Tom Clancy’s The Division : un Manhattan sublime, mais trop figé
Tom Clancy’s The Division avait tout pour devenir une référence du jeu de tir en monde ouvert mêlé à des mécaniques RPG. Un cadre fort, une ambiance post-crise crédible et un gameplay tactique prometteur. Pourtant, après de nombreuses heures passées dans les rues enneigées de Manhattan, le constat est plus nuancé : derrière son vernis spectaculaire, le jeu de Massive Entertainment peine à maintenir l’engagement sur la durée.

Un début accrocheur dans un New York méconnaissable
Dès les premières heures, The Division impressionne, il n’y a aucun doute. Sa reconstitution de Manhattan frappée par une pandémie est à la fois crédible et saisissante. Les quartiers iconiques de New York, plongés dans un hiver glacial, racontent une histoire à travers leurs décors : barricades de fortune, mémoriaux improvisés, rues désertes baignées d’un silence pesant. Rarement un monde ouvert n’aura aussi bien su transmettre un sentiment de catastrophe récente.

Cette direction artistique joue beaucoup sur l’émotion. Les détails visuels, la lumière hivernale et les traces laissées par l’effondrement de la société donnent à la ville une vraie personnalité. Manhattan devient presque le personnage principal du jeu, bien plus marquant que la plupart des agents que l’on croise.

Un monde ouvert magnifique… mais étonnamment vide
Malheureusement, cette ville aussi réussie visuellement souffre d’un problème majeur : elle manque cruellement de vie. Malgré l’ampleur du terrain de jeu, les événements dynamiques sont rares, voire inexistants. Les longues phases de déplacement se font souvent sans surprise, ponctuées de quelques affrontements prévisibles contre des groupes d’ennemis peu variés.

Les affrontements entre factions ou forces alliées donnent l’illusion d’un monde en mouvement, mais ils sont presque toujours scriptés. Une fois l’événement terminé, plus rien ne se passe. Il n’y a aucune raison tangible de revisiter une zone nettoyée, hormis pour récupérer des objets secondaires sans réel intérêt. L’exploration, pourtant au cœur des mondes ouverts réussis, devient ici mécanique et peu gratifiante.

Un gunplay solide, mais plombé par le syndrome de l’éponge à balles
Sur le plan du gameplay, The Division propose un système de tir efficace, sans être révolutionnaire. Les armes ont un comportement distinct, le recul est crédible et l’utilisation des couvertures est essentielle à la survie. La coopération prend alors tout son sens, notamment lorsqu’on  coordonne suppression, contournement et usage des compétences.

Cependant, cet aspect tactique est régulièrement mis à mal par des ennemis anormalement résistants. Voir un adversaire encaisser des chargeurs entiers casse l’immersion et entre en conflit direct avec l’esthétique réaliste du jeu. Cette dissonance entre le réalisme visuel et les mécaniques RPG nuit à l’impact des combats, qui finissent par perdre de leur intensité.

Une progression RPG intéressante, mais inutilement fragmentée
La progression du personnage repose sur trois statistiques principales : puissance de feu, endurance et électronique. Le moindre changement d’équipement peut avoir un effet immédiat et perceptible sur l’efficacité en combat, ce qui rend le loot gratifiant à court terme.

Le problème vient de la structure globale du système de progression. L’expérience, l’équipement et les compétences évoluent via des activités distinctes, souvent déconnectées les unes des autres. Il est donc possible de se retrouver avec un personnage au niveau élevé, mais mal équipé, ou inversement. Cette fragmentation rend difficile l’évaluation réelle de sa puissance et entraîne parfois des situations frustrantes, où le jeu semble injustement punitif.

À cela s’ajoute une gestion de la base principale peu pratique, obligeant de nombreux allers-retours et temps de chargement pour débloquer des améliorations essentielles.

Les missions scénarisées : les meilleurs moments du jeu
Heureusement, The Division brille lors de ses missions principales. Plus intenses, mieux rythmées et plus exigeantes, elles exploitent pleinement les mécaniques de combat et de coopération. En équipe, l’utilisation combinée des compétences transforme ces séquences en véritables temps forts, où la tension est constante.

Ces missions donnent un aperçu de ce que le jeu aurait pu être s’il avait mieux intégré ces moments forts dans son monde ouvert. Le matchmaking et le voyage rapide permettent d’y accéder facilement, mais la nécessité de « grinder » entre chaque mission vient casser ce rythme.

La Dark Zone : le cœur battant de The Division
C’est paradoxalement dans la Dark Zone que The Division révèle tout son potentiel. Cette zone PvPvE introduit enfin de l’imprévisibilité, du danger et de véritables choix moraux. Chaque rencontre avec un autre joueur peut basculer entre entraide et trahison, créant une tension permanente.

Le système d’extraction de loot, combiné à la présence d’ennemis redoutables et de joueurs hostiles, génère des situations mémorables. La peur de perdre un équipement rare rend chaque décision cruciale, et chaque extraction réussie procure un réel sentiment d’accomplissement.

Toutefois, l’équilibrage actuel limite l’intérêt de jouer les renégats, les sanctions étant souvent trop dissuasives. Résultat : la Dark Zone n’exploite pas totalement son potentiel et reste trop isolée du reste du jeu.

Un endgame décevant
Une fois le niveau maximal atteint, le contenu endgame se révèle assez pauvre. Les activités proposées se résument principalement à refaire les mêmes missions avec des ennemis encore plus résistants. Sans nouveauté marquante ni véritable évolution du gameplay, la lassitude s’installe rapidement.

La Dark Zone reste alors le seul espace réellement stimulant, mais son impact limité sur la progression globale réduit sa portée sur le long terme.

Verdict
Tom Clancy’s The Division est un jeu rempli de contradictions. Il propose un univers exceptionnellement bien réalisé et des mécaniques de combat solides, mais échoue à insuffler une véritable vie à son monde ouvert. Ses meilleurs moments sont trop souvent enfermés derrière des systèmes contraignants ou des zones séparées.

Malgré ses défauts, le jeu reste capable d’offrir des instants mémorables, notamment en coopération et dans la Dark Zone. Mais à force de répétition et de manque de renouvellement, l’expérience finit par s’essouffler, laissant un goût d’inachevé.

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