Un univers de personnages complètement disjonctés… et c’est précisément ce qui le rend irrésistible
Salut à tous, ici Coffee&Keep.
Personnellement, il y a des mangas qui me divertissent… et d’autres qui me happent complètement. Depuis ses débuts, Dead Account fait clairement partie de la seconde catégorie. La série s’est construite autour d’une galerie de personnages complètement disjonctés, imprévisibles, parfois dérangeants, mais toujours fascinants. Et c’est précisément cette folie assumée qui rend ce manga aussi attrayant à mes yeux. À chaque nouveau volume, je replonge dans cet univers où les émotions humaines, décuplées par le numérique, deviennent imprévisibles, violentes… et terriblement captivantes.

Avec ce quatrième volume, la série poursuit son ascension en consolidant son identité : celle d’un shōnen moderne qui ne craint pas l’excès, ni dans ses personnages, ni dans ses enjeux. Là où certaines œuvres tentent de contenir leur chaos, Dead Account l’utilise comme moteur narratif, transformant chaque interaction en moment potentiellement imprévisible.

Édité par KUROKAWA, dans la collection Dead Account, ce quatrième tome — paru le 9 janvier 2026 — propose 192 pages d’une intensité fidèle à la série. Un volume qui s’inscrit dans la continuité directe des précédents tout en annonçant une montée en puissance qui ne laisse aucun répit.

Et si les tomes précédents nous avaient préparés à l’étrangeté de cet univers, celui-ci semble bien décidé à nous rappeler que, dans Dead Account, la normalité n’a jamais vraiment eu sa place.

Synopsis – Un chaos qui marque un tournant dans l’académie
Depuis la mort de sa sœur, Sôji Enishiro a intégré une académie d’exorcistes numériques après l’éveil d’un pouvoir aussi rare qu’inquiétant — une flamme digitale semblable à celle des redoutables Ghost Accounts, des entités nées de défunts revenus hanter les vivants. Méfié par une partie de ses pairs, il poursuit néanmoins son apprentissage entouré de ses camarades de la classe 1-B, bien décidé à maîtriser cette puissance qui le rapproche dangereusement de ceux qu’il doit combattre.

Alors qu’un tournoi oppose les classes 1-A et 1-B pour sélectionner les élèves capables de participer à la traque de K, le Mélancolique — le plus dangereux des Ghost Accounts — la tension atteint son paroxysme.

C’est au cœur de cette épreuve qu’un élève de la classe 1-A bascule soudainement… et devient lui-même un Ghost Account.

Tome 4
Alors que le tournoi des premières années touche à sa fin, tous les élèves ont déjà épuisé l’essentiel de leur énergie digitale. Tous… sauf Sôji Enishiro. Lorsque la présence d’un Ghost Account se manifeste soudainement, les participants encore sur le terrain se retrouvent en réel danger, incapables de se défendre après avoir tout donné durant l’épreuve.

Sôji, seul encore en état de combattre, part à la rencontre du dernier membre actif de la classe 1-A. C’est à ce moment qu’il se retrouve face à l’entité responsable du chaos. Forcé d’utiliser ce qu’il lui reste de puissance, il engage un affrontement aussi risqué qu’épuisant contre un adversaire particulièrement coriace. Au moment critique, l’intervention inattendue d’un camarade de la classe 1-B viendra bouleverser l’issue du combat et permettre au tournoi de finalement prendre fin.

De retour à l’Académie des Exorcistes, le calme ne dure pas. Les élèves de première année font la rencontre de certains membres du deuxième niveau, découvrant progressivement l’ampleur des enjeux entourant K, le Mélancolique et ses véritables intentions. Rapidement, une nouvelle dynamique se met en place : les niveaux 1 et 2 devront collaborer pour affronter des Ghost Accounts toujours plus puissants.

C’est au cœur d’une ambiance bien différente, lors d’une foire festive, que Sôji se retrouve à nouveau plongé dans l’action… et qu’une nouvelle cible de mission commence à se dessiner.

Personnages — Entre révélations et esprits instables
Si Dead Account fonctionne aussi bien, c’est avant tout grâce à sa galerie de personnages profondément instables, mais étonnamment attachants. Et dans ce quatrième tome, certains d’entre eux se démarquent particulièrement, autant par leurs pouvoirs que par leurs personnalités.

Impossible de ne pas commencer par Enishiro Akari. Issu d’un milieu lié aux Exorcistes, il a grandi au cœur de cet univers avant de tenter de s’en éloigner. Ami d’enfance de Hasumi Renri, les deux ont choisi de fuir ce destin imposé pour finalement se retrouver inscrits ensemble à l’académie. Aujourd’hui délégué de classe, Akari incarne une dualité intéressante : celle d’un jeune homme qui voulait échapper à ce monde, mais qui finit par y jouer un rôle central. Son sens des responsabilités et sa manière d’observer les événements apportent une stabilité surprenante au milieu du chaos ambiant.

À ses côtés, Hasumi Renri continue de surprendre. Resté longtemps discret quant à la nature de ses capacités, il dévoile enfin un pouvoir singulier lui permettant de déplacer et de connecter des éléments dans un certain rayon. Une aptitude aussi stratégique qu’inhabituelle, qui reflète bien sa personnalité posée et réfléchie. Son habitude de photographier les gens afin de ne jamais oublier les visages qu’il croise ajoute une dimension touchante à ce personnage calme, presque nostalgique, qui semble vouloir préserver chaque souvenir comme un ancrage dans un monde instable.

