
La 98e édition des oscars a eu lieu le dimanche 15 mars 2026, et a mis fin à une saison des récompenses assez tendue, où l’on se demandait jusqu’à la fin qui allait remporter le grand prix. Nous allons revoir les moments forts de la cérémonie, ainsi que les différents vainqueurs et leurs impacts. De mon côté, je ferai mon possible de ne pas partir un rant sur One Battle After Another.
Une cérémonie efficace, marquée d’interruptions irrespectueuses
Avant de parler des vainqueurs, discutons de la cérémonie en tant que telle.
Conan O’Brien revient pour la deuxième année consécutive en tant qu’animateur, et il accomplit pour la plupart bien son rôle. J’avais bien aimé son introduction qui rendait hommage à Weapons et aux différents nominés.
Les différents présentateurs étaient aussi efficaces, pour la plupart (même si je crois que la partie sur le discours d’Adrien Brody et la réunion de Bridesmaids auraient pu être abrégées). J’ai cependant trouvé, compte tenu des vainqueurs, intéressant le choix des présentateurs pour meilleurs effets spéciaux et meilleurs scénarios. Aussi, prendre un représentant de chaque film pour la catégorie meilleure distribution, la nouvelle catégorie de cette année, était une attention touchante, qui nous permettait également de comprendre l’importance de cette récompense.

Comparé à d’habitude, très peu de discours étaient politiques cette année, malgré les avertissements d’O’Brien lors de son numéro d’ouverture. Outre les vainqueurs des meilleurs documentaires, un commentaire anti-AI des présentateurs des meilleurs films d’animation, quelques sous-entendus dans les discours des vainqueurs de Sinners, et Javier Bardem qui a mentionné « non à la guerre et libérez la Palestine », le reste de la soirée était assez neutre (ce qui est ironique considérant certains nominés, mais passons).
Les performances des chansons Golden et I Lied To You étaient les deux événements marquants de la soirée. La première avec les lumières de k-pop distribuées dans la foule, et la deuxième avec une reproduction en direct de la scène culte du film, chacun a électrisé la salle à sa façon (et la seconde ne m’a totalement pas fait lâcher une larme, pas du tout). Je maintiens cependant que, même si Golden et I Lied To You étaient les deux seules chansons qui avaient une chance de l’emporter et que le grand public connaissait (il y aurait pu en avoir trois si Wicked For Good n’avait pas été complètement snobé, mais passons…), je trouve cela dommage, voir un peu irrespectueux, de ne pas permettre aux autres nominés en meilleure chanson de jouer.
Outre quelques difficultés sonores, le grand défaut de la cérémonie était le manque de respect lors de certains discours. En effet, alors que certains vainqueurs, notamment peu connus, n’avaient pas fini leurs discours et avaient à peine parlé, ils se sont fait interrompre par la musique de fin, et certains ont essayé de terminer leurs discours par-dessus la musique. Le pire exemple était les vainqueurs pour la meilleure chanson, où ils ont éteint les lumières, ont coupé leurs micros, et sont passés en pause publicitaire.

Une cérémonie prévisible
Pour ce qui est des vainqueurs dans leur ensemble, il n’y avait pas tant de surprises que ça, comparé aux autres cérémonies de récompenses lors des dernières semaines. Avec les guildes et les BAFTAs, les favoris pour gagner dans les différentes catégories ont évolué depuis mes prédictions initiales. Mais pour vous donner une idée, j’ai fait une prédiction sur GoldDerby, et sur 24 catégories, j’ai prédit le vainqueur 21 fois. Mes seules erreurs étaient de choisir Butterfly au lieu de The Girl Who Cried Pearls en court-métrage d’animation, et d’avoir interverti une victoire de Sinners et de One Battle After Another (photographie et distribution, pour être exact).
Un ex aequo en 13 ans, et des documentaires engagés
La plus grande surprise de cette année était sans doute l’égalité dans la catégorie meilleure court-métrage en prise de vue réelle (pour The Singers et Two People Exchanging Saliva), la première égalité depuis 2013 dans la catégorie meilleure montage sonore (Skyfall et Zero Dark Thirty) et la septième fois de l’histoire des oscars.
Les deux documentaires lauréats de la cérémonie étaient le long-métrage Mr. Nobody Against Putin et le court-métrage All The Empty Rooms, le premier étant, évidemment, une critique sur la Russie, et le deuxième sur les tirs de masse dans les écoles aux États-Unis. N’ayant pas vu ces films, je ne peux pas commenter davantage, mais félicitations à ces deux vainqueurs.

