
Après le succès du premier Black Panther en 2018, il était inévitable que Marvel sorte rapidement une suite. Cependant, une tragédie frappa la production : le décès de l’acteur principal, Chadwick Boseman, atteint d’un cancer du côlon.
Plusieurs débats se sont enchaînés sur le meilleur moyen de continuer la production dans ces circonstances. Fallait-il remplacer l’acteur, ou poursuivre l’histoire avec un successeur à T’Challa pour le titre de Black Panther? Kevin Feige et le directeur Ryan Coogler ont choisi la deuxième option.
Ainsi est né, dans ces circonstances inadéquates, Black Panther: Wakanda Forever. Letitia Wright prend le rôle principal, et est accompagnée de Lupita Nyong’o, Danai Gurira, Winston Duke, Florence Kasumba, Dominique Thorne, Michaela Coel, Mabel Cadena, Tenoch Huerta Mejía, Martin Freeman, Julia Louis-Dreyfus, et Angela Bassett.
Une nouvelle menace pour le Wakanda
Après le décès du roi T’Challa face à une maladie inconnue, le Wakanda est en deuil de leur souverain, alors que d’autres nations tentent d’en profiter pour exploiter leurs ressources. Mais pendant qu’ils se défendent d’autres pays, une nouvelle nation marine, Talokan, gouverné par leur roi, Namor (Tenoch Huerta Mejía), fait également leur apparition, avec une technologie également basée sur le vibranium. Mais lorsque les idéaux de Namor entrent en conflit avec ceux du Wakanda, Shuri (Letitia Wright), Okoye (Danai Gurara), Ramona (Angela Bassett), Nakia (Lupita Nyong’o), M’Baku (Winston Duke) et le reste des Wakandais devront tout faire pour défendre leur pays…

Des funérailles pour le roi
La première chose à mentionner sur le film est qu’il est métaphoriquement un hommage à Chadwick Boseman. Dès le départ, le film s’ouvre avec des funérailles traditionnelles et des images de Boseman dans le logo de Marvel Studios. Mais de plus, le scénario tourne autour des répercussions du décès du personnage de T’Challa, que ce soit pour l’arc émotionnel des personnages, ou pour les différents enjeux au cours du film. Notamment, après que T’Challa avait révélé au monde entier les richesses du Wakanda à la fin du film précédent, plusieurs pays convoitent le vibranium par tous les moyens. Résultats, la reine Ramona doit revenir sur la décision de son fils, ce qui enclenche une série de conflits durant le film.
Au lieu d’écrire cette critique au format habituel, je l’aborderai selon les arcs narratifs des personnages.

« Le monde t’a trop pris pour que tu sois toujours considérée comme une enfant. »
Les mots de M’Baku à Shuri.
Étant la protagoniste, elle reçoit le plus de développement durant l’histoire. Shuri, qui était reléguée à la comique de service au premier film, est maintenant gouvernée par la haine, le désespoir, le rejet des traditions, et le nihilisme. Résultat, son processus de deuil consiste plus à s’oublier dans son travail et à confectionner des armes, plutôt que de prendre le temps de pleurer la mort de son frère. Ces actions ne seront pas toujours les plus réfléchies et sages, mais réalistes lorsqu’on voit à quoi elle vient de passer.
Son arc est aussi mis en relief avec les autres personnages, notamment sa mère Ramona, Nakia, Riri, Okoye, M’Baku, et Namor. Et, comme je l’aborderai prochainement, chacun d’eux démontre une facette de Shuri, et aide son personnage à évoluer.

« Angela Bassett [and Lupita Nyong’o] did the thing »
Angela Bassett, dans le rôle de la reine Ramona, a de loin le rôle le plus marquant du film. (Oui, je suis toujours déçu qu’elle ait perdu l’oscar pour ce rôle, elle le méritait…) Son rôle est de reprendre les reines du Wakanda et s’imposer devant les autres pays, tout en étant une mère en deuil pour son fils qui doit soutenir sa fille en peine. Et contrairement à sa fille qui rejette les traditions du Wakanda, Ramona démontre l’importance de les préserver. Son processus de deuil consiste à protéger le Wakanda et aider à la succession d’un Black Panther.
Nakia (jouée par Lupita Nyong’o) est la troisième proche de T’Challa en deuil. Son personnage étant en Haïti (et étant moi-même d’origine haïtienne, c’était un plaisir à voir), elle se dévoue à la population locale comme à son habitude, en s’inspirant de ses connaissances wakandaises. Elle sert aussi de support à Shuri, vu qu’elle est, au long du film, la personne la plus apte à la comprendre, après sa mère.
Petite parenthèse, vu que le personnage de Nakia est polyglotte. J’ai aimé que, en plus de l’anglais dans la version originale, plusieurs langues différentes soient parlées dans le film, ce qui renforce la diversité culturelle de l’univers.

Les guerriers du Wakanda
Au niveau des scènes d’action, les Dora Milaje sont de loin les meilleurs éléments du Wakanda, notamment Okoye qui reçoit le plus d’attention. En plus de gérer le groupe, elle est chargée d’accompagner et de soutenir Shuri durant une bonne partie du film. Le personnage d’Aneka (Michaela Coel) a aussi reçu un peu de développement, que ce soit pour ses pouvoirs ou sa relation avec Ao (Florence Kasumba).
M’Baku sert aussi de contraste complémentaire avec Shuri (par exemple, il favorise la force, et elle, l’intellect). Étant d’humeur plus légère que les autres (beaucoup de scènes humoristiques du film viennent de lui), il sert aussi de voix de la raison pour la princesse.
Et avant de continuer sur les autres personnages, le film continue d’enrichir et de développer la culture wakandaise. Que ce soit dans les décors, les costumes (qui s’est mérité un oscar), la musique, et plus encore.

