CRITIQUE DE FILM – CAPTAIN MARVEL

par | Mar 20, 2026

Durant ces deux derniers mois, nous avons visité des films qui ont élargi les horizons dans les films de superhéros, notamment en mettant à l’avant des groupes auparavant sous-représentés. Aujourd’hui, nous allons parler de l’un des films les plus controversés du lot, Captain Marvel.
Dirigé par Anna Boden et Ryan Fleck, le film met en vedette Brie Larson, qui a été recrutée peu après son oscar pour Room. Samuel L. Jackson, Ben Menderlsohn, Djimon Hounsou, Lee Pace, Lashana Lynch, Gemma Chan, Annette Bening, Clarck Gregg et Jude Law l’accompagnent dans la distribution.
En plus d’être une histoire d’origine pour l’héroïne éponyme, Captain Marvel poursuit l’intrigue d’Avengers: Infinity War, où, avant de disparaître, avait envoyé un signal de détresse au moyen d’un vieux téléavertisseur. Le film explore l’origine des deux personnages.

La guerrière amnésique des Kree
En 1995, Vers (Brie Larson) est une guerrière de la Starforce de l’empire Kree sous les ordres de Yon-Rogg (Jude Law) et de l’Intelligence Suprême (Annette Bening). Amnésique, elle est victime de cauchemars fréquents et d’insomnie.
Lors d’une confrontation contre les extraterrestres métamorphes Skrulls dirigés par Talos (Ben Mendelsohn), Vers découvre leur plan, avant de s’échouer sur la Terre sans ses camarades, où elle tombe sur Nick Fury (Samuel L. Jackson). Les deux s’associent alors pour déjouer le plan des Skrulls, sans se douter de la complexité des découvertes qui les attendent. De plus, Vers découvre peu à peu des indices sur son passé, et se demande alors si elle n’avait pas une vie antérieure à la Starforce…

Adressons l’éléphant dans la pièce tout de suite…
Avant d’aborder la critique du film en lui-même, je veux parler du contexte tristement célèbre autour du film. Car voyez-vous, il a déjà influencé la culture populaire avant même sa sortie.
D’abord, il faut savoir que, depuis qu’elle avait été annoncé dans le rôle en 2016, Brie Larson recevait déjà de critiques (notamment de certains secteurs d’internet qui n’aimait pas le fait qu’elle soit ouvertement féministe). Et quelques semaines avant la sortie du film, une citation prise hors contexte lors d’un discours de Larson (où lors d’une récompense, elle critiquait le manque de diversité chez les critiques de film, quoique, je dois l’admettre, avec un peu de maladresse) a explosé sur internet. Et en plus d’avoir enclenché un « boycott » (même si, on en parlera plus tard, le film a fait un milliard), cet incident a motivé les mouvements « anti-woke » à utiliser Larson comme la mascotte des mouvements gauchistes et féministes extrêmes. De plus, à cause des haineux qui critiquaient le film avant sa sortie, les sites comme Rotten Tomatos et IMDB ont dû revoir leurs méthodologies pour recueillir l’avis des utilisateurs sur les films, afin d’éviter qu’un film soit jugé par des personnes qui ne l’ont pas vu.
Écoutez… je suis du style à juger le film en lui-même sans me soucier des circonstances extérieures, à moins que celles-ci aient un impact sur le film (ce qui n’est pas le cas ici). Et dans une industrie où des criminels, des agresseurs, ou des personnes aux opinions intolérantes continuent de prospérer, un commentaire innocent pris hors contexte est le cadet de mes soucis.
Maintenant que c’est dit, jugeons le film en lui-même, et pas les personnes derrière celui-ci.

Stan Lee et les années 1990
Je veux pour commencer aborder un point touchant du film, à savoir son hommage à Stan Lee. En effet, il était décédé quelques mois avant la sortie du film, et pour lui rendre hommage, l’introduction du logo de Marvel était avec des vidéos de lui (semblable à Chadwick Boseman dans Black Panther: Wakanda Forever). Dans les deux cas, ces gestes étaient touchants.
Le caméo de Stan Lee était aussi bien utilisé, car il fait référence à un autre caméo de l’époque, où il jouait dans Mallrats de Kevin Smith.
Et en parlant de Mallrats, le film a plusieurs références aux années 1990. Que ce soit les blockbusters, habits, logos, appareils électroniques, et plus encore. La bande sonore de l’époque est également présente à plusieurs reprises dans le film, même si à certaines reprises, l’utilisation était un peu forcée.

