CRITIQUE DE MANGA – CALL OF THE NIGHT TOME 13

par | Juin 7, 2026

Informations principales

Titre du manga : Call of the Night

Éditeur : Kurokawa

Distributeur : Interforum

Mangaka : Kotoyama

Genre : Shonen

Nombre de pages : 183

Prix : 13,95$

Date de sortie : 1 juillet 2025

Quand la nuit cesse de faire semblant
Bonjour à tous, ici Coffee&Keeps, et aujourd’hui, on replonge dans Call of the Night – Tome 13. Ce qui avait commencé comme une errance nocturne presque douce, portée par la solitude, le désir et cette envie un peu naïve de fuir le monde du jour, s’est lentement transformé en quelque chose de beaucoup plus cru, plus intime et plus dangereux. Kô Yamori, ce garçon de 14 ans qui cherchait simplement une raison d’exister autrement, s’est retrouvé happé par un univers où les vampires ne sont pas seulement des créatures de la nuit, mais des êtres brisés, contradictoires, souvent plus humains que ceux qu’ils observent dans l’ombre.

Aux côtés de Nazuna, Kô a découvert que devenir vampire n’était pas qu’une question de morsure ou de sang. C’est une question d’amour, de désir, de choix… mais surtout de conséquences. Et plus la série avance, plus elle nous arrache à l’idée confortable que la nuit est un refuge. Ici, elle ne protège plus personne : elle expose les failles, déforme les certitudes et révèle les blessures qu’on pensait avoir enterrées.

Après un tome 12 où tout semblait enfin exploser — les tensions, les violences, les vérités qu’on repoussait depuis trop longtemps — ce treizième volume arrive avec une promesse simple : maintenant que le sang a coulé, il va falloir comprendre ce que ça coûte vraiment de vouloir disparaître du monde des humains. Call of the Night n’est plus seulement une histoire de vampires. C’est une histoire sur ceux qui cherchent désespérément une porte de sortie… sans toujours voir que cette porte mène peut-être droit dans le vide.

Synopsis sans spoilers
Dans ce treizième tome, Call of the Night reprend directement là où le volume précédent nous avait laissés, en plein chaos, alors que la nuit vient de basculer dans une violence beaucoup plus concrète. Kô Yamori se retrouve une fois de plus au cœur d’un affrontement qui dépasse largement ce qu’un simple humain devrait être capable d’encaisser. Mais plus les événements avancent, plus une question devient difficile à ignorer : qu’est-ce que Kô est réellement en train de devenir ? Son lien avec les vampires prend une tournure de plus en plus troublante, comme si son corps, ses instincts et ses émotions répondaient déjà à des règles qu’il ne comprend pas encore. Au même moment, une nouvelle présence vient bouleverser l’équilibre fragile du groupe et élargir encore davantage l’univers des vampires, révélant des règles plus strictes, plus anciennes, et surtout beaucoup plus cruelles qu’on aurait pu l’imaginer.

Pendant que Kô, Nazuna, Anko et les autres tentent de comprendre ce qui se joue réellement, une urgence s’impose : retrouver Kiku avant qu’elle n’entraîne Mahiru trop loin dans son sillage. Car Mahiru, lui, semble déjà avoir choisi sa nuit. Brisé par son passé et détaché de sa propre vie humaine, il s’accroche à Kiku comme à une dernière échappatoire. Mais dans Call of the Night, les échappatoires ont rarement le goût du salut. Elles ressemblent plutôt à des portes ouvertes dans le noir, sans garantie de ce qu’on trouvera de l’autre côté. Ce tome 13 poursuit donc la montée en tension amorcée depuis plusieurs volumes, en mélangeant révélations, poursuite, danger et drame intime.

La série ne parle plus seulement de devenir vampire. Elle parle de ce qu’on est prêt à abandonner pour cesser d’avoir mal.

Scénario et narration
Avec ce tome 13, Call of the Night ne perd pas de temps à reprendre son souffle. Kotoyama nous replonge directement dans la continuité du volume précédent, sans détour, sans transition confortable, comme si le récit lui-même refusait de calmer le jeu. Après l’explosion du tome 12, on aurait pu s’attendre à un moment de pause, à une respiration nécessaire pour replacer les morceaux. Au contraire, l’histoire choisit de rester dans l’urgence, mais avec une différence importante : ici, la tension ne vient pas seulement de l’action. Elle vient surtout des révélations qui commencent à donner un sens beaucoup plus cruel à tout ce qui se construit depuis plusieurs tomes.

Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est la manière dont le scénario élargit encore les règles de son univers sans jamais donner l’impression de faire un cours sur les vampires. Les informations arrivent naturellement, à travers les discussions, les réactions et les prises de conscience des personnages. On comprend peu à peu que le monde vampirique possède son propre équilibre, ses propres limites, ses propres lois silencieuses. Et plus ces règles se dévoilent, plus elles rendent les choix de Kô, Nazuna, Mahiru et Kiku difficiles à regarder avec innocence. Ce qui pouvait encore ressembler à une quête romantique ou existentielle devient soudain beaucoup plus dangereux.

La narration fonctionne aussi très bien parce qu’elle oppose deux mouvements en parallèle. D’un côté, Kô et les autres tentent de comprendre ce qui se passe, de réagir, de retrouver une forme de contrôle dans une situation qui leur échappe. De l’autre, Mahiru semble s’enfoncer volontairement dans une décision qu’il ne mesure peut-être pas entièrement. Ce contraste donne au tome une vraie tension dramatique : pendant qu’un groupe cherche à empêcher le pire, un autre personnage semble marcher vers ce pire comme s’il s’agissait enfin d’une délivrance.

Kotoyama continue donc de faire ce qu’il fait de mieux : transformer une histoire de vampires en drame humain. Le sang, les combats et les pouvoirs ne sont jamais là seulement pour impressionner. Ils servent à révéler ce que les personnages portent en eux. Dans ce tome, chaque révélation semble gratter une plaie déjà ouverte, et chaque décision donne l’impression de rapprocher l’histoire d’un point de rupture. Le récit avance vite, oui, mais il ne donne jamais l’impression de courir pour rien. Tout semble mener vers une question simple, brutale et profondément triste : jusqu’où peut-on aller quand on croit que disparaître est la seule façon de continuer à vivre ?

Personnages
Dans ce tome 13, les personnages continuent d’être l’un des piliers les plus solides de Call of the Night, mais ce qui frappe surtout, c’est la manière dont Kotoyama les place devant leurs contradictions les plus douloureuses. Kô, d’abord, devient de plus en plus fascinant, parce qu’il n’est plus seulement ce garçon curieux qui court après la nuit avec une naïveté presque touchante. Quelque chose en lui change, et ce changement inquiète autant qu’il impressionne. Sa puissance, sa réactivité et sa capacité à s’adapter aux situations donnent l’impression qu’il glisse vers un territoire que personne ne maîtrise vraiment. Il reste attachant, oui, mais il devient aussi troublant, comme si son évolution le rapprochait autant de son rêve que d’un danger qu’il ne voit pas encore clairement.


Mahiru, de son côté, demeure probablement le cœur brisé de ce volume. Son désir de devenir vampire ne ressemble plus à une simple fascination ou à une envie romantique de fuir le monde humain. C’est beaucoup plus sombre que ça. Il semble vouloir couper les derniers fils qui le retiennent à son ancienne vie, quitte à blesser ceux qui l’aiment encore. Sa relation avec sa mère est particulièrement pénible à observer, parce qu’on comprend que ses paroles ne sortent pas seulement d’une crise passagère, mais d’un vide intérieur qui le ronge depuis longtemps. Mahiru est crédible justement parce qu’il n’est pas “facile” à aimer dans ce tome. Il fait mal, il repousse, il détruit autour de lui, mais on sent que tout cela vient d’une blessure profonde qu’il ne sait plus comment porter.

Nazuna, elle, garde cette étrange position entre légèreté et incompréhension. Là où les autres personnages commencent à mesurer la gravité de certaines révélations, elle semble parfois à côté de la plaque, comme si une partie du danger émotionnel lui échappait encore. Ce décalage reste fidèle à son personnage : drôle, spontanée, parfois détachée, mais aussi profondément maladroite lorsqu’il s’agit de comprendre les sentiments les plus graves. Ce contraste la rend toujours aussi attachante, parce qu’elle n’est jamais réduite à une figure romantique ou à une simple vampire mystérieuse. Elle avance à sa façon, avec ses limites, ses angles morts et cette humanité bizarre qui fait tout son charme.