Du côté des Américains
Ross (Martin Freeman) joue surtout un rôle secondaire dans l’histoire, et n’est pas impliqué plus que ça. Tout comme Valentina Allegra de Fontaine (Julia Louis-Dreyfus) qui, à part faire de la publicité pour Thunderbolts*, n’apportait pas grand-chose également. Cela dit, j’ai été surpris de voir l’interaction entre les deux personnages, même s’il n’y a jusqu’à présent pas eu de développement dans les autres projets du MCU.
Ce que ces personnages ont servi, surtout, c’est de véhicule pour montrer la réaction de gouvernement américain face aux actions du Wakanda et de Talokan (qu’on parlera plus tard).
Le film introduit aussi le personnage de Riri Williams (Dominique Thorne), qui est le personnage que tout le monde recherche dans l’intrigue, tel un McGuffin humain. Son personnage est intéressant, et, malgré le fait que son inclusion dans l’histoire n’est pas trop forcée, on se demande si, encore une fois, elle n’est là que pour promouvoir sa série Iron Heart. Cela dit, elle apportait plus de gaieté autour de plusieurs personnages en deuil, et Shuri avait maintenant une jeune surdouée scientifique avec qui elle pouvait s’entendre.

Ses amis l’appellent K’uk’ulkan. Ses ennemis, Namor.
En plus de développer le Wakanda, le film introduit une nouvelle nation secrète alimentée par le Vibranium. Talokan, la nation sous-marine aztèque.
Il aurait été facile de devenir répétitif avec les nations sous-marines, surtout après Aquaman, Atlantis: The Lost Empire et Avatar: The Way of Water. Mais l’inspiration des cultures aztèques et de l’Amérique latine (notamment dans les costumes, armes et décors), combinés au futurisme du vibranium, permet à Talokan de sortir du lot. (Ses changements sont d’ailleurs propres au film, vu que dans les bédés, Namor est bien le roi de l’Atlantide, mais Ryan Coogler voulait rendre ce monde unique.) Les Talokanais ont aussi leur propre Kaméhaméh… euh, je veux dire, leur propre geste de main symbolique, semblable aux bras croisés du Wakanda.
Le pouvoir des Talokanais est aussi impressionnant, et même s’ils sont des humains qui ne peuvent, à part Namor, respirer sous l’eau, leurs armes et pouvoirs permettent de rivaliser avec la surface, et d’être un obstacle imposant pour Wakanda.
Mais l’élément clé de Talokan est leur leader, leur « dieu serpent aux plumes ». K’uk’ulkan pour eux, Namor pour leurs ennemis. En plus d’être le deuxième mutant révélé dans le MCU, Namor sert de contraste narratif à Shuri et Ramona. En effet, afin de protéger son peuple des nations de la surface qui recherchent du vibranium, Namor prend une solution plus… radicale et extrême. Mais sa mentalité touche un point sensible à Shuri et son désir de vengeance, que Namor tente d’exploiter.
Namor, du début jusqu’à la fin du film, est présenté comme un antihéros, qui détruirait le monde pour sauver les siens, s’il le faut. Et autant la résolution du conflit fonctionne pour son personnage et pour Shuri (et son arc narratif), certaines de ses actions au début semblaient trop extrêmes trop vite, notamment lors d’un ultimatum qu’il propose à Shuri (à moins que cela ne soit dû à son impulsivité?).

Le successeur du Black Panther
Normalement, j’évite de parler des divulgâcheurs dans mes critiques, mais vu que je veux parler de certains éléments clés de la fin du film, je ferai une exception ici. Si vous n’aviez pas encore vu le film, vous pouvez sauter à la prochaine partie.
Dans l’ensemble, j’étais satisfait de la gestion du rôle du Black Panther. Le choix de la successeure était évident, et suivait ce qui avait déjà été fait dans les bédés.
J’ai aussi aimé voir comment Shuri était différent de T’Challa et Killmonger. Déjà, son design reprend l’argent de son frère et l’or de son cousin, montrant comment les deux ont eu une influence sur elle, et comment sa journée en tant qu’héroïne est loin d’être terminée. Et même dans le monde astral, ce conflit se démontre lorsqu’elle voit Killmonger dans un premier temps (mon choc lorsque je l’ai revu…) qui lui inspire la vengeance, puis sa mère dans un deuxième, qui lui inspire la paix et la réconciliation.
J’ai aussi aimé comment Shuri a adapté son ancien style de combat à son Black Panther. Non seulement en reprenant ses gants des films précédents, mais aussi en optant pour la stratégie et les pièges plutôt que juste la force brute (de base, elle est scientifique, pas combattante).
Le fait qu’elle ait repris le rôle du Black Panther, mais ait laissé la royauté à M’Baku est aussi satisfaisant et propre aux deux personnages et à leurs arcs narratifs. Cela démontre que la force du Wakanda réside dans la communauté, et pas seulement dans un individu.
Enfin, l’introduction de Toussaint, alias T’Challa, comme le fils haïtien de T’Challa et Nakia, est un ajout touchant. Et cela laisse la porte ouverte à un autre « T’Challa » Black Panther dans le futur.

Conclusion
Black Panther: Wakanda Forever est un film touchant et un excellent hommage à Chadwick Boseman et son T’Challa. Malgré le scénario un peu inégal à certains moments, les arcs narratifs sont satisfaisants, et le film enrichit sur les forces du premier. Et après une suite de projets… controversés, disons, la phase 4 de la MCU finit sur une haute note, malgré la situation délicate dans laquelle le film était.

Pour visionner le film, c’est ici.


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