Vers, Carol Danvers, Captain Marvel
Vers est le cœur principal du film. Et la caractérisation du personnage est… assez particulière.
En plus d’être amnésique, le personnage est entraîné pour ne dévoiler aucune émotion, et le peu qu’elle en dévoile la rend sujette de diverses critiques de son entourage. Résultats, le personnage devient difficile à s’attacher. Et j’ai l’impression que, lors de son passage sur Terre, le film aurait pu jouer davantage avec son côté poisson hors de l’eau.
Le dévoilement de son passé est un peu décousu (et forcé à certains moments), mais nous permet de comprendre d’où vient le personnage, et qu’elle est la morale de son développement de personnages : à savoir ne pas avoir peur de se relever en cas d’échecs.
Cela dit, j’aime les pouvoirs du personnage et son utilisation. Avec Sonic 3, c’est probablement ce qu’on aura de plus proche d’un Dragon Ball en prise de vue réelle (car il n’y en a jamais, jamais, jamais, eu, pas vrai?).
J’ai aussi apprécié que, vu que le personnage est surpuissant, le conflit de film fût plus identitaire, morale, et psychologique, à savoir des problèmes qui ne peuvent pas se résoudre qu’avec la force brute. Et même si certains de ces points auraient pu être mieux développés, c’était la bonne direction à prendre avec ce type de personnage.

Un support solide
Alors que le personnage de Vers est le point faible du film, il est compensé par des personnages secondaires complexes, charismatiques et intéressants, qui révèlent chacun une facette de Vers.
En tant que second protagoniste, le jeune Fury (mention spéciale aux effets spéciaux qui l’ont rajeuni, même si les capacités physiques de l’acteur le trahissent dans certaines scènes) sert d’excellent contraste à Carol, et apporte une touche d’humour subtil dans leur duo buddy cop. Il est aussi intéressant de voir un Nick Fury énergique et amical, avant qu’il ne devienne l’homme glacial, calculateur et méfiant qui a fondé les Avengers. (Mais la scène où il perd son œil n’a… pas fait l’unanimité, disons.)
Maria Rambeau (Lashana Lynch) et sa fille Monica (Akira Akbar) apportent une touche d’humanité à Vers, étant les personnages clés de ses souvenirs, qui lui servent également de compas moral et de source de motivation.
Yon-Rogg et Talos accomplissent à peu près le même rôle à différents moments du film. Avec leurs propres caractères et motivations, ils remettent en question les idéaux de Vers, et la font douter sur quelle voie elle doit prendre. Ils sont les centres du conflit psychologique du film. Des deux, Talos est celui qui reçoit le plus de développement.
Les autres personnages ont surtout une fonction pratique, sans être développés davantage. Parmi ceux-là, j’aurais voulu voir plus de l’Intelligence Suprême et Ronan (Lee Pace).
Finalement, le chat Goose est de loin la vedette du film. Il n’est pas là souvent, mais lorsqu’il apparaît, ses scènes deviennent automatiquement mémorables et cultes.

Guerre, identité, et paranoïa
Que ce soit dans l’espace ou sur Terre, la guerre est un thème récurrent du film. L’histoire questionne la notion d’alliés et victimes, d’oppresseurs et d’oppressés, de vérités et propagande, de suivre les ordres et de suivre son instinct. La guerre est aussi à la base de la relation entre Fury et Vers, vu qu’ils sont tous les deux d’anciens militaires.
(Petite note, les forces aériennes américaines, à la manière de Top Gun, ont commandité ce film, notamment avec des caméos de véritables militaires… Faites de cette information ce que vous voulez.)
La paranoïa est aussi exploitée dans le film, notamment avec les Skrulls métamorphes. Le potentiel du concept (qui rappelle The Thing et Invasion of the Body Snatchers) aurait pu être mieux exploré, mais demeure efficace. (De toute façon, il n’y a jamais, jamais, JAMAIS, eu d’autres projets de la MCU avec les Skrulls en antagonistes. Jamais…)
L’identité est également au cœur de l’arc de Vers. Plus principalement, à qui elle doit prouver qui elle est. Est-ce à ses ennemis, ses supérieurs, ou à elle-même?
Une autre entrée solide de la phase 3, mais rien de plus
Comme mentionné lors de ma critique sur Black Panther, la phase 3 de la MCU n’a, selon moi, aucun mauvais film.
Aussi, selon les projets, plusieurs qualités et défauts deviennent récurrents au cours des films. Une balance équilibrée entre l’humour, l’action, le développement des personnages et de l’univers, etc. Des vilains mieux balancés que dans les phases précédentes. Des tons et tropes qui se répètent de film en film. Des héros qui ne défient pas le statu quo, etc.
Ces points s’appliquent également à Captain Marvel, hormis que le ses antagonistes ne sont pas aussi bien développés que les autres, et que vers, d’une certaine manière, défie le statu quo (même si elle renforce dans certains aspects). Mais le tout passerait si le film avait une identité propre qui le distinguait des autres films. Et le film… en a une? Les années 1990, le côté X-Files de l’intrigue, la paranoïa des Skrulls… Mais aucun de ces points n’est assez bien développé pour le distinguer des autres.
Ce qui revient au problème principal du film. Il est l’un des films les plus génériques de la phase 3 de la MCU. Attention, la formule Marvel à l’époque était excellente. C’est pour moi l’équivalent cinématique d’acheter un Subway classique : ce n’est pas original, mais ça fait le travail et demeure bon.