Et puis il y a Kiku. À mes yeux, elle demeure l’une des figures les plus marquantes de ce tome. Elle n’est pas une antagoniste stéréotypée, ni une simple manipulatrice qui charme Mahiru pour le plaisir de détruire sa vie. Elle est beaucoup plus complexe, plus profonde, et franchement plus dérangeante que ça. Ce qu’elle cherche à accomplir semble complètement différent de tout ce qu’elle a fait par le passé. Son désir de boire le sang d’un humain dont elle serait réellement tombée amoureuse donne à son personnage une dimension presque funèbre. C’est louche, c’est pénible, et surtout terriblement sombre. Kiku ne cherche pas seulement une victoire ou une transgression : elle semble vouloir vivre une émotion terminale, quelque chose d’intime, de fatal, presque impossible à comprendre sans accepter toute la noirceur qui l’habite.

C’est ce qui rend les personnages de ce tome aussi forts. Aucun d’eux n’avance proprement. Ils trébuchent, s’accrochent, se trompent et blessent les autres en croyant parfois se sauver eux-mêmes. Call of the Night continue de prouver que ses vampires ne sont pas intéressants parce qu’ils ont des crocs, mais parce qu’ils portent des désirs humains jusqu’à leur point le plus dangereux.

Thèmes abordés
Ce tome 13 continue d’explorer l’un des thèmes les plus douloureux de Call of the Night : ce qui arrive lorsqu’un être humain ne se sent plus vu par ceux qui auraient dû l’aimer correctement. À travers Mahiru, Kotoyama revient sur cette idée d’un enfant qui a grandi dans l’ombre d’un deuil, forcé malgré lui de porter une place qui n’était pas la sienne. Mais ce qui rend ce tome particulièrement cruel, c’est que cette blessure n’est plus seulement racontée ou suggérée. Elle est ramenée directement devant celle qui l’a provoquée. Lorsque Kiku force la mère de Mahiru à faire face à ses erreurs, la scène devient presque insoutenable, parce qu’elle ne se contente pas de lui rappeler le passé : elle lui montre aussi le présent, brutalement, sans filtre, sans possibilité de fuite.

Ce moment est atroce parce qu’il donne enfin à cette mère une forme de lucidité, mais trop tard. Elle semble reconnaître ses fautes, comprendre ce qu’elle n’a pas vu, et pour la première fois peut-être, elle regarde réellement Mahiru pour ce qu’il est, et non comme le reflet d’un fils disparu. Mais Kiku ne lui laisse aucune chance de réparer quoi que ce soit. Il n’y a pas de pardon offert, pas de discussion salvatrice, pas même l’espace nécessaire pour tenter de reconstruire. Mahiru, froid et vidé de tout attachement, lui avoue qu’il se fiche désormais complètement d’elle. Et cette violence-là est peut-être plus dure que n’importe quel combat du tome, parce qu’elle ne laisse aucune marque visible. Elle détruit de l’intérieur.

Ce que j’ai trouvé puissant ici, c’est que la scène ne cherche pas simplement à punir un parent pour ses erreurs. Elle montre plutôt l’horreur d’un lien familial qui se brise au moment exact où il aurait enfin pu être compris. C’est profondément humain, profondément cruel, et terriblement complexe. Kiku agit comme une révélatrice de vérité, mais aussi comme une bourreau émotionnelle. Elle expose la faute, pousse Mahiru à l’assumer dans toute sa froideur, puis laisse cette mère seule face au vide qu’elle a contribué à créer. Dans un manga de vampires, c’est ironiquement l’un des passages les plus humains et les plus dévastateurs du volume.

Et c’est là que Call of the Night frappe fort : la série ne parle plus seulement de sang, de transformation ou d’immortalité. Elle parle de regrets impossibles à réparer, de blessures familiales qui pourrissent en silence, et de ce moment terrible où quelqu’un choisit de ne plus être sauvé par ceux qui arrivent trop tard.

