
Informations principales
Titre du film : ObsessionRéalisateur : Curry BarkerScénariste / auteur original : Curry BarkerStudio / Production : Capstone Pictures, Tea Shop Productions, Blumhouse Productions, Focus Features, Universal Pictures
Plateforme / Diffusion : Cinéma
Genre : HorreurDurée : 109 minutesDate de sortie : 15 mai 2026
Vous savez, lorsqu’un film grand public sort au cinéma, la plupart de ses profits se font durant la première semaine, puis diminuent au fur et à mesure (les blockbusters, par exemple, diminuent entre 30 % et 70 % entre les deux premiers week-ends). Avatar est une exception frappante, vu que les profits entre le premier et le deuxième week-end ont diminué de 0 %.
Un film d’horreur à petit budget a cependant fait l’impossible. Avec un budget de moins d’un million de dollars, celui-ci en a rapporté 17 millions lors de son premier week-end aux États-Unis et au Canada. Durant son deuxième week-end, il en a rapporté 23,9 millions, soit une hausse de 39 % par rapport à la semaine précédente. Ce qui est du jamais vu.
Quel film a accompli un tel miracle? Le premier long-métrage du youtubeur Curry Barker, Obsession, un film d’horreur mettant en vedette Michael Johnston, Inde Navarrette, Cooper Tomlinson, Megan Lawless et Andy Ritcher. Le film est rapidement devenu un succès sans précédent grâce au bouche-à-oreille et a incité une amie à me kidna-euh, à « m’inviter fortement » à voir le film avec elle…
Faites attention à ce que vous souhaitez
Souhaitant avouer ses sentiments à sa collègue de travail Nikki (Inde Navarette), Bear (Michael Johnston) tente sans succès de trouver le courage pour lui dire la vérité. Un soir, par frustration, ce (stupide) peureux fait un vœu avec une branche à souhaits et souhaite que Nikki « l’aime plus que quiconque au monde ». Et à sa grande surprise, son souhait a été exaucé! Sauf que « l’amour » de Nikki à son égard devient de plus en plus étrange, obsessif, toxique, cauchemardesque…

L’ombre de la vallée de l’étrange
Au lieu d’employer les techniques habituelles des films américains pour nous faire peur, le film utilise sa cinématographie, son maquillage et le jeu des acteurs à bon escient.
D’abord, les ombres et les silhouettes sont souvent employées lorsque « Souhait Nikki » (c’est-à-dire Nikki sous l’influence du vœu) commet des actions étranges et dérangeantes la nuit.
Et lorsqu’on la voit, ses expressions et sa voix semblent factices et forcées, tel un robot qui tente de paraître humain (ce qu’on appelle « la vallée de l’étrange », ou « the uncanny valley »).
Très rapidement, on comprend le danger dans lequel Bear se retrouve, par la mise en scène et le jeu des acteurs. Et on souhaite qu’il se tire de cette situation le plus vite possible. Seulement, il y a un problème…

Félicitations, Bear. Tu es officiellement l’imbécile de l’année.
Le problème, c’est que Bear est un parfait idiot.
Plus précisément, il est un égoïste apeuré qui croit devoir tout avoir sans rien faire pour le mériter. Déjà, il aurait pu avoir le courage de faire sa déclaration au début de l’histoire, et tout serait réglé. Et quand il a fait le souhait, il aurait pu demander « je souhaite avoir le courage d’avouer mes sentiments », « je souhaite savoir ce qu’elle ressent pour moi ». Non, il fait le souhait qui prive une femme qui ne lui a rien fait de tout libre arbitre et le formule de manière à laisser toute créativité à cette nouvelle version de la patte de singe (à savoir un artefact qui exauce des souhaits qui tournent mal).
Mais malgré son imprudence première, il aurait pu arrêter la situation plus tôt. Mais il ne pensait qu’à lui-même, à ce que les autres penseraient, sans se soucier de « Vraie Nikki ». Et autant l’histoire de Bear est tragique, autant on comprend que son manque de quotient intellectuel flagrant l’a poussé à commettre les pires décisions possibles.

