
Punk, démons intérieurs et rêves brisés
Ce jeu vidéo indépendant de simulation musicale, imprégné d’un esprit punk rock et empreint d’une esthétique tirant ses racines des fanzines, nous plonge dans la peau de Gordy, une bassiste dans le début de la trentaine. Avec son groupe, Dead Pets, elle rêve de connaître le succès et la renommée. Alors que certains membres du groupe sont rattrapés par des réalités plus adultes, comme la parentalité, mettant en péril la survie du quatuor, Gordy voit son mode de vie rock and roll la rattraper de plein fouet.
Une lueur d’espoir apparaît lorsqu’un gérant d’expérience décide de prendre le groupe sous son aile afin de lui offrir plus de visibilité et de bâtir quelque chose de concret. Toutefois, des rumeurs circulent sur la nature humaine plutôt douteuse de ce mentor. Gordy devra apprendre à naviguer dans cette relation toxique, aussi bénéfique pour la carrière de Dead Pets qu’elle est dangereuse sur le plan personnel.

Trouver l’équilibre… ou tomber
Aux commandes de cette punk rock qui oublie trop souvent ses responsabilités, le joueur doit maintenir un fragile équilibre entre quatre pôles essentiels : le bien-être de Gordy, ses relations sociales, la puissance du groupe et son compte en banque. Chaque décision prise au fil du récit vient augmenter ou diminuer ces jauges. Lorsqu’une catégorie tombe trop bas, le jeu ne laisse parfois plus le choix au joueur. Il faudra alors prendre une décision par défaut, permettant d’avancer, mais pas nécessairement dans la direction souhaitée. Une mécanique simple, mais redoutablement efficace pour traduire la spirale dans laquelle s’enfonce Gordy.

Dialogues, zines et minijeux
Dead Pets repose essentiellement sur les dialogues et les choix narratifs. Le rythme est régulièrement soutenu par des illustrations plus abstraites, évoquant la psyché tourmentée de la protagoniste. Ces séquences artistiques renforcent l’immersion et rappellent constamment l’état mental fragile de Gordy. Le jeu est également ponctué de minijeux. L’un des principaux rappelle fortement Diner Dash, puisque Gordy gagne sa vie comme serveuse dans un restaurant de restauration rapide. S’ajoute à cela un jeu de rythme pour les répétitions et les performances du groupe. Chaque chanson est liée thématiquement aux événements narratifs récents, un détail que j’ai particulièrement apprécié.

Féminisme, toxicité et chute libre
Développé par Triple Topping et publié par Akupara Games, Dead Pets propose un récit touchant et percutant sur la force féminine face à la toxicité masculine dans l’industrie de la musique. La diversité des personnages et la richesse de leurs points de vue donnent au jeu une authenticité palpable. L’ensemble rappelle parfois BoJack Horseman, autant dans le style visuel que dans le parcours de cette antihéroïne qui multiplie les mauvaises décisions tout en restant profondément humaine. Le septième chapitre m’a particulièrement marqué : Gordy y affronte enfin ses démons, et je l’avoue, j’avais les yeux humides.

Des bogues qui cassent l’élan
Malheureusement, je n’ai pas pu terminer le huitième et dernier chapitre. Le jeu a tout simplement planté, effaçant ma sauvegarde. Impossible d’en créer une nouvelle : elles ne s’enregistraient plus. Pire encore, je ne pouvais plus lancer le jeu normalement via Steam. Après plusieurs tentatives infructueuses pour régler le problème, j’ai envoyé une capture d’écran de l’erreur à l’équipe de soutien. Une mise à jour est arrivée le lendemain, corrigeant visiblement les soucis techniques… sauf que ma sauvegarde était définitivement perdue. Une frustration immense, surtout après un tel investissement émotionnel.

Une œuvre nécessaire malgré ses failles
Dead Pets réussit un mélange puissant entre féminisme assumé et esprit punk anarchiste. L’esthétique fait penser à certains groupes locaux, comme Chârogne, tandis que la musique s’apparente plus aux styles de LesShirley ou de NOBRO. On sent une grande sensibilité et un réel souci de traiter avec respect des thèmes lourds et parfois tabous. À noter également la présence d’une scène d’agression sexuelle. Le jeu prend soin de prévenir le joueur et offre la possibilité de la passer, laissant chacun gérer sa propre sensibilité. Une approche responsable et bienvenue.

Une claque narrative imparfaite, mais essentielle
Dead Pets: A Punk Rock Slice of Life Sim est une œuvre bouleversante qui ne laisse pas indifférent. Les amateurs de punk rock, de récits intimes et de thématiques féministes y trouveront un jeu profondément marquant. L’aventure se complète en moins de dix heures et propose, semble-t-il, plusieurs fins possibles. J’ai adoré Dead Pets pour ses valeurs, son esthétique de fanzine et son propos courageux. En espérant que les correctifs récents aient définitivement réglé les problèmes techniques, car ce jeu mérite d’être vécu jusqu’au bout.
Merci à Akupara Games pour la copie du jeu.

Pour se procurer le jeu, c’est ici.


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