
L’histoire derrière Fruits Basket 2019 en est une qui doit être racontée. À la base, Fruits Basket est un grand classique du shojo dont le manga est sorti entre 1998 et 2006 et qui a été dessiné par la mangaka Natsuki Takaya. Le manga a eu 23 tomes pour raconter l’histoire de Tohru Honda et ses aventures avec la famille Soma et il y a environ, selon les chiffres de décembre 2018, 30 millions de copies en circulation.
Il y a eu en 2001 une adaptation en anime produite par Studio Deen et qui a été dirigée par Akitaro Daichi. Cette adaptation a connu beaucoup de problèmes derrière les scènes puisqu’il y a eu un grand conflit entre lui et Natsuki Takaya sur le ton que Fruits Basket 2001 a pris. La mangaka a toujours insisté que Fruits Basket soit drôle et léger par moment mais que la série ait aussi ses moments plus sérieux, plus difficile mais le directeur insistait pour que la série soit plus comique. De plus, l’anime a avancé plus vite que le manga qui était en pause à ce moment dû aux problèmes de santé de Natsuki Takaya. À cause de ça, Akitaro Daichi a pris énormément de libertés et a fait une fin originale à la version Fruits Basket 2001 qui allait contre toutes les idées que Natsuki Takaya a eu à l’époque pour la suite des choses. Le directeur a également refusé de collaborer avec elle et la situation s’est tellement détériorée entre Natsuki Takaya et Studio Deen que cela a fait en sorte qu’il n’y a jamais eu de saison deux de Fruits Basket faite par Studio Deen.

Qu’en est-il de Fruits Basket 2019 alors? La production a été faite par TMS Entertainment qui a travaillé en étroite collaboration avec Natsuki Takaya qui a imposé des demandes très spécifiques pour, entre autres, éviter ce qui est arrivé avec la version 2001. Elle a demandé que personne impliqué dans la version originale soit impliqué dans la version 2019 et elle a aussi demandé qu’on n’utilise pas le style qu’elle a utilisé à l’époque pour dessiner le manga. Natsuki Takaya n’aime pas comment elle a dessiné son manga puisqu’elle avait des problèmes de santé qui ont affecté son art. Elle a aussi été très impliquée dans la production de l’anime.
Donc Fruits Basket 2019 est une adaptation complète de l’histoire du manga. L’anime a eu trois saisons complètes avec un total de 63 épisodes ainsi qu’un film, Fruits Basket: Prelude qui est sorti en 2022 et qui raconte l’histoire des parents de la protagoniste.

Résumé
Tohru Honda est une orpheline qui, à la suite de rénovations chez la famille de son grand-père, a décidé de vivre toute seule sur un terrain boisé plutôt que de demander de l’aide à ses deux meilleures amies. Elle entasse dans une petite tente ses quelques biens ainsi que son bien le plus précieux, le portrait de sa mère, Kyoko. En se promenant sur le terrain où elle s’est installée, elle découvre qu’il y a une maison sur le terrain et qu’un homme appelé Shigure y habite avec son cousin, Yuki, un des camarades de classe de Tohru. Ces derniers finissent par découvrir qu’elle a installé sa tente sur un des terrains de leur famille, le prestigieux et vénérable clan des Somas. Prenant pitié d’elle, ils acceptent de la laisser dormir dans leur maison mais cela met en mouvement des événements qui font en sorte que Tohru assiste à une bagarre entre Yuki et son cousin très colérique, Kyo.
C’est à ce moment qu’elle découvre la malédiction des Soma. Cette malédiction frappe 13 membres de la famille et les condamne à prendre la forme des 12 animaux de l’horoscope chinois plus le 13e qui le maudit transforme en chat. Cette malédiction se déclenche sous certaines circonstances particulières comme se faire prendre par une personne du sexe opposé non affecté par la malédiction ou lorsque la personne est grandement affaiblie. Ainsi, Shigure devient un chien, Yuki un rat et Kyo, un chat.
Ainsi Tohru se retrouve mêlée dans la vie de tous les jours des maudits du clan Soma, changeant leurs destins face à cette malédiction qui cache une immense tragédie dans ce clan…

