CRITIQUE DE FILM – PUNISHER : ONE LAST KILL

par | Mai 14, 2026

Informations principales

Titre du film : Punisher : One last kill

Réalisateur : Reinaldo Marcus Green

Scénariste / Auteur original : Jon Bernthal et Reinaldo Marcus Green

Studio / Production : David Chambers pour Marvel Television

Genre : Action et super-héro

Durée : 51 minutes

Plateforme / Diffusion : Disney +

Date de sortie : 13 mai 2026

Avez-vous déjà vécu ce moment ? L’on annonce en grande pompe l’ouverture d’un restaurant dont vous raffolez du type de nourriture. Le chef est célèbre, connu de tous, ayant jusqu’à sa propre émission de télé : une référence. Vous obtenez une date pour enfin pouvoir y manger, après des mois d’attente. La décoration est magnifique, l’argenterie sublime, pas une tache de calcaire sur la coupe de vin. L’on vous sert le meilleur des millésimes, vingt ans d’âge, une bouteille à 250 $. Vous riez d’un petit air mondain et posez habilement la serviette en soie sur vos genoux, prêt à savourer le repas qui s’annonce grandiose. Alors, vous plantez la fourchette d’une main habile dans votre assiette savamment présentée… Et ça goûte le surgelé, le vieux goût de carton de quand vous avez oublié les pogos dans le fond du congélateur… Depuis trois ans.

Vous avez déjà vécu ça ? Ouais, moi non plus. Par contre, je suis sûre et certaine que c’est la même sensation que j’ai vécue en écoutant le Special Disney+ mettant en vedette Frank. En une phrase : c’est un plat Michelina’s servi dans un restaurant cinq étoiles. Alors, pour autant, est-ce que tout est à jeter ? Attention, cette critique contient des spoilers.

PTSD
Frank Castle est l’un de ces anti-héros, voire parfois antagonistes, pour lesquels j’ai de l’affection. Joué par le tombeur de ces dames Jon Bernthal, c’est un acteur excellent qui a fait énormément de chemin depuis New York, police judiciaire en 2002, se taillant maintenant une place de choix parmi les acteurs masculins les plus bankables de la sphère action hollywoodienne. Pour autant, l’on assiste à un jeu à demi-teinte pour Bernthal qui semble s’avancer avec ce projet comme un apprenti fakir sur une planche cloutée.

La première partie est, selon moi, d’une justesse touchante. L’on aborde un Frank plus bas que terre, prisonnier de ses démons. Ayant accompli sa vengeance dans sa propre série Netflix, l’on retrouve un être qui en a définitivement fini avec la vie et ce qu’elle lui apporte. Son quotidien se résume à la misère humaine, à ses tourments… Et au rhum. Vivant lui-même dans les bas quartiers (ce que l’on pourrait appeler une « cité » en France) et confronté à ce qu’il y a de pire à New York, il est anesthésié à cette douleur ambiante. Tout du long, le silence règne, se coupant fugacement par ses conversations avec des hallucinations de ses anciens frères d’armes. J’ai d’ailleurs été surprise qu’il soit davantage hanté par eux, par son devoir de Marine quelque part, que par Billy Russo ou William Rawlins, les deux responsables de l’assassinat de sa famille. Ici, l’on parle plus du trauma familial qu’a subi Castle, mais bien de celui qui bout sous sa peau depuis son premier déploiement : il est brisé par l’horreur de la guerre, par ce qu’il a vécu et infligé. Au final, sa famille était tout ce qui lui permettait d’avancer, même dans la mort en lui provoquant ce besoin irascible de vengeance. Mais… Maintenant que tout est fini ? Maintenant que sa tentative de suicide, que je devine ne pas être la seule, n’a pas fonctionné ? Nous avons un Frank désabusé qui, en faisant ce qu’il fait de mieux, fait probablement plus de tort qu’autre chose.