Puis vient Kusaba Eru, probablement l’une des figures les plus troublantes du tome. Véritable fanatique de l’amour, elle se laisse emporter par ses obsessions sentimentales au point de pousser ceux dont elle s’éprend à dépasser leurs limites avant de s’en lasser. Sa capacité lui permet alors d’exploiter ces pouvoirs à 120 % de leur potentiel initial et de les utiliser elle-même. Une mécanique aussi dérangeante qu’efficace, qui renforce l’idée que dans Dead Account, les émotions sont des armes capables de devenir aussi dangereuses que n’importe quelle attaque physique.

Et enfin, Surugi Dei. Difficile de faire plus imprévisible. Véritable incarnation du chaos, ce combattant lié au feu ne vit que pour l’intensité des affrontements et la montée des émotions. Qu’on l’admire ou qu’on le déteste lui importe peu : tout ce qu’il recherche, ce sont des réactions fortes. Derrière cette folie apparente se cache pourtant une intelligence sociale aiguisée. Surugi sait exactement comment provoquer, manipuler et déclencher des réponses chez ses interlocuteurs. Il ne combat pas seulement avec son pouvoir, mais avec la psychologie de ceux qui l’entourent.

À travers ces figures, Dead Account confirme encore une fois que sa plus grande force réside dans ses personnages : excessifs, instables, parfois dérangeants… mais toujours mémorables.

Scénario et univers — Une base familière, une approche actuelle
Le scénario de Dead Account reste marquant, même s’il s’inscrit dans une thématique déjà bien présente dans plusieurs mangas populaires récents : le monde des exorcistes et des entités surnaturelles. Pourtant, la série réussit à se démarquer en ancrant son récit dans une réalité contemporaine très reconnaissable. Ici, les réseaux sociaux ne sont pas qu’un simple décor narratif, mais un véritable pont entre les vivants et les traces qu’ils laissent derrière eux.

Chaque publication, chaque souvenir numérique, chaque émotion partagée devient une empreinte persistante. Ce sont justement ces traces qui finissent par s’imprégner d’une forme d’âme, donnant naissance aux Ghost Accounts : des entités à la fois yokai et fantomatiques, profondément liées au numérique. Invisibles pour la majorité, mais bien réelles pour ceux capables de les percevoir, elles incarnent une version moderne du surnaturel. Cette idée d’un monde où le virtuel conserve l’écho des émotions humaines apporte une dimension particulièrement actuelle au récit et renforce l’identité propre de la série.

Style visuel — Entre richesse artistique et surcharge
Sur le plan visuel, le travail de l’artiste demeure impressionnant par son niveau de détail et l’effort évident investi dans chaque planche. Les compositions sont riches, les expressions marquées et l’action possède un véritable dynamisme. On sent une volonté claire de rendre chaque scène dense et vivante.

Cependant, cette richesse visuelle devient parfois une faiblesse. À certains moments, l’abondance de détails rend la lecture plus exigeante qu’elle ne devrait l’être. Dans un médium en noir et blanc, où la lisibilité repose énormément sur le contraste et la clarté des formes, l’accumulation d’éléments visuels finit par brouiller l’ensemble. Il arrive que certaines cases demandent un effort supplémentaire pour bien comprendre ce qui est représenté, obligeant le lecteur à ralentir pour décortiquer l’image.

Tout est indéniablement bien dessiné, mais cette densité peut parfois nuire à la fluidité de lecture. Là où certaines scènes gagnent en impact grâce à leur richesse graphique, d’autres auraient bénéficié d’un peu plus d’espace et de simplicité pour laisser respirer l’action. Malgré cela, l’identité visuelle de Dead Account reste forte et reconnaissable, contribuant à l’atmosphère unique de la série.

Appréciation personnelle — Une folie maîtrisée qui mérite l’attention
Au final, ce quatrième tome de Dead Account confirme pour moi ce qui rend cette série aussi particulière : ses personnages. Ce sont eux qui portent véritablement l’histoire. Leur instabilité, leurs obsessions, leurs réactions parfois extrêmes viennent constamment chercher des émotions très primaires chez le lecteur. On oscille entre malaise, amusement, tension et empathie dans un contexte moral souvent ambigu, où la frontière entre alliés et menaces demeure mince. C’est précisément cette incertitude émotionnelle qui rend la lecture aussi engageante.

Même si le thème des exorcistes et des entités surnaturelles reste familier dans le paysage actuel du manga, Dead Account parvient à conserver sa propre identité. Il serait facile de tracer un parallèle avec Jujutsu Kaisen, notamment dans l’utilisation d’un univers imprégné de yokai, d’exorcistes et de pouvoirs liés aux émotions humaines. Mais là où cette comparaison s’arrête rapidement, c’est dans la manière dont Dead Account exploite le numérique et les traces émotionnelles laissées en ligne pour construire ses antagonistes et ses enjeux. La série ne cherche pas à imiter, mais à exister dans le même espace thématique avec sa propre approche.

Un autre élément intéressant à souligner est l’arrivée récente de l’adaptation animée. Au moment d’écrire ces lignes, quatre épisodes sont déjà disponibles sur Crunchyroll, offrant une nouvelle porte d’entrée pour ceux qui souhaitent découvrir l’univers autrement que par le manga.

Dans l’ensemble, Dead Account Tome 4 poursuit sur une lancée solide. Malgré quelques lourdeurs visuelles par moments, l’intensité des personnages, l’ambiance instable et l’évolution constante de l’univers maintiennent l’intérêt du début à la fin. Ce n’est peut-être pas encore un incontournable absolu du shōnen moderne, mais c’est une série qui affirme de plus en plus sa voix et qui mérite clairement qu’on s’y attarde.

Merci à Interforum pour la copie du livre.

Pour se procurer le manga, c’est ici.

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