Appréciation personnelle
Ce tome 13 m’a particulièrement marqué parce qu’il ne cherche pas simplement à poursuivre l’action du volume précédent. Il vient surtout donner un poids beaucoup plus tragique à ce que la série construit depuis longtemps. Là où Call of the Night pouvait autrefois se lire comme une errance nocturne douce, étrange et presque séduisante, ce tome vient rappeler que chaque désir a un prix. Et ici, ce prix commence à ressembler à quelque chose d’irréversible.

Ce que j’ai le plus apprécié, c’est cette façon qu’a Kotoyama de rendre les scènes inconfortables sans jamais tomber dans le mélodrame gratuit. La relation entre Mahiru et Kiku, par exemple, est extrêmement difficile à regarder, parce qu’elle mélange l’amour, la dépendance, la fuite, la provocation et une forme de désir de disparition. Rien n’est simple, rien n’est propre, et c’est justement ce qui rend le tout aussi puissant. On sent que Mahiru ne cherche plus seulement à devenir vampire : il cherche à quitter une vie dans laquelle il ne se reconnaît plus.

J’ai aussi aimé la manière dont ce tome continue de développer Kô. Son évolution devient de plus en plus fascinante, mais aussi de plus en plus inquiétante. Il n’est plus seulement le garçon qui observe la nuit avec curiosité. Il devient quelqu’un qui agit, qui réagit, qui s’adapte, et dont les capacités semblent dépasser ce que les autres comprennent. Ce changement donne au récit une tension supplémentaire, parce qu’on ne sait plus exactement si Kô se rapproche de son rêve ou s’il devient quelque chose que personne n’avait prévu.

Au final, ce tome m’a donné l’impression d’être devant une nuit beaucoup plus cruelle que les précédentes. Une nuit où les personnages ne peuvent plus se cacher derrière l’humour, la séduction ou les silences. Tout commence à sortir. Les blessures, les regrets, les désirs les plus sombres. Et même si c’est parfois pénible à lire, c’est justement ce qui rend ce volume aussi marquant.

Conclusion
Avec ce treizième tome, Call of the Night poursuit sa transformation avec une intensité remarquable. Kotoyama prend tout ce qui avait été installé dans les volumes précédents — la solitude, le désir, la peur d’exister, l’amour, la fuite, les règles du monde vampirique — et les pousse vers quelque chose de beaucoup plus sombre, beaucoup plus dangereux.

Ce n’est pas un tome confortable. Ce n’est pas non plus un tome qui cherche à plaire par sa légèreté. Il dérange, il serre le cœur, et il donne parfois l’impression que certains personnages marchent volontairement vers leur propre destruction. Mais c’est précisément là que la série devient forte. Elle ne parle plus seulement de devenir vampire. Elle parle de ce qu’on accepte de perdre quand on croit que la douleur humaine est devenue trop lourde à porter.

Le tome 13 confirme que Call of the Night n’a plus rien d’une simple romance nocturne. C’est maintenant une œuvre sur les choix irréparables, les liens brisés et cette frontière terrible entre aimer quelqu’un… et vouloir disparaître avec lui.

Merci à Interforum pour la copie du livre.

8,5/10
Notre évaluation

Analyse

Points forts :

  • Une montée dramatique très efficace
  • Kiku devient une antagoniste marquante
  • Mahiru gagne énormément en profondeur
  • Les règles vampiriques deviennent plus lourdes
  • Kô devient de plus en plus fascinant

Points faibles :

  • Le tome peut être émotionnellement lourd
  • Nazuna semble parfois un peu en retrait
  • Le rythme laisse peu de respiration
  • Certaines révélations peuvent sembler soudaines
  • Mahiru peut frustrer le lecteur

 

Pour se procurer le manga, c’est ici.

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CoffeeKeep

Jérémie Babin est chroniqueur au sein de l’équipe GpourGeek, où il partage avec passion ses critiques, découvertes et réflexions sur l’univers geek, les mangas, les jeux et la culture pop sous toutes ses formes. Il agit également comme intervieweur et personnalité publique pour CMGG, donnant la voix aux artistes, créateurs et fans rencontrés lors des événements geek à travers le Québec. Avec son ton authentique et son regard affûté, Coffee&Keeps vous invite à explorer les coulisses de vos passions favorites.

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