Une évasion sous l’Occupation
Cette bande dessinée française nous place en juin 1944, en pleine Occupation à Paris, où l’on suit les mésaventures d’une jeune résistante, Jeanne, emprisonnée par dénonciation anonyme. Elle y rencontre un jeune cambrioleur cynique agissant comme un véritable mufle, François de son prénom. Ensemble, ils s’échappent de leur cachot et vont se terrer à l’intérieur d’une péniche appartenant à René et Huguette. Un soldat allemand les surveille ; ils fuient Paris.

Tout d’abord, j’me sens un peu contrit d’écrire que j’ai lu cette bande dessinée française se déroulant en France, acheté à Montréal à un propriétaire québécois francophone d’une boutique indépendante de bande dessinée… en anglais. Je ne me concentrerai donc pas trop sur la forme des écrits.

Paris comme troisième personnage
M. Gibrat possède tout de même tout un talent. Les décors de Paris sont tout simplement magnifiques, alors que l’auteur nous offre des vues à couper le souffle quand notre duo d’évadés court sur les toits de la capitale française. Notre dessinateur continue d’ajouter la touche enchanteresse, mais très représentative de la banlieue de Paris. Ainsi, M. Gibrat le mentionne en entrevue à BD Paradisio qu’il voulait avoir « […] le plaisir de dessiner Paris […] ». La métropole agit ici comme troisième personnage après Jeanne et François. Ses toits ne sont pas les seules choses magnifiques qu’il nous offre ! Il nous sert également de splendides aquarelles du canal Saint-Martin, de son monde de péniches et de bien d’autres coins inoubliables où l’expression « Paris, la ville de l’amour » prend tout son sens.

Notre dessinateur français jongle bien avec les éclairages et ses diverses colorations, ça demeure un charme à regarder.

Suspense et romance en filigrane
L’histoire est un véritable suspense quotidien: on craint sans cesse que notre héroïne se fasse arrêter à chaque coin de rue alors qu’elle s’inquiète pour ses camarades de la résistance. On voit clairement une idylle se former dès les débuts et le reste ne surprend pas tant, mais le dénouement du récit fonctionne, bien que ce soit une histoire qu’on a déjà vue.

Les thèmes de l’Occupation, de la résistance et de la clandestinité sont bien abordés, on peut ressentir la précarité dans laquelle notre héroïne se retrouve face à sa situation politique.

Une héroïne vulnérable
Je voyais plutôt comme une victime, Jeanne, en début de récit, alors qu’elle doit demander à François de tout faire suite à une blessure. Malgré une mésaventure épouvantable à bord de la péniche où elle aura à agir en femme d’action, notre protagoniste subit plus qu’elle n’agit. J’avais l’impression que j’écoutais un film des années 90, où l’héroïne survit, seulement, grâce à l’homme. C’est un peu machiste, selon moi. Bon, la bande dessinée est sortie presque à la même époque, soit en 2002, ça correspond pas mal à la mentalité du temps.

Aussi, pourquoi, alors qu’elle est recherchée par les Allemands et la police française, conserve-t-elle son béret rouge sur la tête qui la rend visible comme la petite fille au manteau rouge dans Schindler’s List ?

Sensualité et regard d’auteur
Flight of the Raven est dessiné par un homme et j’aurais tendance à dire que ça parait. Jeanne est dessinée avec une sensualité constante, mais touchante, sans sombrer dans le vulgaire. Peut-être que notre auteur a un peu trop insisté pour nous montrer presque constamment ses jambes dans presque tous les angles. Il faut admettre que courir sur les toits pentus de Paris, vêtue d’une mini-jupe d’écolière, est propice aux acrobaties et suscite l’admiration pour nos prouesses d’équilibre, qui dépendent de nos jambes. Personnellement, je ne m’en plaindrai pas, surtout qu’avec l’édition de IDW, en fin d’ouvrage, on peut admirer presque une vingtaine de pages de croquis et autres aquarelles de Jeanne qui semble juste poser, parfois dans Paris, sous différentes garde-robes, pour notre plaisir de la regarder.

Bref, Le Vol du corbeau est un ouvrage superbe visuellement où tous les amoureux de Paris et amateurs d’aquarelles trouveront leur compte. Jeanne est superbe et nous offre une tendre vulnérabilité. L’histoire efficace, sans surprise, a peut-être un peu mal vieilli, mais c’est peut-être moi qui suis trop woke et pas assez boomer. J’aurais tendance à dire que Flight of the Raven est un poème, une fleur pour Paris.

Pour se procurer la bande dessinée, c’est ici.

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