Le récit nous le dit implicitement : après avoir abattu la mafia locale qui tenait le quartier en laisse afin de libérer les habitants (probablement mû par les crimes personnels de chacun, mais surtout celui du plus jeune qui semble avoir commis certaines exactions auprès d’enfants), le quartier se retrouve dans un état pire qu’avant. Frank échoue. Il ne sauve personne, et encore moins lui-même. Il abat plutôt sa justice aveuglément, sans distinction, sans analyse des impacts. Prenez la loi du moindre mal, un concept philosophique repris comme doctrine par notre witcher de Riv préféré : face à un choix contenant plusieurs options immorales ou néfastes, l’on doit choisir celle qui causera le moins de tort possible. Le fameux « mal nécessaire ». En agissant contre les Gnucci de la sorte, il ne respecte pas cette loi pragmatique. Dans son besoin égoïste d’agir pour le bien, dans sa quête de donner un sens au restant de sa vie, il dévoile un mal bien pire encore.

Entre hallucinations de ses proches disparus ou du spectre de ce qu’il est, le Punisher, Bernthal nous offre une performance touchante. Puis… Tout part en vrille.

Frank est de retour !
L’antagoniste se dessine après quelques dizaines de minutes, plongé dans la psyché de Frank. En commettant les meurtres sur les Gnucci, il crée son nouveau némésis : Isabella Carmela Magdalena « Ma » Gnucci, une ennemie déjà connue des fans de comics, apparaissant dans The Punisher : War Zone. Comme son nom l’indique, elle fait partie de la famille décimée, étant maintenant la dernière de la lignée et devenant du fait même la matriarche d’une des dernières mafias de New York. La scène de son apparition est poignante. D’abord, l’on ne connaît pas son origine, et lorsqu’elle trouve un Castle amorphe qui souhaite uniquement rentrer le plus rapidement possible pour retrouver sa fidèle bouteille de rhum, l’on croit simplement qu’elle nous raconte un massacre qu’elle a subi. Puis, la nouvelle tombe : elle ne lui demande pas de l’aide, elle vient chercher sa vengeance, confrontant Frank à ce qu’il est une nouvelle fois. Une menace plane : dans quelques heures, sa localisation sera divulguée, et tous ceux en quête d’argent facile lui tomberont dessus. La scène laisse monter la pression, avec un Frank aphone mais dont toute la douleur et la hargne habillent les traits.

S’ensuit alors ce que tout le monde attend, mais aussi ce qui m’a surprenamment le plus déçue, ce que tous les fans de The Punisher attendent : la baston, la castagne. Je suis toujours friande d’un peu de violence, surtout chez l’un de mes personnages Marvel préférés, dont c’est la marque de fabrique. Par contre, c’est d’ici que vient le petit goût de carton dont je parlais plus haut.

Déjà, on va évacuer le positif rapidement : Bernthal tient très bien son Frank et nous prouve que le bientôt cinquantenaire sait toujours autant nous plonger dans l’action. Que ce soit de la scène de l’incendie jusqu’à celle du café/boulangerie du coin où il sauve une famille, l’on est happé par l’action qui passe à une vitesse folle. Frank est fidèle à sa réputation, ne faisant pas dans la dentelle pour anéantir les forces face à lui, et utilise des stratégies de combat intéressantes, bien que convenues. Il a une belle utilisation du décor, démontrant que le personnage a de la ressource pour mener des guérillas urbaines. Un peu de doute quant à savoir si une bibliothèque Ikea nous protège d’une grenade. En fait, un peu de doute à savoir si un mur en crépi nous protège d’une grenade, mais qui a dit que j’étais experte en grenades ? Frank utilise son intelligence de combat à bon escient, excusant le fait qu’il a toujours une nouvelle arme ou plusieurs munitions en le faisant camper près de cadavres ennemis pour se ravitailler. La scène du toit est grisante, me remémorant mes meilleures parties de Left 4 Dead. À la blague, l’on s’est dit avec mon copain que Frank était probablement Top 1 de tous les Battle Royale existants et il ne nous a pas déçus, enchaînant les meurtres comme j’enchaîne les chips sur mon canapé. Un maître dans l’art de l’exécution, ce Frank.