Des prouesses techniques et des hommages aux acteurs
Avant de parler des grands vainqueurs de la soirée, parlons de ceux qui ont remporté une récompense.
À la surprise de personne, Avatar: Fire and Ash a remporté le prix des meilleurs effets spéciaux. Malgré la performance décevante de ce film cette saison et une certaine fatigue qui se ressent dans cette franchise, les prouesses techniques du film demeurent indéniables, au point que c’était le prix le plus assuré depuis des mois.
F1 a remporté meilleur son, une catégorie très favorable aux films de course. Jusque là, rien à redire là-dessus.
Jessie Buckley pour Hamnet a remporté meilleure actrice principale, ce qui était sans doute la catégorie la plus sûre parmi les quatre acteurs.
Un doute se maintenait pour la catégorie meilleur film étranger, à savoir qui allait l’emporter entre Valeur sentimentale et L’agent secret. Finalement, le film norvégien l’a remporté. Certains auraient voulu que le Brésil remporte ce prix deux années d’affilée, mais le film a permis de mettre en avant plusieurs talents brésiliens. De l’autre côté, Valeur sentimentale demeure un film efficace, qui, comme Hamnet, résonne avec les cordes sensibles de l’académie, vu qu’ils sont tous les deux des films sur des acteurs et écrivains qui s’expriment à travers leurs arts (ce qui est une formule gagnante pour l’académie, normalement).
(À noter aussi que, outre L’agent secret, trois autres nominés en tant que meilleur film sont revenus les mains vides, à savoir Marty Supreme, Train Dreams, et Bugonia.)

Le Canada et la Corée dominent l’animation
The Girl Who Cried Pearls, un film d’animation montréalais qui utilise l’animation en volume, a remporté le prix de meilleur court-métrage animé. En plus d’explorer un type d’animation peu exploré, le film a permis à la culture montréalaise d’être représentée aux oscars. Les vainqueurs ont d’ailleurs mentionné le Canada et Montréal dans leur discours.
KPop Demon Hunters a remporté les prix de la meilleure chanson pour Golden (la première chanson k-pop de l’histoire) et du meilleur long-métrage d’animation. De loin l’un des films les plus marquants de 2025, ses victoires continuent dans la lancée de ses prédécesseurs comme Parasite et Everything Everywhere All At Once de donner plus de visibilité aux oscars aux talents asiatiques.
Il est aussi important de mentionner que Kpop Demon Hunters est le premier film populaire depuis Encanto à remporter la catégorie meilleur film, vu que les années précédentes, ceux-ci (Puss in Boots: The Last Wish, Spider-Man: Across the Spider-Verse, The Wild Robot) ont perdu face à des projets plus niches et artistiques (GDT Pinocchio, Le garçon et le héron, Flow).

L’horreur à l’honneur
Amy Madigan remporte le prix de la meilleure actrice dans un rôle secondaire dans Weapons. Avec une autre performance dont nous parlerons plus tard, elle est l’un des huit acteurs à remporter un prix pour une performance dans un film d’horreur. (Les autres étant Fredric March pour Dr. Jekyll and Mr. Hyde, Ruth Gordon pour Rosemary’s Baby, Kathy Bates pour Misery, Jodie Foster et Anthony Hopkins pour The Silence of the Lamb, et Nathalie Portman pour Black Swan.)
Le Frankenstein de Guillermo del Toro a, pour sa part, remporté plusieurs récompenses techniques, à savoir meilleurs maquillages et coiffures, meilleurs décors, et meilleurs costumes. del Toro est reconnu pour ses effets pratiques dans ses films, et il est bon de voir ses efforts récompensés.
En plus du film que nous aborderons plus tard, il est bon de voir le genre de l’horreur représenté aux oscars avec huit victoires, d’autant plus qu’il est normalement l’un des genres les plus négligés par l’académie. Mais ces dernières années, l’académie s’ouvre plus aux films de genre, et on espère qu’elle continuera dans sa lancée.

