Vous le savez, cette année on ramène la chronique des films qui manquent d’amour. Si le film de la semaine passée ne fut pas un grand succès à mon opinion, cette semaine, on s’attaque à un monument du cinéma japonais: Akira.

Sorti en 1988 et réalisé par Katsuhiro Otomo, Akira est une adaptation, du moins en partie, du manga du même nom publié entre 1982 et 1990. Nous nous retrouvons à Neo Tokyo, une gigantesque mégalopole cyberpunk construite sur les ruines de l’ancienne Tokyo, ravagée par la Troisième Guerre Mondiale 31 ans plus tôt. C’est une ville violente et corrompue où règnent plusieurs gangs de jeunes à moto, dont nos protagonistes principaux: Kaneda et Tetsuo. Presque 40 ans après sa sortie, Akira conserve une puissance visuelle et thématique remarquable, capable de fasciner autant que de troubler.

Une mise en scène exceptionnelle
Dès ses premières minutes, le film impressionne par sa mise en scène et la richesse de son univers. La reconstitution de Neo Tokyo est vertigineuse: autoroutes lumineuses, gratte-ciel oppressants, quartiers délabrés et foules en colère composent une cité vivante, saturée de tensions. L’animation, exceptionnellement détaillée pour l’époque, se distingue par la fluidité des mouvements, la précision des décors et un usage magistral de la couleur et de la lumière. Les célèbres glissades de motos (qui seront reprises un nombre incalculable de fois dans la culture populaire), les explosions psychiques et les séquences de destruction massive témoignent d’un soin artisanal rare, chaque plan semblant pesé pour produire un impact maximal.

Une amitié au cœur du récit
Sur le plan narratif, Akira suit Kaneda, chef charismatique d’un gang de motards, et son ami d’enfance Tetsuo, adolescent fragile et complexé qui développe soudainement des pouvoirs télékinétiques incontrôlables après une rencontre avec un mystérieux enfant doté de capacités similaires. Cette opposition entre les deux personnages structure le cœur émotionnel du film: Kaneda incarne l’énergie rebelle mais encore humaine, tandis que Tetsuo devient progressivement une figure tragique, consumée par sa soif de reconnaissance et sa colère. La transformation de ce dernier, à la fois spectaculaire et terrifiante, symbolise une perte de contrôle absolue, autant physique que psychologique.

Dense et complexe
Cependant, le récit peut paraître dense, voire déroutant pour un spectateur non familier avec le manga. Les intrigues politiques, les expériences militaires, les mouvements révolutionnaires et les origines d’Akira lui-même s’entrecroisent parfois sans être pleinement développés. Cette complexité n’est pas nécessairement un défaut en soit et participe aussi à l’aura qui entoure de film: Akira ne cherche pas toujours à tout expliquer, préférant suggérer un monde vaste et chaotique, à l’image de la société qu’il décrit. Un conseil: c’est un film qui se découvre avec attention.

Thèmes abordés
Thématiquement, le film brasse des idées ambitieuses. Il évoque la peur de la technologie incontrôlée, les séquelles du traumatisme nucléaire, la manipulation et l’aliénation d’une jeunesse livrée à elle-même. La figure d’Akira, arme ultime devenue presque divine, renvoie à une angoisse collective face à des forces dépassant l’entendement humain. Otomo interroge aussi la fragilité de l’identité: Tetsuo, en gagnant un pouvoir démesuré, perd progressivement ce qui faisait de lui un individu, jusqu’à se dissoudre dans une monstruosité tragique et pathétique.

Un son qui vous habite
La bande sonore, mêlant percussions tribales, chants rituels et nappes synthétiques, renforce encore l’étrangeté et la gravité de l’ensemble. Elle confère aux scènes clés une dimension quasi mystique, accentuant le sentiment que les personnages sont pris dans un engrenage qui les dépasse. En toute honnêteté, après la célèbre glissage de moto, la bande son est sans doute la première chose qui me vient en tête quand je repense au film.

Conclusion
Au final, Akira est une œuvre monumentale, parfois imparfaite dans sa narration mais extraordinaire par son ambition artistique et son impact culturel. C’est un film qui continue d’influencer le cinéma, l’animation et l’esthétique cyberpunk. Peut-être un peu trop. J’envie ceux qui ont pu découvrir le film à sa sortie et ainsi profiter au maximum de sa nouveauté et de son ambition.

Pour visionner le film, c’est ici.

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