CRITIQUE DE FILM – BIRDS OF PREY (AND THE FANTABULOUS EMANCIPATION OF ONE HARLEY QUINN)

par | Mar 27, 2026

Après Black Panther: Wakanda Forever, Wonder Woman et Captain Marvel, j’hésitais à voir quel film j’allais revisiter pour compléter le mois de mars. Finalement, je me suis attardé sur l’un des projets les plus insolites des dernières années, dans les films de superhéros.
Réalisé par Cathy Yan dans son deuxième long-métrage, Birds of Prey (and the Fantabulous Emancipation of One Harley Quinn) est le huitième film de DC Extended Universe, et est une suite et un spin-off du Suicide Squad de 2016. Mettant en vedette Margot Robbie qui reprend son rôle d’Harley Quinn, la distribution comporte également Mary Elizabeth Winstead, Jurnee Smollett-Bell, Rosie Perez, Chris Messina, Ella Jay Basco, Ali Wong, et Ewan McGregor.

Une rupture explosive
Quatre avant après les événements de Suicide Squad, Harley Quinn (Margot Robbie) et le Joker ont rompu. Après avoir explosé leur usine chimique fétiche en signe de rupture public, tout Gotham, comprenant qu’elle n’était plus sous la protection du Joker, se lance à sa poursuite, notamment le criminel Roman Sionis, alias Black Mask (Ewan McGregor), et Renee Montoya (Rosie Perez), une policière alcoolique qui enquête également sur Sionis.
Entre-temps, deux subalternes de Sionis, à savoir son bras droit Victor Zsasz (Chris Messina) et sa nouvelle chauffeuse Dinah Lance, alias Black Canary (Jurnee Smollett-Bell), se font voler un diamant précieux par la jeune pickpocket Cassandra Cain (Ella Jay Basco), et celle-ci devient la nouvelle cible de toute la ville. Pour compliquer le tout, une nouvelle venue, Huntress (Mary Elizabeth Winstead) assassine des cibles autour de Sionis…

Dans le style de Harley
D’abord, sachez que même si le film s’appelle Birds of Prey, c’est surtout un film concentré sur Harley Quinn. Déjà, le style non linéaire et métafictif (dans un style qui rappelle Deadpool) est à l’image de son caractère déjanté. Le style visuel est aussi vif et coloré, que ce soit dans le style graphique, les explosions, les combats, les armes (elle se bat avec des confettis dans une scène), les lieux (comme un parc d’attractions), ou encore la scène d’introduction animée.
Aux États-Unis, le film est « R rated », donc 17 ans ou plus (ce qui est rare, pour un film de superhéros). Malgré le côté absurde et flamboyant des combats (dont les chorégraphies sont excellentes, en passant), ce côté enfantin du film contraste avec le langage vulgaire du film, des thématiques lourdes abordées, des scènes graphiques où des os se cassent, et une fameuse scène de cocaïne.

La crise identitaire de Quinn
L’arc de Harley Quinn durant le récit explore une question : qui est-elle sans le Joker? Maintenant qu’elle est séparée de lui, elle tente de reconstruire son identité et sa vie, tout en tentant de s’imposer et de montrer à ceux qui lui veulent la peau (parfois pour des raisons hilarantes) qu’elle n’est pas vulnérable sans lui.
L’histoire explore sa phase dépressive après sa rupture amoureuse, mais aussi les séquelles nées de la relation abusive dont elle s`est délivrée.
C’est là que le personnage de Cain est crucial au développement de Harley. En effet, la gamine pickpocket admire Quinn pour elle-même et ce qu’elle a accompli seule, sans se soucier de qui ou de ce qu’a fait le Joker. Et c’est elle qui donne le courage à Harley de s’émanciper.
Avant d’enchaîner avec les autres personnages, je veux souligner que j’ai bien aimé les différents habits de Harley durant le film, et que son hommage à Marilyn Monroe était une touche amusante. J’aime aussi son trait de caractère où elle utilise son parcours en psychologie pour analyser les comportements et la psychologie de ses adversaires. C’est un trait unique à elle-même que le film explore avec brio.
Et Bruce, son hyène adoptive… il a fait forte impression, disons.

