CRITIQUE DE SÉRIE TÉLÉ – VITRERIE JOYAL

par | Mai 14, 2026

Informations principales

Titre de la série : Vitrerie Joyal

Studio / Production : Encore Télévision, en collaboration avec Matte TV et Amazon MGM Studios

Genre : Comédie dramatique

Nombre de saisons : 1

Nombre d’épisodes : 6

Durée moyenne par épisode : Environ 30 à 32 minutes

Plateforme / Streaming : Amazon Prime Video

Date de sortie : 1er mai 2026

Condamné à l’excellence ?
Martin Matte récidive avec cette nouvelle comédie dramatique télévisée produite par la populaire chaîne sur demande qu’est Amazon Prime. Avec des moyens plus ambitieux, est-il toujours condamné à l’excellence, désormais soutenu par l’un des plus grands bailleurs de fonds mondial ? Autrefois grinçants, les textes de l’humoriste sont-ils tout aussi mordants qu’auparavant, dans cette époque contemporaine où les sensibilités fragiles édulcorent trop souvent la créativité ?

Les beaux malaises
Martin revisite ses propres souvenirs de famille, et plus particulièrement les aléas de la vie de son paternel lors de la période référendaire de 1995. André Joyal, campé par Matte lui-même, possède une vitrerie bâtie à la sueur de son front et emploie ses deux fils : Philippe (Pier-Luc Funk) et Vincent (Pierre-Yves Roy-Desmarais).

Vendeur émérite, André est un homme bien de son temps. Il est réticent à employer un homme de couleur comme vendeur, craignant la réaction de ses clients. Il veut demeurer le pourvoyeur de sa femme, Diane (Marilyse Bourke), au fort désir de s’émanciper, mais ce dernier pense qu’elle serait mieux à la maison. Un membre de sa famille se révèle être homosexuel et il ne comprend pas que ça puisse être possible.

D’autres personnages hauts en couleur entourent la famille Joyal, dont Gaston (François Chénier), le meilleur conseiller aux ventes, qui n’a pas son pareil pour enchaîner les remarques sexistes et les situations loufoques gênantes. Quant à lui, le pire vendeur de l’entreprise, Alain (Guillaume Cyr), est incapable de closer une seule petite vente, visiblement pas à sa place dans cette carrière. De son côté, Josée (Florence Longpré), la secrétaire et adjointe d’André Joyal, est loyale et délicieusement névrosée, n’hésitant pas à aller se payer une petite séance de plaisir solitaire lors de ses pauses au travail.

Entre prouesses de vente et malaises de bureau
La minisérie se divise en deux temps. Les trois premiers épisodes poussent à fond la caisse la comédie. Nous suivons la bande dans leurs péripéties. Nous assistons à quelques prouesses de techniques de vente de la part d’André Joyal et de Gaston. En contrepartie, les rencontres d’Alain avec ses clients deviennent malaisantes à souhait.

Marcel Lebœuf interprète un maire de Laval étrangement familier, empêtré dans les histoires de complot, de fraude et d’abus de confiance. Son adjoint et acolyte, monsieur Guimond, campé par l’humoriste Sam Breton, ne rechigne pas à collecter les pots-de-vin parmi les entreprises locales. Il fera d’ailleurs pression sur le patron de la Vitrerie Joyal pour le corrompre.

De la comédie à la tragédie
Ce n’est un secret pour personne. Amplement évoqué lors des spectacles de Matte et pendant Les beaux malaises, le frère de ce dernier est victime d’un terrible accident de voiture lui causant un grave traumatisme crânien. Cet événement changera la vie de toute la famille à tout jamais. Les trois derniers épisodes empruntent cette tangente dramatique. Vous n’écouterez plus de la même façon la chanson Mr Jones des Counting Crows, qui clôt de manière coup de poing le troisième épisode.

Désormais, plus rien ne sera pareil. Un drame n’attend pas l’autre. André devra prendre une grande décision sur l’avenir de son entreprise, car les affaires vont mal. Son couple est à la dérive. Son fils aîné est dans le coma à l’hôpital, gravement blessé et au sort incertain, et son fils cadet lui annonce qu’il désire s’inscrire à l’École nationale de l’humour pour embrasser ses réelles ambitions. Une scène impliquant un lac vous tirera les larmes des yeux à coup sûr. Le patriarche verra ses rêves voler en éclats et subira une transformation majeure à la fin, affecté par les drames successifs touchant sa famille.

Verdict
Même s’il traite des mêmes thématiques que lors de ses précédentes œuvres, Matte réussit à se réinventer avec brio. Son œuvre est encore plus aboutie. Les moyens financiers offerts par le géant américain paraissent à l’écran. La facture visuelle est de qualité premium. Les décors, les costumes et les accessoires recréent à la perfection les années 1990. La musique occupe une place prépondérante dans la narration. Les acteurs jouent leurs rôles avec brio, mariant de main de maître les changements de registre, tantôt dans le rire, tantôt dans le malheur. Pierre-Yves Roy-Desmarais dévoile son talent pour les partitions dramatiques qu’on ne lui connaissait pas. Florence Longpré impressionne comme toujours dans ce rôle de secrétaire sincère et dévouée à son employeur. Martin Matte est parfois caricatural, mais il arrive à nous toucher droit au cœur lorsque la vie de son personnage se trouve chamboulée. Son désarroi transparaît dans ses yeux. L’ensemble de la distribution profite d’un scénario bien construit.

Certains pourraient reprocher à Vitrerie Joyal ses personnages parfois grossiers ne faisant pas dans la dentelle, mais il est à noter que la série est campée à une époque remontant à plus de 30 ans. Les mœurs ont changé et les sociétés ont évolué. La série sert de témoin d’une période révolue où les mentalités étaient différentes. En ce sens, je salue le courage et l’audace d’Amazon Prime d’avoir encouragé un tel projet. L’art ne sert pas à juger. Il agit plutôt à titre d’observateur de son temps, telle une photo imprimée de manière indélébile sur une pellicule. Les créateurs devraient pouvoir toujours traiter de leur vérité en bénéficiant d’une liberté d’expression totale.

Vitrerie Joyal est un petit bijou québécois précieux, et il serait temps d’envisager plus d’alliances avec les géants du divertissement. Nos histoires méritent d’être racontées de façon plus ambitieuse et lancées à l’international.

Martin Matte, condamné à l’excellence ? Certainement !

9/10
Notre évaluation

Analyse

Points forts :

  • La réalisation
  • Le jeu nuancé et juste des acteurs
  • La montée dramatique après l’humour mordant
  • La musique
  • La recréation des décors des années 1990

Points faibles :

  • Le rôle un petit peu plus caricatural de Martin Matte lors de certains passages
  • L’arc narratif moins intéressant d’un certain personnage secondaire soutenu par son syndicat à la suite d’un geste illégitime
  • La réutilisation de la chanson M. Jones des Counting Crows. L’impact aurait été bonifié si elle avait été utilisée seulement lors du moment décisif à mi-route.

Pour visionner la série, c’est ici.

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