
Informations principales
Titre du film : Hokum
Réalisateur : Damian McCarthy
Scénariste / Auteur original : Damian McCarthy
Studio / Production : Image Nation Abu Dhabi, Spooky Pictures, Team Thrives, Cweature Features
Genre : Horreur surnaturelle / Folk horror / Thriller psychologique
Durée : 107 minutes
Plateforme / Diffusion : Sortie cinéma
Date de sortie : 1er mai 2026
Une nouvelle étape pour Damian McCarthy
Le réalisateur de Oddity, l’un des films d’horreur récents les plus marquants, revient avec Hokum, une œuvre qui s’inscrit dans la continuité de ses obsessions sans jamais donner l’impression de recycler ses propres idées. Ici encore, il est question de folklore, de violence et de répercussions surnaturelles ancrées dans le réel, mais le film trouve rapidement sa propre identité. Avec ce nouveau projet produit par Neon, Damian McCarthy confirme une approche très personnelle du cinéma de genre, souvent construite autour de décors uniques et d’influences assumées allant de The Shining à The Innocents. Ce qui aurait pu n’être qu’une variation de ses travaux précédents devient au contraire une étape décisive dans son parcours, renforçant l’idée qu’il s’impose comme une voix singulière et en pleine maîtrise dans l’horreur contemporaine.
Ohm Bauman, un protagoniste brisé
Adam Scott livre ici l’une de ses meilleures performances au cinéma dans le rôle d’un écrivain de romans d’horreur célèbre nommé Ohm Bauman, personnage qui évoque Stephen King ou certains de ses protagonistes torturés. Bauman se rend dans un hôtel isolé en Irlande, lieu où ses parents avaient passé leur lune de miel, afin d’y disperser leurs cendres près d’un arbre photographié dans un souvenir de sa mère bien-aimée. On apprend que la mère d’Ohm est morte depuis des années, victime d’un accident tragique que Bauman tente d’exorciser autant que les démons qu’il rencontre. Son père a sombré dans l’alcoolisme et le deuil, rendant la vie d’Ohm particulièrement difficile. Un des nombreux détails touchants de la mise en scène montre Ohm déposant avec délicatesse les cendres de sa mère sous l’arbre puis déversant celles de son père comme une formalité pesante.

Un hôtel entre réalité et superstition
L’hôtel irlandais est peuplé de personnages excentriques, dont une femme nommée Fiona (Florence Ordesh) qui échange brièvement avec Ohm avant de disparaître après une fête d’Halloween. À la suite d’une interaction importante que je ne dévoilerai pas et d’un désir de réparer ce qu’il n’a pas pu sauver, Ohm s’attache à Fiona et décide de la retrouver alors que la plupart des hommes du village semblent avoir abandonné l’enquête. Lorsqu’Ohm propose de fouiller la suite de lune de miel fermée, tous affirment qu’elle ne peut pas s’y trouver, car c’est là que résiderait la sorcière.



Une atmosphère qui prend le dessus
Hokum raconte en apparence une histoire simple : un écrivain alcoolique et en colère se rend en enfer pour découvrir la vérité sur la disparition d’une femme. Cependant, cela ne diminue en rien la maîtrise technique remarquable de McCarthy et de son équipe. On note d’abord la photographie envoûtante de Colm Hogan. Le directeur de la photographie dOddity sait utiliser le cadrage, les espaces négatifs et les ombres sans jamais en faire trop, rappelant ses influences sans les copier. Hokum développe un langage visuel subtil où la caméra reste souvent du point de vue d’Ohm, nous plaçant dans sa perception instable et son incertitude face à l’obscurité. Certaines scènes comptent parmi les plus effrayantes de l’année, mais les effets de peur restent mesurés, privilégiant une montée progressive de la tension plutôt que des sursauts constants. L’ensemble alterne habilement entre images choquantes et atmosphère oppressante.

Le rythme du film repose aussi sur le montage de Brian Philip Davis, qui structure parfaitement les variations de tension. On parle souvent du montage dans le cinéma d’action comme d’un sommet, mais celui du film d’horreur est tout aussi crucial. Ici, les couloirs hantés et les pièces inquiétantes sont parcourus avec précision, alternant moments de forte tension et relâchement contrôlé. La mise en scène, limitée à quelques décors, transforme le film en une sorte de maison hantée pensée comme un espace mental fermé et oppressant. Adam Scott signe probablement ici sa meilleure performance. C’est un acteur souvent plus convaincant dans le silence que dans le dialogue, capable de transmettre peur, regret et antipathie sans chercher à être sympathique. Ohm est un personnage désagréable, allant jusqu’à brûler quelqu’un venu lui demander conseil. Le refus de le rendre attachant renforce le réalisme du film et pousse même à se demander s’il mérite son destin. Il semble même que le personnage lui-même se pose la question.
Le renouvellement du cinéma d’horreur
Une nouvelle génération de cinéastes d’horreur émerge, avec des noms comme Oz Perkins et Zach Cregger. Tous les quelques années, une vague de nouveaux talents prend le devant de la scène, avant que certains ne disparaissent après avoir épuisé leurs idées. Ces prédictions sont souvent fausses, mais l’œuvre de McCarthy semble véritablement spéciale, avec une approche classique du genre qui ne paraît jamais datée. Il ne se contente pas de recycler des éléments connus, il les transforme pour créer quelque chose de nouveau, mêlant folklore, personnages riches, espace et justice presque biblique.

Conclusion
Le titre de son dernier film ressemble presque à une provocation envers ceux qui considèrent les histoires de fantômes comme de simples fables. Les récits de sorcières irlandaises existent depuis des générations, non seulement pour effrayer, mais aussi parce qu’ils touchent à quelque chose de réel. Hokum dépasse de nombreux films du même type en prenant au sérieux les personnages, sans jamais cligner de l’œil vers le spectateur, même lorsque l’impossible se produit. Rejeter ces récits populaires peut être risqué.
Analyse
Points forts :
- Mise en scène très maîtrisée et atmosphère oppressante
- Performance solide et nuancée d’Adam Scott
- Univers folk horror riche et cohérent
- Direction photo et montage très précis
- Construction progressive de la tension efficace
Points faibles :
- Rythme volontairement lent pouvant diviser
- Intrigue parfois opaque
- Protagoniste difficile à apprécier
- Peu d’action traditionnelle