
Ce janvier, le directeur québécois Mathieu Denis revient avec son quatrième court-métrage, le drame social Gagne ton ciel, qui met en vedette l’acteur franco-algérien Samir Guesmi. J’ai pu assister à l’avant-première du film, puis à la période de questions auprès de l’équipe de tournage, incluant le coscénariste Alexandre Auger et l’acteur Vincent Leclerc. Aujourd’hui, je vais vous faire part de mes impressions sur le film, en prenant aussi en compte les commentaires de l’équipe derrière ce long-métrage.
Toujours vouloir plus
Nacer Belkacem, un père de famille de 50 ans, se retrouve dans le rouge à la suite de placements boursiers qui ont mal tourné. Dans le but de conserver la vie de rêve pour sa femme et ses enfants, il utilise tous les moyens à sa disposition pour gagner de l’argent rapidement, quitte à prendre des décisions insensées, irréfléchies, impulsives, et dangereuses…

Une histoire en deux actes
Durant la première partie du film, le drame et les commentaires sociaux sont mis à l’avant. On suit le personnage de Nacer, et on voit ce qui le pousse à agir comme il le fait, mais aussi l’injustice à son égard qui l’amène dans cette voie. Le film critique autant ses gestes que son environnement. Cela dit, la première moitié du film est un peu plus lente, et le jeu des acteurs ainsi que le scénario pourraient être peaufinés à certains moments.
Au milieu du film, l’histoire évolue d’un drame social à un film de suspense, et c’est là que le film prend de l’ampleur. Je vais m’en tenir à ce qui est révélé dans la bande-annonce, mais une mauvaise décision bouscule les événements, et plonge Nacer dans une situation tendue, au point que plusieurs spectateurs et moi étions cloués sur notre siège. Et si le début du film était un peu lent et classique, l’attente pour la deuxième partie en vaut la peine.

L’argent, un bon serviteur et un mauvais maître
Même si la prémisse est différente, le film aborde des thématiques semblables à Breaking Bad, The Wolf of Wall Street, Scarface, ou encore Roofman sorti il y a quelques mois. À savoir, jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour obtenir plus d’argent.
Avec le personnage de Nacer, on ressent son besoin de se sentir respecté par les autres parents, de vouloir acheter le bonheur de sa famille, de se sentir comme quelqu’un d’important, de remplir son rôle « d’homme qui pourvoit pour sa famille ». Mais en réduisant sa valeur qu’à un portefeuille géant, il perd ce qui le rend humain, et néglige les raisons pour lesquelles sa femme et ses enfants l’apprécient au départ. De plus, même quand il a des chances d’arrêter ou de retourner en arrière, Nacer s’enfonce plus profondément dans l’espoir de gagner plus.
L’histoire aborde aussi les problèmes d’une société capitaliste qui nous impose un rêve et des objectifs impossibles. On nous vendant que « n’importe qui peut être riche avec un peu d’efforts », en omettant le fait que la partie est truquée d’avance, que le club des nantis est un club exclusif, et que plusieurs barrières empêchent certaines personnes de partir à la même case départ (comme Nacer avec son âge et ses origines). Et même quand ils savent que les règles sont truquées, certaines personnes veulent quand même y jouer, et y paient le prix fort en contrepartie. Rajoutez la pression sociale qu’ont certains hommes à vouloir gagner plus pour « remplir leur rôle de pourvoyeur » quitte à vendre leurs âmes au passage, et vous comprenez tout de suite pourquoi Nacer a fait les choix qu’il a faits.

Un conte de nos jours
Durant la période de questions, j’ai demandé au directeur la signification du titre. En résumé, il disait que Nacer cherchait à gagner de l’argent (qui représente son « ciel », son idole), par tous les moyens (« Aide-toi, et le ciel t’aidera »), dans un parallèle qui n’est pas sans rappeler les indulgences catholiques lors de la Renaissance. Il voulait aussi mettre en valeur le multiculturalisme du Québec moderne. En effet, Nacer, d’origine franco-algérienne, célèbre la culture algérienne avec sa famille et ses proches, mais envoie ses enfants dans une académie catholique séculière, dont certains parents sont anglophones. De plus, le film alterne à plusieurs reprises entre le français, l’anglais et l’arabe.

Conclusion
Gagne ton ciel est un bon drame durant la première moitié, et un suspense captivant durant la deuxième. Explorant des thématiques familières dans un Québec contemporain, il nous fait réfléchir sur nos propres motivations dans la vie et la valeur qu’on attribue à l’argent. Si vous voulez voir un film nouveau et encourager le cinéma québécois, ce film est fait pour vous.
Merci à Coop Vidéo de Montréal et Maison 4:3 pour la projection en avant-première!



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