Des personnages complexes
La richesse de Fruits Basket se trouve d’une part dans ses nombreux personnages qui, pour la majorité, ont leur moment pour se démarquer.
Les quatre protagonistes de Fruits Basket sont une solide fondation à Fruits Basket. Chacun d’entre eux ont des qualités exceptionnelles qui les rendent attachants mais aussi des défauts et des traumas qu’ils doivent surmonter. Tohru, l’héroïne de la série, est une personne avec un coeur d’or, toujours prête à aider les gens autour d’elle mais c’est aussi quelqu’un qui craint de ne pas être à la hauteur des gens autour d’elle, refusant de s’affirmer par crainte de trop en demander et qui est incapable de faire le deuil de sa mère, décédée peu avant le début de l’histoire.
Quant aux trois autres, ce sont les trois premiers membres du clan des Somas que Tohru rencontre. Shigure est un auteur dans la mi-vingtaine qui est très immature, refusant de prendre quoique ce soit au sérieux et qui n’hésite pas à irriter les gens autour de lui pour son plaisir personnel mais plus la série avance, plus on découvre que ce n’est qu’une façade. En fait, il est très manipulateur, n’hésitant pas à mentir et à faire des coups bas pour avancer son agenda secret concernant le clan Soma… mais en même temps, il y a des moments où sa conscience ressort, lui donnant une complexité intéressante.
Quant à Yuki, il est surnommé le prince à l’école grâce à sa beauté extraordinaire, ses nombreux talents et sa personnalité très charmante. En même temps, il a très peu confiance en lui dû aux souffrances que le clan Soma lui a fait subir et dû à son statut de prince de l’école, personne ne veut être son ami, préférant le traiter justement comme de la royauté distante. À cause de ces circonstances, Yuki ne va pas non plus aller vers les gens et reste isolé quand la série commence. Également, cela lui donne, par moment, une perspective erronée des relations que les autres ont.
Finalement, le dernier protagoniste à être présenté, Kyo, se démarque par sa personnalité compétitive et sa mèche courte. Derrière cette façade se trouve un personnage complexe qui a été marqué par le fait qu’il est le membre des Somas le plus méprisé du clan car il a la pire malédiction, celle du chat qui est celle qui est la plus brutale de toute la malédiction du Zodiaque. Cela a fait qu’il a probablement subi le plus de souffrance de tous et l’a rendu extrêmement insécure et lui donne un sentiment de culpabilité face à certains événements qu’il a vécu.
La série donne à nos quatre protagonistes une histoire où on les verra surmonter leurs souffrances et leurs défauts grâce à l’entraide et la bonté. Cette histoire est superbement bien écrite, nous donnant une belle fin enrichissante.
Pour compléter ce noyau solide de personnages, Fruits Basket nous donne un vaste éventail de personnages secondaires. Ces personnages sont très variés et beaucoup sont très mémorables avec des rôles clés pour avancer l’histoire. Plusieurs ont même leur propre arc qui contribue à l’histoire de Fruits Basket, que ça soit avec les relations qu’ils tissent qui permettent aux personnages de grandir ou comment ils font face à la malédiction des Somas. Par exemple, nous avons la belle amitié que Tohru a avec ses meilleures amies, Uotani et Hana, qui a permis à chacune d’elles d’être sauvées par les autres ou l’amitié que Yuki développe avec les membres du conseil étudiant qui lui donne son premier cercle d’amis en dehors du clan et de Tohru, lui ouvrant la porte vers un nouveau monde où il peut être lui-même et heureux. Quant aux autres membres maudits du clan Soma, ils sont tous très mémorables à leur façon avec des personnalités tous très distinctes. Il y a des personnages adultes comme Hattori, le membre le plus stoïque, qui peut contraster par exemple avec le très flamboyant Ayame comme il y a des jeunes personnages comme la très innocente Kisa ou le joyeux Momiji. Chacun des personnages affectés par la malédiction ont tous des approches et expériences distinctes face à leur malédiction, les rendant tous mémorables à leur façon.

