
Vous retrouverez dans cet article deux critiques : la première par Pascal, testée sur Xbox Series, et la deuxième par Elden, testée sur PlayStation 5.
Avec Resident Evil Requiem, Capcom signe un épisode qui synthétise trente années d’expérimentations, d’excès et de réinventions. À la croisée du survival-horror pur et de l’action spectaculaire, cet opus parvient à trouver un équilibre que la série a longtemps cherché. Ni trop sobre, ni trop démesuré, Requiem embrasse pleinement la dualité qui définit la franchise.
Le résultat est une aventure dense, maîtrisée, parfois volontairement excessive, mais toujours animée par une sincérité émotionnelle inattendue. Sous ses fusillades et ses créatures grotesques, il raconte avant tout une histoire de perte, de culpabilité et de résilience.
Au centre de cette tragédie : deux protagonistes que tout oppose, réunis par un virus qui refuse de mourir.
Une narration croisée entre drame intime et apocalypse biologique
L’histoire s’articule autour de Grace Ashcroft, agente fédérale marquée par le meurtre brutal de sa mère. Lorsqu’une nouvelle enquête la conduit à retourner dans l’hôtel où le drame s’est produit, le passé refait surface avec violence. Ce lieu, autrefois simple décor d’un souvenir traumatique, devient le point de départ d’un engrenage infernal menant droit aux ruines de Raccoon City.
Face à elle se tient Leon S. Kennedy, vétéran des catastrophes biologiques. Pour lui, affronter des horreurs mutantes pourrait sembler routinier. Pourtant, cette fois, l’enjeu est personnel. Une infection inconnue le ronge lentement, instillant un sentiment d’urgence inédit. Là où Grace lutte contre ses démons intérieurs, Leon combat une menace tangible qui pourrait signer sa fin.
Lorsque leurs trajectoires se croisent, le récit prend une ampleur plus vaste. Il ne s’agit plus uniquement de survivre à des créatures grotesques, mais de comprendre qui orchestre ces événements et dans quel but. Une enfant devient la clé d’un mystère plus large, et sauver une vie pourrait signifier sauver le monde.
Le ton assume la théâtralité propre à la saga, mais il évite le piège de la caricature. L’écriture conserve une tension constante, alternant silences pesants et éclats d’action frénétique.

Raccoon City, théâtre d’un cauchemar renouvelé
Les environnements jouent un rôle central dans l’expérience. Du Rhodes Hill Care Center aux laboratoires cliniquement immaculés dissimulant des expériences interdites, chaque zone est pensée comme un labyrinthe oppressant. Les couloirs étroits imposent une prudence permanente ; les pièces plongées dans l’obscurité dissimulent des menaces imprévisibles.
Les énigmes rappellent l’ADN historique de la série : combinaisons d’objets, pierres précieuses à assembler, mécanismes complexes à décrypter. Cette familiarité pourrait paraître conservatrice, mais elle est ici exécutée avec une précision chirurgicale. Chaque puzzle ralentit volontairement le rythme, renforçant l’angoisse plutôt que de la dissiper.
La gestion des ressources redevient essentielle. Les munitions sont rares, les soins limités, et chaque affrontement impose un choix stratégique : faut-il affronter la menace ou l’éviter ? Économiser ses balles ou sécuriser la zone ? Cette tension permanente constitue l’essence même du survival-horror.

Une alternance rythmique exemplaire
Resident Evil Requiem brille par son découpage narratif. Les séquences incarnant Grace privilégient l’immersion et la vulnérabilité. La vue subjective amplifie la sensation d’isolement. Chaque bruit devient suspect, chaque ombre potentiellement fatale. On ressent physiquement la fragilité du personnage.
À l’inverse, les passages avec Leon adoptent une mise en scène plus explosive : courses-poursuites à moto, affrontements contre des boss titanesques, répliques ironiques lancées en pleine bataille. L’action atteint un niveau spectaculaire assumé. Pourtant, cette flamboyance ne déborde jamais au point de trahir l’atmosphère générale.
Cette alternance entre tension pure et action cathartique maintient un rythme parfaitement calibré. Lorsque l’oppression devient presque insoutenable, le jeu offre un exutoire. Lorsque l’action menace d’éclipser l’horreur, le récit resserre l’étau.

Une évolution subtile mais majeure des infectés
Le virus au cœur de Resident Evil Requiem introduit une mutation conceptuelle fascinante : les infectés conservent des fragments de mémoire. Ils ne sont plus de simples enveloppes vides animées par l’instinct. Certains manipulent encore des armes ; d’autres reproduisent mécaniquement des gestes appris de leur vivant.
Ce détail change profondément la dynamique des affrontements. Les ennemis semblent parfois agir avec une logique dérangeante. Ils patrouillent, interagissent avec leur environnement ou réagissent à des stimuli lumineux et sonores de manière plus crédible.
Au-delà du gameplay, cette évolution confère une dimension tragique aux combats. Chaque tir apparaît comme une forme de délivrance plutôt qu’un simple acte défensif. La frontière entre horreur et compassion devient plus floue.

