Une plongée dans l’inconnu avec L’Indicible
Rebonjour à tous ! J’espère que vous avez apprécié ma première critique des Chefs-d’œuvre de Lovecraft avec L’Appel de Cthulhu et que vous en avez même commandé un exemplaire — attention, ces merveilles se vendent au prix de 34,95 $ canadiens, contrairement aux mangas habituels, mais chaque sou en vaut largement le coup. Si vous ne connaissez pas H. P. Lovecraft, je vous invite à lire ma première critique où je vous en parle plus en détail, mais sachez qu’il s’agit d’un des grands auteurs d’horreur cosmique et qu’il a grandement influencé, et même changé, le monde de la littérature. 

Ki-Oon nous revient ici avec une nouvelle adaptation signée Gou Tanabe : L’Indicible, publié en octobre 2025. Plutôt que de suivre un récit continu comme dans L’Appel de Cthulhu, cette fois nous découvrons un recueil de six nouvelles, dont trois sont reliées par le personnage de Randolph Carter, qui agit comme un alter ego de H. P. Lovecraft. À travers lui s’expriment les pensées et les peurs de l’inventeur de l’horreur cosmique ! On s’éloigne donc de la thématique du dieu monstrueux et surpuissant pour explorer les contrées du rêve, offrant une atmosphère plus onirique, mystérieuse et subtilement inquiétante… 

Nous découvrons ainsi les rêves les plus fous et les plus inimaginables de Carter et de ses ancêtres, tous guidés par une « clé d’argent » qui permet à son possesseur d’atteindre directement la contrée des rêves… pour ceux qui n’y parviennent pas en songe ! Seulement, l’étoile Polaris, qui guide le dormeur dans le monde des rêves, peut également l’y retenir prisonnier et lui faire perdre tout repère. Et, à vouloir poursuivre ses rêves au-delà du possible, l’on risque de perdre le sens de la réalité. Alors, mes chers lecteurs, êtes-vous prêts à vous enfoncer dans les contrées du Rêve pour un voyage sans retour ?

Plongez ainsi dans les six nouvelles de l’œuvre : Polaris (1918), Le Terrible Vieillard (1920), L’Étrange Maison haute dans la brume (1926), Le Témoignage de Randolph Carter (1919), L’Indicible (1923), La Clé d’argent (1926).

Quand la réalité et le rêve s’entrelacent
Dans L’Indicible, la thématique du rêve, du songe et de l’indicible est constamment présente, donnant au recueil une atmosphère à la fois mystérieuse et fascinante. Les traits et la mise en scène de Gou Tanabe, d’un froid somptueux, reflètent parfaitement l’univers de Lovecraft : chaque planche impose un sentiment de distance et d’étrangeté, comme si l’on se tenait à l’orée d’un monde qu’on ne peut pleinement comprendre. J’ai particulièrement apprécié cette sobriété maîtrisée, qui rend l’angoisse subtile mais omniprésente, et qui fait résonner l’inquiétante étrangeté propre aux récits de Lovecraft.

Cependant, je dois avouer que ce recueil n’est pas le plus marquant de ceux que j’ai lus : l’œuvre introduit un côté religieux qui reste superficiel et qui, personnellement, ne me parle pas vraiment, ce qui m’a parfois un peu perdu dans l’intérêt global des histoires. Pourtant, malgré cela, il est facile de s’y plonger, de se laisser emporter par les quêtes de sens des personnages, qu’ils poursuivent avec une intensité telle qu’elles finissent par ne faire aucun sens… et c’est justement là toute la beauté et l’art de ces récits. Cette capacité à nous immerger dans l’incompréhensible, à rendre fascinant ce qui échappe à la raison, est pour moi ce qui fait toute la force de L’Indicible.

Quand l’autobiographie rencontre l’horreur
Bien que ce ne soit pas l’œuvre la plus marquante, certaines nouvelles du recueil m’ont tout de même particulièrement frappé, car elles semblent profondément autobiographiques, donnant l’impression que Lovecraft, à travers Randolph Carter, se confie intimement. On a le sentiment de se retrouver à suivre ses pensées, ses craintes et même ses désirs les plus profonds, comme si nous étions plongés dans son esprit, témoins de ses réflexions les plus secrètes… À plusieurs reprises, j’ai même ressenti cette descente dans une folle introspection, un songe infini où la frontière entre réalité et rêve s’efface, et où l’angoisse surgit autant de l’extérieur que de l’intérieur du personnage.

Ce que j’ai trouvé absolument fascinant, c’est que cette dimension personnelle rend la lecture intensément immersive ! On ne se contente pas de suivre des événements, on partage l’expérience de Carter, on ressent ses interrogations, son vertige face à l’inconnu, et parfois même sa folie rampante. Et c’est là que réside toute la force de L’Indicible : la capacité de nous faire pénétrer dans un esprit tourmenté, où le songe devient réalité et où l’indicible prend une forme profondément humaine, inquiétante et irrésistiblement captivante.

Des illustrations qui captent l’indicible
À mon avis, ici, les illustrations de Gou Tanabe restent le point fort incontesté de cette œuvre ! Chaque planche est captivante, parvenant à traduire visuellement la thématique du songe avec une précision et une intensité qui m’ont profondément impressionné. Les mondes oniriques, les paysages et les créatures prennent vie tout en conservant ce sentiment étrange et intangible qui caractérise l’indicible : quelque chose que l’on devine, mais que l’on ne peut jamais saisir pleinement.

Ce que je trouve absolument fascinant, c’est que Tanabe réussit à nous faire tenter d’atteindre cet indicible, même si l’on sait qu’il nous échappe toujours. En parcourant ces pages, j’ai ressenti ce vertige particulier, cette envie irrésistible de plonger dans le songe, au risque même de me perdre comme les personnages de chaque nouvelle. Les illustrations ne sont pas seulement belles : elles sont un vecteur d’angoisse, de fascination et de contemplation, rendant notre expérience de lecture aussi immersive que troublante !

Un incontournable pour les amateurs de Lovecraft
Au final, L’Indicible reste un chef-d’œuvre à découvrir absolument pour tous les amateurs et les véritables Lovecraftiens de ce monde ! Même s’il n’est pas le plus marquant ni le plus terrifiant des récits de l’auteur, ce recueil offre une plongée fascinante dans l’univers des rêves, de l’indicible et de l’angoisse subtile. Chaque nouvelle, chaque page, nous entraîne dans un monde où la folie, le songe et l’inexplicable se mêlent, et cela suffit à en faire une lecture hautement captivante et mémorable.

Et, bien évidemment, Gou Tanabe continue ici de magnifiquement adapter les récits de Lovecraft, en préservant l’essence même de l’horreur cosmique et la tension qui traverse ses textes. Ses adaptations restent pour moi des œuvres qui marquent les générations, des ponts entre le texte original et le plaisir visuel de la bande dessinée. 

Alors, si vous êtes passionné par Lovecraft ou simplement curieux de découvrir ces mondes étranges et fascinants, L’Indicible est sans aucun doute un incontournable à lire et à ajouter à votre collection. Je vous souhaite donc une lecture terrifique et vous retrouve dans ma critique du prochain Chef-d’œuvre : Le Molosse !

Merci à Interforum pour la copie de ce manga.

Queen Kate 💜

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