Quand les lames se rapprochent du cœur du conflit
Ici Coffee&Keep, et aujourd’hui on replonge dans le Japon ravagé de Samurai Deeper Kyo pour poursuivre cette redécouverte d’un shōnen de sabre qui n’a jamais vraiment quitté la mémoire des lecteurs. Après deux tomes qui ont remis l’univers d’Akimine Kamijyo sous les projecteurs, il est temps d’ouvrir le Tome 3 et de voir si la montée en puissance amorcée continue d’aiguiser son tranchant… ou si la lame commence déjà à montrer ses limites.

Publié le 14 octobre 2025 chez Kana, ce troisième volume de 384 pages proposé au prix de 17,95 $ poursuit la réédition d’un classique des années 2000 avec une ambition claire : permettre à une nouvelle génération de lecteurs — et aux nostalgiques — de redécouvrir une œuvre qui n’a jamais fait dans la demi-mesure. Entre combats surnaturels, tensions héritées de Sekigahara et personnages aux motivations de plus en plus troubles, ce nouveau chapitre promet d’enfoncer encore un peu plus le sabre dans le mythe.

Mise a niveau pour les lecteurs
Yuya, chasseuse de primes, croise la route de Kyoshiro Mibu, un marchand au tempérament doux qui semble souffrir d’un dédoublement de personnalité. En réalité, son corps abrite Kyo aux yeux de démon, un guerrier redouté dont la tête est mise à prix.

Décidée à suivre ce duo dans l’espoir d’empocher un jour la prime de Kyo et Kyoshiro, Yuya se retrouve entraînée dans une série d’affrontements contre des adversaires toujours plus dangereux, mettant régulièrement leur survie en jeu. Au fil du voyage, ils rencontrent aussi deux nouveaux alliés : le mystérieux Tigre Rouge, dont le passé et la véritable identité restent soigneusement cachés, puis Yukimura Sanada.

Ce dernier semble connaître la vérité entourant Kyoshiro et Kyo, révélant progressivement que l’une des quêtes principales de Kyo est de retrouver son véritable corps… ainsi que l’ennemi juré qui lui est lié.

Le passé de Kyo se referme comme un piège
Dans ce quatrième tome, Kyo aux yeux de démon se retrouve confronté à des adversaires toujours plus redoutables, mais ce ne sont pas seulement les combats qui viennent ébranler sa route. Plusieurs révélations majeures l’obligent à adopter une certaine retenue, malgré son désir profond de retrouver sa juste place et de reprendre son titre de Plus Fort parmi les forts.

Au fil du récit, le groupe croise la route de figures liées au passé de Kyo, notamment les 12 Généraux Célestes ainsi que les Quatre Sacrés du Ciel, anciens compagnons et rivaux dont la présence vient raviver des tensions et des souvenirs enfouis. Ces rencontres renforcent l’impression que le passé de Kyo le rattrape peu à peu, resserrant l’étau autour de sa quête.

Lorsque l’emplacement du véritable corps de Kyo est enfin révélé, l’aventure prend un nouveau tournant. Déterminé à récupérer ce qui lui appartient, le groupe se met en route vers la forêt de Gaokigahara, l’immense étendue boisée au pied du mont Fuji. Mais cette progression ne se fera pas sans opposition : de nouveaux ennemis émergent, bien décidés à entraver leur chemin.

À l’entrée de la forêt, les paroles du Tigre Rouge résonnent comme un avertissement : l’endroit est désormais bien plus dangereux qu’il ne l’était quatre ans plus tôt. Dans cet environnement hostile et chargé de mystère, Kyo devra affronter des adversaires farouches pour espérer récupérer son corps et reprendre la place qui lui revient. Mais une question persiste : dans cette quête dominée par la puissance et l’honneur, trouvera-t-il encore une raison de protéger Yuya et ceux qui marchent à ses côtés ?

Une montée en puissance savamment calculée
Dans ce quatrième tome, j’ai senti que le scénario prenait réellement son envol. L’histoire devient de plus en plus prenante, avançant avec un rythme qui semble soigneusement calculé. Chaque révélation arrive au bon moment, sans jamais trop en dire, ce qui m’a donné l’impression de m’enfoncer graduellement dans le passé de Kyo et de Kyoshiro. On n’obtient jamais toutes les réponses immédiatement, mais juste assez pour attiser la curiosité et donner envie de tourner les pages.

J’ai aussi trouvé que l’univers continuait de se solidifier de manière très convaincante. On ressent un équilibre intéressant entre le Japon historique de l’époque et le côté plus surnaturel des combattants. Cette dualité fonctionne bien à mes yeux, car elle donne l’impression que les affrontements ne se déroulent pas dans un simple décor fictif, mais dans un monde vivant, avec ses tensions politiques, ses rivalités et ses traces du passé encore bien présentes.

Un élément qui m’a particulièrement marqué concerne les cliffhangers. Avec le format Star Edition et le nombre plus élevé de chapitres, ils sont très fréquents. Par moments, j’ai ressenti une légère répétition entre la fin d’un chapitre et le début du suivant, comme si la même scène revenait sous nos yeux. Mais ce qui m’a surpris, c’est que cette répétition sert souvent à montrer la scène sous un angle différent. Ce changement de perspective vient ajouter du poids à ce qui vient de se produire, comme si l’auteur insistait volontairement pour que l’on ressente pleinement l’impact du moment.