Sinners marque l’histoire
Sinners a remporté quatre oscars : meilleur scénario original, meilleure bande sonore originale, meilleure cinématographie, et meilleur acteur.
À ce jour, Sinners devient le film noir à remporter le plus d’oscars de l’histoire (Moonlight, 12 Years of Slave et Black Panther en ont chacun trois). Ryan Coogler devient le deuxième noir à remporté le prix du scénario original (avec Jordan Peele pour Get Out), et le septième dans pour un prix d’écriture, en incluant les scénarios adaptés (Precious, 12 Years a Slave, Moonlight, BlackkKlansman, American Fiction). En plus d’être la première femme de couleur nominée dans la catégorie, Autumn Durald Arkapaw devient la première femme à remporter le prix pour la meilleure cinématographie. Ludwig Göransson remporte son troisième oscar, après Black Panther et Oppenheimer. Michael B. Jordan (notre fan d’animes préféré) le premier acteur depuis Lee Marvin (cat Ballou) à remporter le prix pour un double rôle, et devient le sixième acteur noir à remporter le prix du meilleur acteur, après Sidney Poitier, Denzel Washington, Jamie Foxx, Forest Whitaker, et Will Smith. Enfin, Sinners est le film de 2025 qui a reçu le plus de récompenses à travers les différents cérémonies et groupes avec 310 prix, battant One Battle After Another avec 249, et Kpop Demon Hunters avec 132.
Cela dit, je sais que plusieurs sont déçus que Sinners n’ait pas remporté davantage d’oscars (moi le premier), notamment pour meilleur acteur secondaire, meilleure distribution, meilleur directeur et meilleur film. En plus des biais de l’académie contre les films d’horreur et les films en début d’année, seulement deux films réalisés par des Noirs (12 Years a Slave et Moonlight) ont gagné meilleur film dans l’histoire des oscars, et aucun directeur noir n’a gagné dans sa catégorie (Coogler n’est que le septième nominé). Sans compter les multiples campagnes de salissage contre le film, plusieurs étaient tannés de voir le film se faire rabaisser, et espéraient voir un film important pour plusieurs communautés recevoir le grand prix.
À ceux qui sont déçus de la défaite de Sinners (et, oui, je parle à moi-même également), laissez-moi vous dire ceci. Quoi qu’il soit arrivé, Sinners a déjà marqué l’histoire. Non seulement les quatre victoires qu’il a acquises sont symboliques sur plusieurs aspects, mais le film était déjà culte avant même que la saison des récompenses ne commence. Avec KPop Demon Hunters, c’est l’un des films qui définit l’année 2025 et qui aura un impact sur le long terme. Dans dix ans, nous parlerons plus de Sinners en revisitant 2025 que n’importe quel autre film.
Avoir un oscar est bien, mais ce n’est pas toujours le meilleur film qui est récompensé et marquera l’histoire. Pensez à Citizen Kane, Star Wars, 2001: A Space Odyssey, The Wizard of Oz, ou récemment, The Dark Knight, Get Out, Spider-Man: Across the Spider-Verse, Dune…
Ce n’est pas pour rien qu’à la cérémonie, I Lied To You a reçu une ovation debout, et que Michael B. Jordan a reçu plus d’acclamations pour son oscar que n’importe qui d’autre. Ce n’est pas non plus pour rien qu’au NAACP Image Awards (une cérémonie axée sur les minorités), Sinners l’a remporté haut la main.
Sinners demeure le film qui définit 2025, et qui le définira à l’avenir. Et ce n’est pas un trophée de moins qui changera quoi que ce soit à cela.

Un *soupir* après l’autre…
One Battle After Another est le grand gagnant de la soirée avec six oscars : meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario adapté, meilleur acteur secondaire (Sean Penn), meilleure distribution, et meilleur montage. Après 14 nominations depuis Boogie Nights, Paul Thomas Anderson reçoit trois oscars pour le même film (en tant que scénariste, réalisateur et producteur). Et Sean Penn (qui, comme aux BAFTAs et aux Actor Awards, a remporté le prix même en étant absent) remporte le troisième oscar de sa carrière.
Écoutez… si vous suivez mes commentaires sur le film avec ma critique du film et ma couverture sur les oscars, vous savez que je ne le porte pas particulièrement dans mon cœur. Malgré ses prouesses techniques, j’ai beaucoup de mal avec la manière dont le film explore ses thématiques et démontre certains de ses personnages.
Cela dit, je le savais depuis ma critique que le film allait gagner. L’académie a souvent tendance à vouloir favoriser les films prestigieux qui abordent des sujets sensibles, sans pour autant aller en profondeur, et ce, souvent au détriment d’autres films plus engagés et risqués. De ce point, One Battle After Another jouait plus dans les cordes sensibles de l’académie que Sinners. Ajoutez à cela que les récompenses données à Anderson étaient aussi un hommage à sa carrière (à la manière de DiCaprio dans The Revenant ou Lee Curtis dans Everything Everywhere All At Once), et il n’est pas étonnant que l’académie ait préféré le récompenser.
J’aurais plusieurs choses à dire sur le film, notamment sur comment le film vieillira avec le temps. Au final, j’avais prédit la victoire du film, même si ce n’était pas ce que j’aurais souhaité.

Conclusion
Malgré tout, je demeure ravi pour Sinners, Weapons, Frankenstein, KPop Demon Hunters, F1, et Hamnet. Valeur sentimentale n’était pas mon style, mais je respecte sa victoire. Et je n’ai pas encore vu Avatar: Fire & Ash, les documentaires, ou les autres courts-métrages pour me prononcer (même si je suis content que des Montréalais aient remporté un prix pour The Girl Who Cried Pearls). Quoi qu’il en soit, félicitations à tous les vainqueurs mentionnés ci-dessus. Et je vais m’en tenir là pour aujourd’hui.