Le miroir de Wonder Woman
Étant les deux premiers films de superhéros féminins à devenir un succès, il est intéressant de voir à quel point ces deux films, qui sont des flash-back d’une héroïne du passé, contrastent l’un et l’autre.
D’un côté, Wonder Woman sort après une phase inégale chez DCEU, et parvient à faire un film agréable en reprenant la recette classique d’une histoire de superhéros. Lors force du film réside aussi dans les deux protagonistes, alors que les personnages secondaires et les antagonistes sont sous-développés. De plus, la qualité du film est inégale, où les deux premiers tiers sont excellents, et la fin du film part en vrille.
Captain Marvel, de l’autre, suit une recette classique de film du MCU, après une phase solide sans aucun mauvais film. Sa force réside dans les relations entre les personnages plutôt que seulement la protagoniste, et même si aucune scène n’est particulièrement marquante (à part peut-être avec Goose), le film demeure constant du début jusqu’à la fin, sans avoir de points faibles flagrants.
En somme, ces deux films se complètent l’un et l’autre, que ce soit par leurs histoires, les circonstances de leurs sorties, leurs forces et leurs faiblesses. Et même si, personnellement, je préfère la consistance de Captain Marvel à l’inégalité de Wonder Woman, les deux films pour moi se valent équitablement.

L’héritage de Carol
Avec plus d’un milliard au box-office mondial à l’époque, Captain Marvel était l’un des 10 films de 2019 à avoir atteint le cap du milliard cette année-là (qui était sans doute l’année la plus lucrative au cinéma). Il est aussi à ce jour le film de superhéros féminin qui a le plus rapporté. Dans la MCU, il est, à ce jour, 9e au box-office national, et 11e au box-office mondial. Il est aussi le 10e (11e si vous comptez Incredibles 2) film avec un protagoniste féminin au box-office mondial, et le 4e (après Barbie et les Frozen) réalisé par une femme.
Par son succès et celui de Wonder Woman, le film a ouvert la porte à plusieurs superhéroïnes d’avoir leurs propres histoires au grand écran. Les événements du film ont aussi influencé plusieurs des projets du MCU à venir, dont Avengers: Endgame, Spider-Man: Far From Home, WandaVision, Ms. Marvel, What If…?, [une série qui n’a JAMAIS existé], Marvel Zombies, Doctor Strange in the Multiverse of Madness, et The Marvels, parmi d’autres.

Conclusion
Captain Marvel continue la lancée quasi parfaite de la phase 3 du MCU. Malgré quelques éléments faibles et simplistes au niveau du scénario, il demeure un film solide, avec plusieurs personnages attachants, des scènes divertissantes, et une formule à toute épreuve du MCU.
Est-ce le meilleur film que vous verrez de votre vie? Non. Mais cela ne change rien à l’importance et l’impact que ce film a eu.

Pour visionner le film, c’est ici.

<a href="https://gpourgeek.ca/author/bradlee11/" target="_self">Brad Lee</a>

Brad Lee

Artiste, graphiste, écrivain, cosplayeur, chroniqueur. Élevé par des aliens, ninjas, sorciers, revenants, superhéros, pirates, et princesses.

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