Tout ça… Pour ça ?!
Le spécial se termine sur une scène touchante suite à un choix déchirant : se venger ou aider une famille afin qu’elle ne devienne pas comme la sienne. Du moins, c’est ce que je vous dirais si le tout avait été écrit pour avoir une vraie conclusion satisfaisante, et pas un horrible cliffhanger frustrant. Frank fait le choix conciliant (comme moi dans toutes mes parties de Mass Effect, finalement), remettant sa vengeance à plus tard pour secourir la famille du boulanger. Un massacre plus tard et des remerciements larmoyants (et, j’espère, un café gratuit à vie), notre anti-héros termine sur la tombe de sa fille. Est-ce que j’ai pleuré ? Ouiiiii, mais je suis une serpillière aussi. Un héros brisé, c’est ce qu’est Frank…

Mais non ! Plutôt que de nous donner la fin qu’il méritait, avec une remise en question et une fin paisible, en paix avec ses démons, Disney+ prend plutôt le parti pris de gommer l’évolution de personnage possible pour qu’il enfile la plus belle tenue de Punisher possible. Suis-je surprise ? Non, parce qu’au final, c’est ce que Frank est. En fait, ce qui me chicote, c’est que l’on nous a fait tout un Special nous montrant la vie affreuse de Castle, nous montrant qu’il est hanté par le Punisher, par cette part d’ombre, pour au final qu’il le devienne… Pour cinq minutes ! Ce Special, c’est un film dont on a amputé toute la fin pour nous laisser avant la résolution du conflit. Après tout, quand le générique s’est lancé, j’ai regardé de manière incrédule mon conjoint avant de lancer un « c’est tout ?! ». Et oui, car la stratégie de Disney (outre se mettre du pognon plein les fouilles), c’est de nous pousser à aller voir la conclusion de l’arc de Frank Castle dans ses cent cinquante autres projets ! Est-ce une bonne chose ? Non. Est-ce satisfaisant ? Non. En gros, l’on nous dit qu’il faudra peut-être écouter la saison 2 de Daredevil: Born Again pour espérer entendre parler de lui, puis écouter le prochain Spider-Man, puis pourquoi pas aller voir une comédie musicale pendant qu’on y est ! On souffle, fort.

Conclusion
C’est mid.

En vrai, j’ai vraiment envie de terminer ma critique sur ça. Pourquoi je me donnerais la peine de finir mon article alors qu’ils sont pas fichus de finir leur film (et leurs effets spéciaux, ça aussi c’est grave) ? Jon Bernthal rempile une nouvelle fois pour l’un de ses rôles les plus populaires… Et je me demande si c’était nécessaire. Vraiment, ça me brise le cœur de l’admettre, mais avions-nous besoin de One Last Kill, dans l’exécution actuelle de l’œuvre ? Elle ne se suffit pas à elle-même et laisse un amer goût en bouche, celui d’un plat qui n’a pas assez cuit. Alors oui, ça se mange, je vais pas mourir, mais est-ce que c’est bon ? C’est froid, les saveurs ont à peine eu le temps de se développer…

À regarder, parce que la première partie en vaut le coup. Du reste… J’imagine que vous pourrez faire le travail de Disney en écrivant vous-même la fin ?

5/10
Notre évaluation

Analyse

Points forts :

  • De la violence, chez Disney (attention, violence sexuelle et cruauté envers les animaux dépeinte. Âme sensible s’abstenir)
  • Un véritable voyage dans les troubles de stress post-traumatique dans la première partie
  • Un Frank au sommet de sa forme… Physiquement
  • Une esthétique soignée, à défaut d’être originale

Points faibles :

  • Les effets spéciaux pas finis (pitié, mais qui a laissé passer la cinématique PS2 dans la scène de Frank qui tombe du toit ? Qu’il se dénonce)
  • Un rétropédalage total sur la psyché de Frank, sans conclusion
  • La chronologie des événements (ça se situe ou, par rapport à Born Again ? Parce qu’avant ou après la saison 1, c’est pas cohérent des masse)

Pour visionner le film, c’est ici.