
Une tragédie poétique en apesanteur signée WIT Studio
Ici Coffee&Keeps. Aujourd’hui, on s’attarde à Bubble, un film d’animation sorti en 2022 sur Netflix qui a autant fasciné que dérouté. Loin des codes du divertissement grand public, le film propose une expérience avant tout sensorielle, où le mouvement, le silence et la contemplation prennent le pas sur les explications et les dialogues.
L’histoire se déroule dans un Tokyo ravagé par un phénomène inexpliqué ayant bouleversé les lois de la gravité. Dans cette ville devenue instable, des groupes de jeunes s’affrontent lors de courses de parkour spectaculaires, défiant la chute comme si elle faisait désormais partie de leur quotidien. Derrière cette prémisse visuelle impressionnante se cache pourtant une œuvre beaucoup plus fragile et introspective qu’elle n’y paraît.
Le titre Baburu évoque cette idée d’équilibre précaire : une bulle suspendue, belle mais éphémère, prête à éclater à tout moment. Une métaphore centrale qui résume parfaitement la proposition du film, laquelle cherche moins à expliquer qu’à faire ressentir. Bubble est une œuvre qui demande au spectateur d’accepter l’inconfort, le flou et le silence — une approche qui explique pourquoi elle divise autant.

Synopsis
Dans un Tokyo frappé par un phénomène inexpliqué, des bulles mystérieuses bouleversent la gravité et isolent la ville du reste du monde. Devenue un terrain d’expression pour des groupes de jeunes adeptes de parkour, la métropole suspendue sert de décor à des affrontements spectaculaires où le mouvement est roi.
Parmi eux, Hibiki, un coureur solitaire pour qui avancer est devenu un mode de survie. Son quotidien bascule avec l’arrivée d’une jeune fille énigmatique, dont la présence silencieuse agit comme un point d’équilibre autant pour lui que pour ce monde instable. À travers leur rencontre, Bubble explore la difficulté de communiquer, le besoin de connexion et la quête de sens, avançant davantage par sensations que par narration explicite.

Gen Urobuchi et la rencontre de visions qui élève Bubble
Si Bubble marque autant, c’est avant tout grâce à l’union de visions créatives fortes. Le scénario de Gen Urobuchi, déjà reconnu pour Puella Magi Madoka Magica, Fate/Zero et Psycho-Pass, s’inscrit ici dans la continuité de son œuvre : un récit qui refuse les réponses faciles et privilégie les silences, les zones d’ombre et les tensions émotionnelles.
Dans Bubble, cette approche s’exprime avec une justesse remarquable. Le film avance par sensations, laissant chaque échange et chaque pause nourrir une poésie narrative discrète mais persistante. Le spectateur est alors entraîné dans une véritable valse émotionnelle, portée par une tension maîtrisée, qui touche sans jamais submerger. Un équilibre délicat, où l’intensité dramatique reste toujours au service de l’émotion.

Takeshi Obata, quand l’image prend le relais des mots
Face à l’écriture introspective du film, le character design de Takeshi Obata ne se contente pas d’accompagner le récit : il lui donne une présence immédiate. Connu pour Death Note, Bakuman et Platinum End, Obata maîtrise l’art de faire exister l’émotion au premier regard. Un geste, une posture ou un silence figé suffisent à traduire ce que les mots laissent en suspens.
En dialogue direct avec l’approche de Gen Urobuchi, son trait donne corps à l’intangible. Là où le scénario suggère, Obata fait ressentir. Les personnages respirent, hésitent et s’ouvrent sous nos yeux, installant une fragilité palpable qui contraste avec la brutalité du monde à l’écran. Une approche visuelle qui transforme l’émotion suggérée par l’écriture en une expérience immédiate et profondément marquante.

WIT Studio, quand le mouvement devient langage
C’est avec le travail de WIT Studio que Bubble trouve sa pleine identité. Ici, l’animation ne se contente pas de donner vie aux personnages : elle devient un véritable langage. Chaque course, chaque chute et chaque suspension traduisent un état intérieur, là où les mots choisissent de se taire. Le corps devient vecteur d’émotion, et le mouvement, une forme de dialogue silencieux.
Déjà reconnu pour sa maîtrise d’environnements complexes dans des œuvres comme Attack on Titan ou Vivy: Fluorite Eye’s Song, le studio pousse ici son expertise encore plus loin. La gravité cesse d’être une contrainte pour devenir une matière narrative à part entière, façonnant le rythme et la respiration du film.
Cette compréhension fine du mouvement rend Bubble profondément singulier. Le film ne cherche jamais à impressionner gratuitement, mais à faire ressentir le vertige et l’instabilité de son monde, comme si le spectateur partageait lui-même chaque élan et chaque suspension. Une justesse rare, difficile à imaginer entre d’autres mains.

Hiroyuki Sawano, quand la musique devient respiration
La dimension émotionnelle de Bubble repose en grande partie sur la musique de Hiroyuki Sawano, compositeur majeur de l’animation japonaise moderne. Connu pour des œuvres comme Attack on Titan, 86, Re:CREATORS ou Kill la Kill, Sawano démontre ici une maîtrise plus retenue, plus aérienne, loin de ses envolées les plus spectaculaires.
Dans Bubble, sa musique n’impose jamais l’émotion : elle accompagne le mouvement, épouse la chute, soutient l’élan, puis se retire pour laisser place au silence lorsque le film l’exige. Cette discrétion maîtrisée fait de la bande sonore une véritable respiration, un fil invisible reliant l’écriture de Gen Urobuchi, l’expressivité visuelle de Takeshi Obata et l’animation physique de WIT Studio. Une contribution essentielle, qui confirme que Bubble ne se contente pas d’être beau à voir — il est aussi profondément habité à entendre.
Bubble : Une expérience personnelle
Après vous avoir présenté les différentes clés de lecture du film, ses intentions et ses forces d’un point de vue plus objectif, j’aimerais terminer sur ce que Bubble m’a fait ressentir, plus simplement, plus intimement. Pour être honnête, je n’avais jamais entendu parler du film avant son arrivée sur Netflix. À première vue, rien ne laissait croire qu’il s’agissait d’une œuvre qui retiendrait particulièrement mon attention. Et puis il y a eu la bande-annonce. La mise en avant de l’équipe créative, du studio, et surtout cette première impression sonore ont éveillé quelque chose. Un léger picotement d’excitation, presque instinctif. Ce à quoi je ne m’attendais pas, en revanche, c’était à l’impact que la bande sonore aurait tout au long du film, ni à la manière dont je me suis laissé happer par ses personnages, son univers et son atmosphère. Je me suis surpris à vouloir vivre cette expérience vertigineuse, à la fois euphorique et mélancolique, emblématique d’un monde post-apocalyptique suspendu entre la chute et l’élan. Bubble m’a littéralement agrippé du début à la fin. Impossible de décrocher les yeux de l’écran, tant le film m’a entraîné dans son mouvement. C’est précisément pour cette raison que je ressentais le besoin de vous partager cette découverte.

Verdict
Bubble est un film qui ne se consomme pas : il se ressent. Une œuvre atypique, parfois déroutante, qui refuse les explications faciles et mise sur la poésie du mouvement et du silence. Imparfait, assurément, mais porté par une sincérité et une sensibilité rares.
Un film qui s’adresse à celles et ceux prêts à ralentir, à accepter le flou et à se laisser porter par une émotion qui ne se verbalise pas toujours. Une proposition audacieuse qui rappelle que l’animation peut encore oser le silence.

Pour visionner le film, c’est ici.


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