Ulthar, là où tout commence… et s’arrête
Pour ma dernière critique des adaptations de Lovecraft par Gou Tanabe, je vous fais la critique de Les Chats d’Ulthar, publié en mars 2025 chez les éditions Ki-Oon. Personnellement, après l’Appel de Cthulhu, c’est ma préférée des quatre ! Bon, peut-être parce que l’on y aborde la thématique des chats, mais elle n’en reste pas moins l’une des œuvres de Lovecraft, et à mes yeux elles sont toutes excellentes — certaines plus que d’autres, mais toutes superbes. 

Cette fois encore, nous retrouvons plusieurs nouvelles fantastiques et surnaturelles, mais bien moins horrifiques que ce dont nous avons l’habitude avec Lovecraft ! Ce tome recueille trois histoires encore une fois moins connues de notre grand auteur, mais qui parviennent à nous divertir le temps d’une lecture. 

Céléphaïs : quand le songe brise la réalité
Dans cette première nouvelle, nous replongeons pleinement dans la thématique du rêve et du songe, si chère à Lovecraft. Nous suivons un homme brutalement arraché à cet ailleurs onirique, qui tente désespérément d’y retourner afin de sauver ses compagnons restés prisonniers de ce monde inaccessible. Mais très rapidement, le récit brouille les repères, au point où, comme lectrice, je me suis moi-même demandé où s’arrêtait la réalité et où commençait la fiction.

Au fil des pages, les frontières se dissolvent : le rêve semble parfois plus tangible que le monde éveillé, tandis que la réalité prend des allures de cauchemar. Est-on face à un véritable autre monde, ou à une lente plongée dans la folie ? Et surtout, jusqu’où peut-on aller pour poursuivre un rêve qui nous échappe, et à quel prix ? Cette nouvelle installe un malaise subtil et persistant, laissant cette impression troublante que certaines vérités ne devraient peut-être jamais être atteintes.

Et je dois dire que Gou Tanabe parvient avec une justesse remarquable à mettre en images cette sensation de rêve éveillé, où tout semble à la fois familier et profondément dérangeant. Son adaptation accentue ce malaise diffus, cette impression constante d’évoluer dans un entre-deux instable, renforçant admirablement la confusion et l’angoisse qui habitent le récit !

Les Chats d’Ulthar : des êtres protégés
Dans Les Chats d’Ulthar, Gou Tanabe adapte l’un des récits les plus singuliers de Lovecraft, presque fable en apparence, mais profondément cruel dans son fond. Nous découvrons une ville où les chats sont omniprésents… à l’exception d’une maison, celle d’un couple sinistre qui les déteste ouvertement. Leur aversion va bien au-delà du simple rejet : les félins qui s’aventurent près de leur demeure disparaissent mystérieusement, laissant planer un malaise de plus en plus pesant… Cette violence, sourde et révoltante, installe rapidement une atmosphère dérangeante, où l’injustice et la cruauté humaine deviennent les véritables monstres du récit.

L’équilibre de cette ville bascule avec l’arrivée d’un étranger accompagné d’un chat pas tout à fait comme les autres. À partir de cet instant, le destin du couple — et celui d’Ulthar elle-même — bascule irrémédiablement ! Sans jamais sombrer dans l’horreur gratuite, le récit se transforme en une vengeance presque mythique, offrant une forme de justice aussi troublante que satisfaisante. Pour les amateurs de chats, cette histoire a quelque chose de délicieusement jubilatoire, tout en conservant cette noirceur typiquement lovecraftienne qui rappelle que même les contes les plus simples peuvent dissimuler une cruauté profondément ancrée.

Les Autres Dieux : un ciel intouchable
Dans ce récit, Lovecraft nous entraîne aux côtés d’un homme animé par une ambition démesurée : atteindre les Dieux. Pour y parvenir, il entreprend l’ascension d’une montagne isolée, non loin de la ville, attiré par une demeure énigmatique perchée à son sommet. Cette maison, que l’on dit habitée depuis des centaines d’années, intrigue et inquiète tout à la fois. Nuit après nuit, des lumières s’y allument, preuve d’une présence persistante… pourtant, nul n’a jamais aperçu ceux qui y vivent. Ce mystère ancien agit comme un appel irrésistible, nourrissant la curiosité et l’obsession du personnage principal

Dans son adaptation, Gou Tanabe parvient admirablement à traduire cette montée vers l’interdit, donnant à l’ascension une dimension presque rituelle. Chaque étape rapproche le personnage d’une vérité qui semble dépasser l’entendement humain, renforçant ce sentiment de transgression si cher à Lovecraft. La quête du divin devient alors profondément troublante, où fascination et effroi se confondent. Sans jamais tout révéler, Tanabe conserve cette part d’inaccessible et d’indicible, rappelant avec force que certaines connaissances ne sont pas faites pour être atteintes… et que le prix à payer pourrait bien être la perte de soi !

Verdict : une œuvre fascinante, mais inégale
Pour moi, Les Chats d’Ulthar et les autres nouvelles de ce recueil restent une exploration fascinante de l’univers onirique et horrifique de Lovecraft, parfaitement mise en image par Gou Tanabe. Sa capacité à traduire le rêve, l’indicible et le malaise en planches captivantes est, une fois de plus, remarquable et profondément immersive ! Chaque récit, qu’il s’agisse de la vengeance des chats ou de la quête des Dieux, nous transporte dans des mondes où la réalité et le fantastique se confondent, et où l’horreur naît autant de l’invisible que de la psychologie des personnages.

Cela dit, je dois reconnaître que certaines nouvelles sont moins marquantes, parfois trop courtes ou moins profondes que d’autres classiques. L’intérêt varie selon les thématiques et la densité des histoires, mais cela n’enlève rien à l’excellence de l’adaptation ! Pour les amateurs de Lovecraft et les passionnés de manga horrifique, ce recueil reste un incontournable à lire et à posséder, offrant autant une immersion dans l’univers de l’auteur que le plaisir de découvrir sa vision unique à travers les yeux de Gou Tanabe.

C’est donc ainsi que se terminent mes critiques des adaptations en manga des œuvres de Lovecraft par Gou Tanabe. J’espère que vous avez apprécié ces lectures, ces découvertes — ou redécouvertes — de classiques incontournables. Pour ceux qui découvrent Lovecraft, je vous recommande de commencer par L’Appel de Cthulhu, afin que vous puissiez vous plonger pleinement dans cet univers fascinant. Quant aux véritables Lovecraftiens, sachez que chacune de ces œuvres constitue un ajout précieux à votre collection.

Je vous souhaite donc d’excellentes lectures, riches en frissons, en curiosité et en émerveillement, et je vous dis… à la prochaine pour de nouvelles explorations dans les mondes étranges et captivants de l’imaginaire !

Merci à Interforum pour la copie de ce manga.

Queen Kate 💜

Pour vous le procurer, c’est ici.

Auteur

Avatar de Queen Kate

Article écrit par

Laisser un commentaire