Les Birds of Prey
Cela dit, autant le personnage de Harley est développé, ceux des Bird of Prey restent à revoir.
Montoya, Black Canary et Huntress ont chacun leurs passés, motivations, et traits de caractère distinctifs (j’aime, par exemple, que Huntress me rappelle Beatrix Kiddo), mais l’exploration demeure en surface et est abrégée. Black Canary et Huntress ont également des styles de combats intéressants (Montoya n’étant qu’une policière avec un flingue), mais elles ont peu l’occasion de les exploiter.
Dans un monde meilleur, on aurait eu une suite pour explorer ses personnages (sans Cain) sans les mettre dans l’ombre de Harley. Cela dit, elles ont quand même servi à renforcer les thématiques du film abordées avec Quinn.

La métaphore des oiseaux
En anglais, « bird » peut dans certains contextes désigner une (jeune) femme, comme Sionis (présenté comme un misogyniste toxique inconscient de ses actes) le fait à plusieurs moments dans le film.
Harley Quinn aussi dans une scène à Black Canary que le rôle d’un arlequin (bouffon dans les comédies italiennes) est de servir, et qu’il n’est rien sans son maître.
Dans un film qui explore la crise identitaire et l’émancipation de la femme, l’oiseau est une métaphore d’une créature que les hommes du film veulent contrôler et garder en cage, et qu’ils croient qu’ils sont sans défense sans eux. Que ce soit parce qu’ils les sous-estiment, veulent profiter des femmes ou faire pire, ces hommes imposent aux protagonistes un poids mental dont elles doivent se délivrer. Et c’est ainsi que Harley, Montoya, Black Canary et Huntress apprennent à s’émanciper, et à passer « d’oiseaux en cage » à « oiseaux de proie ».
Ainsi, elles n’ont plus besoin de la protection de qui que ce soit. Elles peuvent se protéger elles-mêmes.

Le problème du DCEU
Pour les défauts du film, trois autres points sont à mentionner.
D’abord, le rapport des forces des personnages est déséquilibré par moment : un instant, Harley se bat contre dix hommes plus grands qu’elle, et la suivante, elle fait match nul avec une vieille policière ivre… Quoique ce point peut s’expliquer si on considère Harley Quinn comme un narrateur peu fiable.
Ensuite, les vilains manquent un peu de développement et sont caricaturés. On dirait d’ailleurs que le film voulait explorer un angle avec Sionis et Zsasz, mais comme avec Harley Quinn et Montoya, le film se retenait au maximum pour éviter la censure dans certains pays.
Enfin, ce film continue les défauts constants du DCEU, à savoir arriver trop tôt et trop vite. En effet, plusieurs films du DCEU ont tenté de déconstruire des personnages avant même qu’ils aient pu être établis (Man of Steel, Batman v. Superman, Suicide Squad…), ce qui rend parfois le film inaccessible à plusieurs. Dans le cas de Birds of Prey, le parcours de Harley Quinn fait du sens et prend toute son ampleur quand on connaît la relation toxique entre Joker et elle, ainsi que le parcours qu’ils ont pris ensemble… ce qui a été brièvement exploré dans Suicide Squad, un film qui introduisait une demi-douzaine de personnages sur le tas. Pour comprendre l’importance de l’arc de Harley, il faut connaître déjà son histoire, ce qui rend le film difficile à apprécier aux nouveaux venus.
Depuis 2020, j’ai vu la série animée Harley Quinn, et j’ai pu en apprendre plus sur son personnage. Du coup, mon appréciation du film a évolué. Mais à l’époque, j’avais l’impression qu’il me manquait des informations pour suivre l’histoire, comme si j’étais tombé au milieu de la phase 4 de la MCU sans avoir rien regardé avant.

Conclusion
Je n’espérais pas ceci au début du mois, mais j’ai quand même bien apprécié Birds of Prey (and the Fantabulous Emancipation of One Harley Quinn). Certes, on ressent plusieurs défauts typiques du DCEU, mais le film explore bien le personnage de Harley, et nous livre plusieurs scènes d’actions créatives et mémorables. Ce n’est pas un film parfait, et il ne plaira pas à tout le monde, mais ceux qui l’apprécieront ne regretteront pas de l’avoir regardé.
P.S. Il n’y a pas de scène post-crédit, mais il y a un gag à la fin…

<a href="https://gpourgeek.ca/author/bradlee11/" target="_self">Brad Lee</a>

Brad Lee

Artiste, graphiste, écrivain, cosplayeur, chroniqueur. Élevé par des aliens, ninjas, sorciers, revenants, superhéros, pirates, et princesses.

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