Une histoire inspirante et captivante
L’histoire de Fruits Basket en est une qui est devenue un classique dans le shojo et qui reste inspirante encore aujourd’hui. La mangaka voulait écrire une histoire qui reflète la vraie vie dans un sens, ayant ses moments amers, tristes, joyeux et drôles. Fruits Basket réussit à merveille dans cet aspect. On a droit à des moments drôles comme lorsque nos personnages font une pièce de théâtre sur Cendrillon qui dérape parce qu’ils perdent les pédales comme on a des moments durs à voir comme lorsque Yuki se retrouve confronté à sa mère négligeante et cupide.
C’est aussi une histoire qui touche des sujets très épineux comme le deuil ou l’abus ainsi que les traumatismes psychologiques. Presque tous les personnages ont souffert à cause de ces sujets et la série ne se gêne pas de nous montrer comment ça les a impacté et moulé comme personnages. Par exemple, un des membres adultes maudits, Ritsu, a tellement été surprotégé par ses parents qu’il est devenu extrêmement anxieux à l’idée de sortir de sa zone de confort et est incapable de mettre des vêtements d’homme car ça le stresse trop. Cependant, ce ne sont pas seulement les maudits des Somas qui sont touchés par ces thèmes. Un exemple est la personnage de Machi Kuragi, une adolescente qui a été marquée par les chicanes de succession de sa famille. Elle a été élevée pour être parfaite comme personne mais la pression ainsi que les manigances familiales ont eu un terrible impact sur sa santé mentale. Elle finit par devenir une personne très renfermée sur elle-même et fait des crises quand les choses sont trop ordonnées, trop parfaites.
Pour contrebalancer ces sujets difficiles, la série a un message très positif: la gentillesse et la bonté sont le début de la solution face à la souffrance. En effet, tout au long de la série, nous voyons des personnages accablés par la souffrance se faire sauver par quelqu’un qui a décidé d’être attentif, gentil et de donner un coup de main. Cela ne se limite pas à simplement aux efforts de Tohru, notre protagoniste bienveillante, mais bien aux efforts de tous les personnages qui donnent tout un effort pour aider ceux qui en ont besoin. Un des meilleurs exemples, c’est Kazuma Soma, le père adoptif de Kyo qui s’est rebellé contre le statu quo de maltraiter Kyo à cause de la malédiction en le prenant sous son aile, devenant une très bonne figure parentale et en lui donnant une passion saine pour le karaté. C’est aussi important de mentionner comment ce message de gentillesse est très inspirant car plus la série avance, plus on voit les effets de la gentillesse briser le cycle de la violence et des abus dans le clan Soma.

Une présentation digne d’un monument des shojos
Quand la mangaka originale de Fruits Basket a demandé qu’on n’utilise pas le style original de son manga comme condition de production, l’équipe derrière Fruits Basket 2019 a tenu sa promesse. La présentation visuelle est superbe, les personnages ayant eu un renouveau de leur apparence très réussi et qui est au goût du jour. Pour comparer avec le manga original, les personnages ont une apparence plus arrondie, notamment les mentons pointus ont été abandonnés. Également, les détails sont mieux exécutés avec plus d’attention pour des éléments comme les cheveux ou les vêtements. La palette de couleur est une nette amélioration, étant agréablement vive et chaleureuse pour aller avec le ton rempli d’espoir de Fruits Basket. La qualité de l’animation reste d’ailleurs très consistante au fil des saisons, signe d’une production faite avec grand soin.
La trame sonore est également d’une belle qualité, allant bien avec les moments tristes et difficiles et mais prenant aussi un ton inspirant et joyeux quand il le faut. Il faut aussi souligner l’excellent travail des doubleurs japonais, notamment Iwami Manaka qui joue Tohru. C’est ce rôle qui a lancé sa carrière. Malgré les vœux de Natsuki Takaya de ne pas employer personne impliqué dans la version 2001 de Fruits Basket, il y a eu une exception majeure. En effet, le doublage anglais a repris plusieurs des doubleurs originaux de 2001. Ces derniers avaient été beaucoup touchés par l’histoire originale de Fruits Basket. Notamment, Laura Bailey qui a doublé la voix de Tohru en 2001 a dit en entrevue qu’elle avait longtemps parlé avec ses collègues de 2001 de reprendre ce rôle et a comparé la reprise de ce rôle comme si elle rentrait à la maison. Avec les avancements technologiques et l’expérience acquise des doubleurs, le doublage en anglais est d’une superbe qualité, rendant la série plus accessible.