Au final, cette approche m’a donné l’impression d’un récit qui prend le temps de construire ses tensions plutôt que de simplement enchaîner les combats. Et c’est précisément ce qui rend la lecture aussi engageante à ce stade de l’histoire.

Quand les alliances deviennent aussi dangereuses que les ennemis
Du côté des personnages, ce tome m’a particulièrement marqué par la place que prennent Yukimura Sanada et Izumo no Okuni dans l’évolution du groupe, mais aussi par la dynamique toujours plus intéressante entre Yuya, Kyo et Kyoshiro.

La relation entre Yuya et le duo Kyoshiro–Kyo continue d’évoluer de manière subtile. Au départ, Yuya voyait Kyoshiro comme un menteur, même s’il restait plus facile à approcher et à côtoyer au quotidien. Sa personnalité plus douce et son côté maladroit rendaient les échanges plus simples, presque rassurants. Pourtant, avec le temps, c’est envers Kyo qu’elle développe une forme de respect plus profond. Malgré sa brutalité et son tempérament difficile, Kyo ne lui a jamais menti. Cette franchise, combinée à sa force et à son objectif clair, le rend paradoxalement plus fiable aux yeux de Yuya. Elle apprend peu à peu à comprendre sa logique, même lorsqu’il se proclame le plus fort et traite ceux qui l’entourent comme de simples larbins. Cette tension constante entre méfiance, respect et fascination donne une saveur particulière à leurs interactions.

L’introduction plus marquée de Yukimura Sanada apporte une nouvelle énergie au récit. Samurai de la célèbre famille Sanada, il nourrit une ambition claire : obtenir la tête d’Ieyasu. Stratège redoutable et épéiste d’un niveau comparable à celui de Kyo, il s’impose rapidement comme une figure majeure. En tant que leader des Dix Braves de Sanada, il incarne une menace sérieuse, mais aussi un personnage étonnamment excentrique. Sa capacité à se faire passer pour une femme et son comportement parfois théâtral ajoutent une touche d’imprévisibilité qui contraste avec son intelligence tactique. C’est un personnage qui dégage autant de charisme que de danger, et dont la présence élargit considérablement l’ampleur des enjeux.

Izumo no Okuni, de son côté, demeure l’une des figures les plus mystérieuses de la série. Informante insaisissable, elle apparaît toujours là où on ne l’attend pas, oscillant constamment entre alliée potentielle et menace voilée. Son tempérament sensuel, son goût pour la manipulation — au sens propre comme figuré, puisqu’elle manie des cordes avec une aisance troublante — et sa connaissance presque inquiétante des secrets de chacun renforcent son aura énigmatique. Elle semble notamment détenir des informations sensibles sur le Tigre Rouge, ce qui ajoute une couche supplémentaire de tension. Son attirance pour Kyo, mêlée à une fascination dérangeante pour la force brute et la domination, la rend imprévisible, presque dérangée par moments. Elle aime voir les forts écraser les faibles, et cette vision du monde la place dans une zone grise fascinante.

Avec ces personnages, le récit gagne en complexité. Les relations se densifient, les intentions deviennent plus floues, et l’on sent que chaque rencontre a le potentiel de basculer à tout moment, autant vers l’alliance que vers l’affrontement.

Quand la légende commence réellement à se dévoiler
Pour mon appréciation personnelle, ce quatrième tome m’a laissé une impression globalement très positive, surtout en ce qui concerne le développement des personnages et la manière dont les révélations sont amenées. J’ai particulièrement aimé la façon dont l’histoire devient de plus en plus sombre depuis la disparition de Kyoshiro du devant de la scène. Même s’il est toujours présent, endormi dans le corps que Kyo occupe désormais, son absence active crée un vide qui change la dynamique du récit et accentue l’atmosphère plus lourde qui s’installe.

Les révélations, justement, sont l’un des points forts de ce volume. Elles arrivent à des moments très précis, donnant l’impression que tout est calculé avec soin. Rien ne semble laissé au hasard. Chaque information vient s’imbriquer dans le récit au bon moment, renforçant l’intérêt sans jamais donner l’impression d’un déballage trop rapide. On sent une maîtrise du rythme qui permet de garder le lecteur engagé, tout en construisant progressivement une toile narrative plus dense et plus intrigante.

Ce qui m’a moins accroché concerne une certaine redondance dans la structure des combats. On retrouve souvent un schéma similaire : un adversaire est présenté comme particulièrement puissant, puis Kyo intervient et l’affrontement se conclut rapidement. Même si je comprends que cela sert à rappeler constamment que Kyo est — ou fut — le plus fort, cette répétition peut donner une impression de prévisibilité. Les affrontements restent visuellement intéressants, mais leur issue semble parfois trop évidente, ce qui enlève un peu de tension à certains moments.

Malgré cela, j’ai été surpris à plusieurs reprises par le timing de certaines révélations. Certaines arrivent sans que je m’y attende, ce qui démontre une belle habileté d’écriture. L’auteur parvient à dévoiler des éléments importants sans laisser de traces évidentes au préalable, évitant les révélations trop téléphonées. Cela donne au récit une capacité à surprendre qui maintient l’attention même lorsque la structure des combats devient plus familière.

Verdict final : un tome qui plonge encore plus profondément dans l’ombre de sa propre légende et confirme que la quête de Kyo ne fait que commencer à révéler ses véritables enjeux.

Merci à La Boite de Diffusion pour la copie du livre.

Pour se procurer le manga, c’est ici.

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