Avec Send Help, sortie en salle le 30 janvier, Sam Raimi revient à un terrain de jeu plus resserré après l’ampleur de Doctor Strange in the Multiverse of Madness. Ici, pas de multivers ni d’effets numériques envahissants : seulement deux personnages, une île hostile et une escalade de tensions physiques et psychologiques. Le résultat est un thriller de survie nerveux, excessif et assumé, qui mise autant sur la brutalité que sur l’ironie.

Le film repose sur une prémisse efficace. Linda Liddle, employée ambitieuse mais socialement maladroite, travaille depuis des années pour obtenir une promotion. Son rêve professionnel est compromis lorsque Bradley Preston, héritier immature et agaçant, prend la direction de l’entreprise. Un déplacement d’affaires tourne au cauchemar lorsque leur avion s’écrase en pleine mer, les laissant seuls sur une île tropicale. Ce point de départ pourrait évoquer un survival classique, mais Raimi en fait rapidement un duel instable entre deux personnalités que tout oppose.

Performances et dynamique des personnages
La réussite de Send Help tient largement à l’interprétation de Rachel McAdams et Dylan O’Brien. McAdams incarne Linda avec une énergie d’abord contenue, presque effacée. Elle apparaît comme une employée trop enthousiaste, en quête d’acceptation. Pourtant, à mesure que la survie devient prioritaire, son personnage se transforme. Son langage corporel change, sa posture se redresse, son regard s’endurcit. Cette évolution progressive donne au film une tension constante.

O’Brien, à l’inverse, embrasse pleinement la suffisance et la lâcheté de Bradley. Il joue un dirigeant propulsé à un poste qu’il ne maîtrise pas, confronté pour la première fois à une situation où son statut ne lui sert à rien. Ce contraste initial entre les deux protagonistes est exploité intelligemment par le scénario, qui les rapproche progressivement vers une zone morale plus ambiguë. À plusieurs reprises, le film laisse planer le doute : vont-ils s’entraider, se trahir ou se détruire?

Mise en scène et séquences de survie
Raimi imprime sa signature dès la scène du crash aérien. Le montage est rapide, les plans sont calculés pour maximiser la tension, et chaque détail semble annoncer l’évolution future des personnages. Une fois sur l’île, le film alterne entre scènes de survie réalistes et séquences plus stylisées où la violence devient presque grotesque.

La chasse, les blessures et les confrontations physiques sont montrées sans retenue. Le sang et les fluides sont mis en avant avec une exagération volontaire, typique du réalisateur. Cette dimension gore contraste avec la finesse des échanges psychologiques entre Linda et Bradley. L’horreur physique et la manipulation émotionnelle avancent en parallèle, donnant au film une intensité particulière.

Thèmes et tonalité
Au-delà du survival, Send Help explore des thèmes liés au privilège, à la reconnaissance et à l’ambition. Linda voit dans cette catastrophe l’occasion de démontrer sa valeur. Bradley doit remettre en question l’image qu’il avait d’elle et, plus largement, la facilité avec laquelle il a toujours progressé dans la vie. Cette dimension satirique enrichit le récit sans jamais ralentir l’action.

Le scénario insiste parfois sur des éléments déjà bien établis, ce qui peut donner une impression de répétition dans la seconde moitié. La musique de Danny Elfman soutient efficacement les moments clés, mais demeure relativement discrète comparée à l’intensité visuelle du film.

Verdict
Send Help est un thriller de survie énergique, porté par deux performances solides et une mise en scène assumée. Sam Raimi s’amuse à confronter ses personnages à des situations extrêmes, tout en injectant une dose d’humour noir et d’exagération visuelle. Le film ne cherche pas la subtilité absolue, mais il offre une expérience cohérente, tendue et divertissante.

Pour les amateurs de survival thrillers nerveux et de confrontations psychologiques intenses, Send Help représente une proposition efficace et distinctive dans le paysage cinématographique de 2026.

Pour visionner le film, c’est ici.

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