
Plongée dans un mystère à l’anglaise
Poursuivons notre plongée dans les chefs-d’œuvre de Lovecraft avec la prochaine adaptation de Gou Tanabe : Le Molosse, publiée par Ki-Oon en novembre 2022. Bien que ce soit le troisième que je critique, je dois avouer que c’est en réalité le premier des quatre que j’ai lus. Et, pour être honnête, c’est aussi celui que j’ai le moins apprécié… Attention, ce n’est pas qu’il soit mauvais en soi, mais il m’a moins touché émotionnellement. Ce n’est pas un manque de créatures monstrueuses ou de thèmes horrifiques, mais plutôt un certain manque de profondeur et d’attachement aux thématiques qui rendent les autres adaptations si fascinantes. Cela est peut-être dû au format de la nouvelle, qui est bien court et amène des incohérences, voire des événements mis en place trop rapidement, ou bien à un manque d’expérience de l’un des auteurs, qui sait ? Je suis donc heureuse, d’une certaine manière, d’avoir débuté avec ce titre, puisque mon appréciation pour ces Chefs-d’œuvre n’a fait qu’augmenter au fil de mes lectures !
Il s’agit ici d’un recueil de trois nouvelles : Le Temple (1920), Le Molosse (1922) et La Cité sans nom (1921). Des œuvres moins connues de Lovecraft, peut-être parce qu’il s’éloigne un peu du mythe de Cthulhu si bien popularisé. Pourtant, ces histoires restent tout de même très bien adaptées et mises en images par Gou Tanabe et s’ajoutent magnifiquement à ma collection de grands mangas en cuir des œuvres de Lovecraft!

Le Temple : une descente dans les profondeurs
Dans cette première nouvelle, des sous-mariniers — vraisemblablement allemands — font une découverte aussi troublante que macabre : la tête d’une étrange statuette, retrouvée sur le corps sans vie d’un homme attaché à leur navire. L’un des officiers décide de la conserver… et, dès lors, l’atmosphère bascule. Des événements de plus en plus inquiétants s’enchaînent, tandis que l’équipage semble lentement glisser vers une folie collective oppressante. Assiste-t-on à un simple délire né de l’isolement et de la peur, ou à l’irruption d’un cauchemar infiniment plus ancien et monstrueux que tout ce que l’on pourrait concevoir ?
Un récit qui semble aux premiers abords une simple histoire de mission pour des sous-mariniers vire rapidement au cauchemar ! L’ambiance est lourde et Gou Tanabe parvient à bien représenter cette idée de folie et de désespoir — et, à être coincée à bord d’un sous-marin qui pourrait ne jamais refaire surface… je serais tout aussi paniquée. Malheureusement, les événements s’enchaînent si rapidement que, soit on s’y perd, soit on se demande comment c’est possible… et la crédibilité est un élément clé pour amener un lecteur à sombrer avec les personnages lorsqu’on écrit un récit d’horreur comme celui-ci. L’idée est bonne, mais le rendu est légèrement bâclé.

Le Molosse : Une profanation interdite
Dans Le Molosse, on nous entraîne cette fois dans le sillage de deux pilleurs de tombes qui, en profanant un cadavre pour en récupérer une amulette, déclenchent une malédiction qui les dépasse complètement. Ce sacrilège, malheureusement courant à une certaine époque lorsqu’il s’agissait de mettre la main sur des objets de valeur, rend le point de départ du récit étonnamment crédible. Avant même l’intervention du surnaturel, j’ai réellement senti le poids de cette faute initiale, ce réalisme sordide qui ancre l’histoire dans quelque chose de tangible… ce qui rend l’irruption de l’esprit maléfique d’autant plus glaçante.
À mon sens, il s’agit clairement de la meilleure des trois nouvelles du recueil, et ce, non pas parce que le manga en porte le nom, mais grâce à une mise en scène de l’horreur bien plus maîtrisée. La montée en tension est progressive, efficace, et laisse enfin le temps au malaise de s’installer. Même si la thématique religieuse — pourtant contraire aux croyances proclamées de Lovecraft — revient encore une fois sans être réellement approfondie, elle fonctionne ici beaucoup mieux que dans les deux autres récits. Là où ces dernières m’ont paru trop courtes ou trop peu développées pour pleinement m’impliquer, Le Molosse parvient enfin à créer une ambiance horrifique et une véritable attente, rendant l’expérience nettement plus marquante.

La Cité sans nom
Dans cette dernière nouvelle, Lovecraft nous entraîne aux côtés d’un explorateur solitaire qui, au cœur du désert, aperçoit les vestiges de la mythique Cité sans nom. Poussé par une curiosité irrépressible, il décide d’y pénétrer, pleinement conscient des risques qu’il encourt. Très rapidement, ce qui devait être une simple exploration se transforme en une descente vertigineuse vers l’inconnu. Les découvertes qu’il y fait sont à la fois profondément troublantes et étrangement fascinantes, comme si chaque révélation venait fissurer un peu plus sa perception du réel.
Honnêtement, le récit est extrêmement court, mais il parvient tout de même à faire émerger un thème cher à Lovecraft : la curiosité érigée en véritable défaut, presque en péché. Ici, chercher à comprendre, à voir et à savoir devient une transgression, un pas de trop vers une vérité que l’esprit humain n’est tout simplement pas fait pour accueillir. J’ai trouvé cette idée particulièrement intéressante, même si j’aurais aimé que le récit prenne davantage le temps de s’installer. On en ressort avec cette sensation dérangeante que tout n’est pas destiné à être découvert, et que certaines portes, une fois franchies, ne devraient peut-être jamais l’avoir été !

Conclusion
La tension psychologique est indéniablement présente dans Le Molosse. Gou Tanabe parvient très efficacement à faire monter le malaise, laissant planer le doute constant entre hallucination collective et horreur bien réelle. Ses illustrations qui jouent avec le blanc et le noir sont remarquables et rendent toujours autant hommage aux œuvres de Lovecraft.
Cependant, malgré cette atmosphère réussie, je suis restée un peu en retrait émotionnellement. Là où d’autres récits de Lovecraft et de leurs adaptations creusent plus profondément les thèmes et les personnages, Le Molosse m’a semblé plus en surface. Le récit intrigue, dérange, mais ne s’ancre pas aussi durablement dans l’esprit.
Il me manquait ce sentiment d’attachement ou cette plongée vertigineuse qui serre véritablement les tripes — ce qui n’enlève rien à la qualité de l’adaptation, mais explique pourquoi cette œuvre me marque moins que les autres Chefs-d’œuvre adaptés par Gou Tanabe. Une lecture divertissante, mais, pour ma part, pas aussi poignante que les autres classiques de Lovecraft adaptés en manga. Je vous souhaite tout de même une belle lecture et de magnifiques découvertes horrifiques à travers ces œuvres, et vous donne rendez-vous pour ma dernière critique de Lovecraft pour aujourd’hui !

Merci à Interforum pour la copie de ce manga.

Queen Kate 💜
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