencontrés lors des événements geek à travers le Québec. Avec son ton authentique et son regard affûté, Coffee&Keeps vous invite à explorer les coulisses de vos passions favorites.

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