
Une correspondance sur le racisme
Cet échange épistolaire entre deux Québécois qui ont grandi à l’extérieur du pays nous raconte leurs expériences vécues, ainsi que la multitude de suggestions de remèdes pour amadouer le fléau du racisme. Monsieur St-Éloi, poète, écrivain et essayiste, a grandi en Haïti; Mme El-Ghadban, romancière et anthropologue, a grandi en Palestine. Ainsi armés de leurs bagages respectifs, ils discutent doucement, mais avec une bienveillance soutenue, de discrimination sous toutes ses formes et de son poids parfois invisible.
Le poids d’être porte-parole
M. St-Éloi nous raconte le poids qu’un homme de couleur doit porter à chaque fois qu’on lui demande si un commentaire ou une allégation sont racistes. Il a cette impression qu’il doit décider, être le représentant de tous les humains de couleurs et qu’il doit décider si tel mot ou telles paroles portent atteinte à lui et tous ceux qui ont une couleur de peau différente. Sans le racisme, on ne se poserait même pas la question.
Il nous raconte aussi, le racisme vécu entre Haïtiens. Ses premiers contacts avec la discrimination raciale et ses rapports avec l’autre. Sa venue au Québec, l’accueil qu’il a reçu et les préjugés qu’il a sentis. À quel point, la discrimination s’avère tenace et s’infiltre même dans l’esprit de nos relations les plus intimes! Il explique la vision des gens d’Haïti des hommes blancs, qui prend parfois une note péjorative, sauf pour les Québécois qui communiquent avec eux de manière plus humaine. Les Québécois sont vraiment des bons n****s. Il nuance en expliquant que le mot en « n » n’a pas la même signification pour eux que pour nous. C’est une fleur qu’il nous fait.
Exil et apprentissage
De son côté, Mme El-Ghadban nous raconte ses voyages lorsqu’elle était toute petite, avec sa famille, pour trouver un pays qu’ils pourraient appeler leur chez-soi. Le racisme sévit partout sur la planète, elle nous rappelle ses expériences. Sa vie sans passeport est difficile. Elle est une femme arabe. C’est parfois un poids supplémentaire dans son quotidien. Mais elle nous enseigne aussi son apprentissage du français, qui lui sert d’émancipation. Contrairement à M. St-Éloi, qui l’apprend à un très jeune âge qui le voit comme une forme de colonialisme.
Elle nous raconte sa relation avec le roman Autant en emporte le vent. Elle adore tout. Mais elle rêve surtout qu’on raconte l’histoire de la servante Mammy. Comment se raconterait l’histoire si on la décrivait à travers ses yeux ?
La littérature comme levier
Dans leur échange, nos deux auteurs font des références multiples à la littérature qui permet à l’un de se libérer des fers du racisme en citant ou nommant plusieurs ouvrages qui explorent de nombreuses facettes de la discrimination. Cet échange épistolaire enrichit de multiples façons son apport à la lutte contre le racisme. J’aime beaucoup trop ça.
Une urgence d’écrire
Encore une fois, Les racistes n’ont jamais vu la mer ouvre le dialogue sur l’ampleur d’hostilités violentes sur un groupe d’humains. Un bel ouvrage raconté avec une certaine forme de poésie, par moment, et demeure très touchant. Partagé sans complexes, il peut parfois heurter, mais il fera surtout du bien. Les écrivains, qui ont fait l’expérience du racisme de première main, ressentaient une urgence à écrire sur ce sujet au moment de la publication. C’était suite à la mort de George Floyd aux États-Unis et Joyce Echaquan à Joliette qu’ils ont décidé de prendre la plume afin de créer ce livre nécessaire. Un bel outil enrichissant pour en connaitre plus sur la discrimination.

Pour se procurer le roman, c’est ici.


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