Une écriture qui montre son âge
Fruits Basket 2019 demeure une adaptation d’un manga qui a, en 2026, près de 30 ans et c’est possible de voir l’âge de la série à travers l’écriture de la série. Pour peut être malaisant à regarder pour un auditoire moderne puisque la mangaka aimait beaucoup écrire des romances avec des grands écarts d’âge. L’exemple le plus flagrant dans la série principale, c’est la romance entre Arisa Uotani, l’une des meilleures amies de Tohru, et Kureno Soma, un des maudits. Uotani a 16 ans tandis que Kureno en a 26 lorsqu’ils se rencontrent. Les autres personnages réagissent à ce coup de foudre en encourageant les deux afin qu’ils puissent se voir plutôt que de dire que c’est inapproprié pour le moindre dire.
Par chance, la romance la plus inappropriée, c’est-à-dire celle des parents de Tohru n’est pas montrée dans la série principale mais bien dans un film séparé appelé Fruits Basket Prelude. L’histoire d’amour entre ces deux personnages implique une adolescente avec des problèmes émotionnels de 14-15 ans et un stagiaire en enseignement dans la vingtaine. Je n’ai pas regardé le film spécifiquement pour cette raison.
Certaines blagues ont aussi très mal vieilli. Elles incluent des situations inappropriées entre une personne adulte et un mineur mais aussi des blagues déplacées sur le suicide dans une série que la question des traumatismes psychologiques est omniprésente. D’autres gag ayant vieilli comme du lait inclut la personnage de Kagura Soma qui est amoureuse de Kyo mais qui exprime son “amour” par la violence en le battant à chaque fois que l’humeur de Kagura vacille un peu.
Certaines scènes très tendues sont également victime d’exagération, ayant une exécution beaucoup dramatique pour les besoins de la scène, gâchant le côté sérieux du moment. Sans trop expliquer, un exemple de ça est l’épisode 24 et vous allez le voir en voyant la scène.
Finalement, le dernier défaut, c’est la décision d’avoir seulement fait la troisième saison avec 13 épisodes contrairement aux premières saisons qui avaient un généreux 25 épisodes. Cela fait que beaucoup de contenu très intéressant a dû être coupé dans la dernière saison. Cela inclut par exemple la romance entre Yuki et une autre personnage ou l’histoire d’un personnage secondaire, Kakeru Manabe, est lié à Tohru et comment ses actions ont contribué aux difficultés émotionnelles de Tohru.

Malgré ces défauts, Fruits Basket reste une histoire qui mérite d’être racontée et la version 2019 est une excellente adaptation qui est largement complète. Cependant pour ceux qui en veulent plus, notamment le contenu coupé, le manga est complet depuis 2006 et demeure facile à trouver en anglais et français. Également, il y a aussi deux spin offs du manga, Fruits Basket : The Three Musketeers, se concentrant sur le trio de Shigure, Ayame et Hattori et Fruits Basket: Another, une suite qui suit les aventures des enfants des personnages de Fruits Basket. Finalement, il y a aussi le film Fruits Basket: Prelude qui raconte l’histoire des parents de Tohru. Cependant comme mentionné plus tôt, le contenu de ce film peut être troublant pour certaines personnes.
Pour conclure cette review, je décerne à Fruits Basket la note de 8.5/10. Son histoire et ses personnages nous captivent par leur profondeur et leur richesse mais certains éléments montrent l’âge de la série qui a presque 30 ans et peuvent rendre le visionnement très malaisant et inconfortable par moment. Fruits Basket est disponible dans son intégralité sur Crunchyroll doublé en japonais et en anglais.

Pour visionner le film, c’est ici.