Héritage, nostalgie et maturité
Le retour à Raccoon City pourrait être interprété comme un geste nostalgique. Pourtant, Requiem ne se contente pas d’exploiter le passé : il le confronte. Les ruines irradiées, les figures emblématiques évoquées, les traumatismes anciens servent de miroir aux protagonistes.
Pour Leon, c’est l’occasion de mesurer le chemin parcouru et les cicatrices laissées par les précédentes crises. Pour Grace, c’est une initiation brutale à un monde où l’innocence ne survit pas longtemps.
En somme, le jeu interroge ce qui fait l’identité de la saga : l’horreur viscérale, l’action décomplexée, les personnages charismatiques ou encore une mythologie volontairement excessive. Il démontre que c’est la coexistence de ces éléments qui forge son unicité.

Un gameplay affiné par l’expérience
Le système d’artisanat demeure fidèle aux fondamentaux : mélanger des herbes pour restaurer la santé, combiner des ressources pour fabriquer des munitions spécialisées ou des explosifs improvisés reste au cœur de la boucle de gameplay. Toutefois, l’ergonomie a été peaufinée, rendant les manipulations plus intuitives et rapides.
Les affrontements contre les boss constituent de véritables épreuves d’endurance et de stratégie. Chaque créature impose une lecture attentive de ses patterns et une exploitation méthodique de ses faiblesses. Rien n’est laissé au hasard.
La rejouabilité est encouragée par des modes supplémentaires, des défis chronométrés et des récompenses déblocables. Cette générosité post-campagne reflète la confiance des développeurs dans la solidité de leur proposition.

Verdict : l’équilibre enfin trouvé
Le terme « Requiem » n’est pas choisi au hasard. Il évoque un hommage aux victimes des catastrophes passées, mais aussi une renaissance artistique. Le jeu ne renie rien de l’héritage de la franchise : il le synthétise.
En conciliant horreur oppressante, action spectaculaire et profondeur émotionnelle, il atteint une maturité rare. Il prouve qu’après trois décennies, la série peut encore surprendre sans se trahir.
Pour beaucoup, Resident Evil Requiem pourrait bien représenter l’expression la plus aboutie de la vision de Capcom : un survival-horror moderne qui comprend enfin que la peur est plus efficace lorsqu’elle est profondément humaine.

La critique de Elden
Avec Resident Evil Requiem sur PlayStation 5, Capcom frappe extrêmement fort. Je savais que ce serait bon… mais pas à ce point-là. La barre vient tout simplement d’être placée à un niveau presque intouchable pour le survival horror moderne.
Deux personnages, deux visions du cauchemar
Le jeu repose sur deux protagonistes jouables, et c’est là que la magie opère.

Grace propose une expérience en vue à la première personne. Son approche est plus vulnérable, plus naïve, et surtout beaucoup plus angoissante. On ressent constamment la peur à travers son regard. Les environnements semblent plus étroits, les sons plus inquiétants, et chaque déplacement devient un risque. On retrouve ici l’ADN survival pur : gestion des ressources, tension constante, sentiment d’impuissance calculée.
De l’autre côté, Leon S. Kennedy est dans l’une de ses meilleures versions à ce jour, et il est jouable en vue troisième personne. Plus expérimenté, plus solide, il apporte un côté action et combat beaucoup plus assumé. Son gameplay est plus dynamique, plus agressif, sans jamais tomber dans l’excès arcade. La caméra en troisième personne donne une meilleure lecture des affrontements et renforce le côté spectaculaire des combats. C’est intense, maîtrisé, et extrêmement satisfaisant.
Le contraste entre la première personne avec Grace et la troisième personne avec Leon renouvelle constamment le rythme du jeu et évite toute monotonie.

Ambiance et histoire (sans spoiler)
L’ambiance est lourde, oppressante, mais aussi mystérieuse. On sent une volonté de revenir à une horreur plus psychologique, tout en conservant l’ampleur cinématographique des épisodes récents.
Les décors sont détaillés, crédibles, et dégagent une identité forte. Chaque lieu raconte quelque chose. L’histoire, sans rien divulgâcher, explore des thèmes plus sombres et intimes que ce à quoi on pourrait s’attendre. Il y a plusieurs moments surprenants qui réussissent à déstabiliser le joueur, et certaines séquences restent longtemps en tête.
Les surprises sont bien présentes, mais jamais gratuites. Elles servent toujours la narration ou l’évolution des personnages.

Réalisation et musique
Techniquement, sur PS5, c’est impressionnant. Les éclairages sont superbes, les textures fines, et les animations faciales donnent énormément de crédibilité aux scènes dramatiques.
La mise en scène est digne d’un grand film d’horreur. Les transitions entre gameplay et cinématiques sont fluides, et l’immersion est constante.
La bande sonore joue un rôle majeur. Elle sait se faire discrète pour laisser place au silence… puis frapper au bon moment pour amplifier la tension. Les compositions renforcent l’atmosphère pesante et contribuent énormément à l’expérience globale.

Conclusion
Resident Evil Requiem est une réussite totale. L’équilibre entre horreur pure et action maîtrisée est presque parfait. Le duo Grace en première personne et Leon en troisième personne fonctionne à merveille et apporte une vraie fraîcheur à la formule.
Pour les amateurs de survival horror, la barre est désormais extrêmement haute. Capcom vient peut-être de redéfinir les standards du genre.
Merci à Capcom pour la copie du jeu.


Pour se procurer le jeu, c’est ici.


Laisser un commentaire