Le Sunken Place et Steve Trevor 2.0
Pour les besoins de la cause, je référerai « Souhait Nikki » à Nikki sous l’influence du souhait, et « Vraie Nikki » à elle dans son état normal.
Et c’est sur ce point que je vais commencer avec Nikki. En effet, la relation entre les deux personnalités rappelle le Sunken Place dans le film Get Out (Navarette avait d’ailleurs mentionné l’une des actrices du film comme inspiration pour sa performance), et la résurrection controversée de Steve Trevor dans le corps d’un inconnu dans Wonder Woman 1984. Dans tous les cas, une entité prend le contrôle d’un corps qui n’est pas le sien, et son propriétaire se voit privé de toute autonomie.
Si le comportement de Bear rappelle celui des incels en ligne, celui de Nikki évoque les victimes d’agression et de relations toxiques, qui se voient prises dans des situations cauchemardesques dont elles ne peuvent se sortir, car elles sont dépourvues d’autonomie. Dans ce contexte, Souhait Nikki est celle qu’un agresseur façonne pour sa victime, ainsi que la vision idéaliste et fantastique que l’agresseur se fait de sa cible. Et Vraie Nikki représente la victime qui souhaite sortir de ce cauchemar.
Cela dit, à mesure que le film avance, Souhait Nikki devient toxique à son tour et emploie elle aussi un comportement abusif à l’égard de Bear.

Mais… qui est le méchant du film?
Dans les discussions en ligne, plusieurs personnes débattent de la moralité des personnages. Qui est à blâmer, qui est la victime, qui est l’agresseur… Personnellement, je ne crois pas que la réponse soit si simple que cela.
Évidemment, il est clair que, par son manque flagrant de neurones, Bear est tout à fait responsable de l’existence de Souhait Nikki et de la souffrance de Vraie Nikki. Cela dit, et même si c’était une décision qu’il aurait dû prendre bien avant, il a tenté de briser le souhait.
Par contre, comme je l’ai mentionné plus haut, Souhait Nikki, au fil de l’histoire, devient abusive à son tour et adopte plusieurs comportements et stratégies typiques d’agresseurs domestiques. Mais contrairement à Bear, Souhait Nikki n’a pas de libre arbitre et n’est pas différente, mentalement parlant, d’une machine qui ne fait qu’exécuter des ordres.
D’une certaine manière, ce film est l’histoire d’un agresseur qui se fait agresser par sa victime, pendant que celle-ci est agressée par ledit agresseur. Oui, je sais, ce n’est pas du tout confus.
En tout cas, Vraie Nikki est indubitablement la vraie victime de l’histoire.

Qui est Souhait Nikki : de chat à GPT
Plusieurs théories circulent sur ce que représente Souhait Nikki.
Pour certains, elle serait la réincarnation du chat de Bear décédé au début du film, qui souhaite lui faire part de son affection. (D’ailleurs, Bear aurait eu besoin de thérapie après la mort de son chien.)
Pour d’autres, elle est une allégorie de l’IA générative, qui tente de son mieux pour paraître « humaine » et « réelle », mais n’en demeure pas moins factice et mécanique. (Cette théorie est plus marquante quand on se souvient que l’IA générative a été utilisée pour exploiter l’intimité de plusieurs femmes sans leur consentement.)
D’autres ont aussi comparé le comportement des deux Nikki à celui d’une personne neurodivergente vulnérable, dont Bear était en train d’abuser de l’autonomie. D’autres encore ont également souligné les comportements de leurs collègues de travail et se demandaient si leurs motivations respectives ne les avaient pas poussés à vouloir saboter les chances de Bear.
Dans tous les cas, le film suscite beaucoup de questions et de débats au sujet de son message.

Conclusion
Obsession est un film d’horreur psychologique qui emploie le trope classique de la patte de singe pour le mettre au goût du jour. L’œuvre brille par sa mise en scène, ses dialogues et ses nombreuses thématiques, ainsi que par son protagoniste qui aurait sérieusement besoin de thérapie au lieu d’agir comme le dernier des trouducs.
Si je devais reprocher quelque chose au film, ce serait que je le trouve un peu surcoté et qu’il frôle l’exploitation par moments. Aussi, votre expérience personnelle par rapport à certaines thématiques risque d’influencer grandement votre appréciation du film.
Analyse
Points forts :
- Excellente cinématographie
- Les effets spéciaux sont bien utilisés
- Bonne utilisation de la vallée de l’étrange
- La tension est maintenue tout le long du film
- Le jeu d’acteur est excellent
- Pour la plupart, les thématiques sont bien abordées
Points faibles :
- Certaines scènes frôlent l’exploitation
- Quelques facilités scénaristiques abrutissent davantage le protagoniste
- Un peu surcoté