
La période des oscars s’approche à grands pas. Et après les Critics Choice Awards et les Golden Globes, la liste longue des nominations des BAFTA (les oscars britanniques, si vous préférez), et les nominations des diverses guildes hollywoodiennes, les nominés potentiels pour meilleurs films de l’année commencent à se démarquer du lot. Parmi ceux-ci (et oui, les critiques de Hamnet et Marty Supreme s’en viennent, ne vous inquiétez pas), l’un des films qui a captivé mon intérêt dès le départ était la nouvelle collaboration entre le directeur Yorgos Lanthimos et l’actrice Emma Stone, la comédie noire Bugonia, qui est une adaptation du film coréen Save the Green Planet! Jesse Plemons, Aidan Delbis, Stavros Halkias et Alicia Silverstone font aussi partie de la distribution.
Un complotiste déterminé
Teddy Gatz (Jesse Plemons) croit que la terre est infiltrée par des extraterrestres (les Andromédiens) qui sont responsables de la destruction des abeilles et de l’état végétatif de sa mère (Alicia Silverstone). À l’aide de son cousin (Aidan Delbis) qui lui est soumis, il kidnappe la directrice d’une compagnie pharmaceutique, Michelle Fuller (Emma Stone) qu’il croit être l’une des infiltrées. Le plan de Teddy, forcer Fuller à contacter les extraterrestres afin qu’il puisse négocier un traité de paix avec eux.

La terreur de Plemons, la stabilité de Stone
Habitué à jouer des personnages terrifiants, intimidants et dérangeants depuis Breaking Bad, Plemons incarne ici un nouveau protagoniste instable dont nous redoutons les actions. Malgré son passé qui attire la sympathie, son personnage nous rend inconfortables par les paroles, ses actions, et ses motivations absurdes tout droit sorties d’un forum obscur internet.
Entre-temps, Emma Stone joue bien le rôle de la femme d’affaires passive agressive et autoritaire, que ce soit lorsqu’elle est en liberté, ou lorsqu’elle tente de garder le contrôle de la situation, même en étant kidnappée. Malgré l’horreur que Teddy lui pousse durant le film, Michelle arrive à demeurer ferme et à lui donner une opposition, ce qui change des histoires semblables où la victime serait en temps normal hystérique et sans défense, et donne une dynamique entre les personnages semblables à The Silence of the Lambs.
Le cousin de Teddy est déchiré entre les deux personnages. En effet, même s’il est soumis à Teddy, il ne peut se demander, en voyant ses actions, s’il est justifié dans ses actes.

Inutile de dialoguer
Peut-on changer l’avis d’une personne qui croit délibérément à un mensonge? C’est la question que le film se pose.
Avec plusieurs références aux théories complotistes (incluant la terre plate), l’histoire nous interroge sur l’utilité de discuter avec les croyants de celles-ci. En effet, si quelqu’un croit, par exemple, que la lune n’existe pas, et que toutes évidences que prouveraient que la lune existe sont truquées pour nous faire croire ainsi, comment pouvez-vous le faire changer d’avis? Ou encore, pouvez-vous justifier votre existence à quelqu’un qui se croit dans une illusion d’une matrice?
Souvent, on vous recommande d’ignorer ces conversations, que c’est peine perdue pour ceux qui ont touché le gouffre des théories du complot. Mais l’isolation, comme le cas du personnage de Teddy, a tendance à les renforcer dans leurs croyances. Et quand, encore comme Teddy, un complotiste commet un acte irréparable (comme dans l’infâme histoire du Pizzagate), on ne peut ignorer le problème plus longtemps.
Et en se servant du scepticisme du cousin de Teddy, et le côté analytique de Michelle qui a étudié en psychologie par le passé, on obtient une étude du personnage de Teddy, et qu’est-ce qu’il a poussé dans cette voie absurde, mais bien réelle pour lui.
Parmi les autres thèmes, le film traite aussi beaucoup de la nature humaine, notamment sur son impact sur l’environnement, l’impact de nos traumatismes, les effets du capitalisme, le manque d’humanité de certaines personnes placées en autorité, et avec la comparaison avec les abeilles, qui travaillent sans relâche sans rouspéter, avant de mourir.

Un style propre au sujet
Avec l’absurdité de l’intrigue principale, le film emploie la comédie noire afin d’accentuer son côté loufoque. De plus, la cinématographie, la musique, et le montage complimentent également le tout, notamment avec des plans ou des cadrages qui suivent les personnages avec un effet surréel.
Même si je ne suis pas familiarisé avec le directeur de ce film, j’aime qu’il tente une approche différente et distincte à la réalisation de son film, qui lui donne une touche d’extravagance supplémentaire au côté étrange de l’histoire.
Mais en plus de l’absurdité, du surréel et de la comédie noire, le film joue beaucoup sur la tension de l’intrigue, où l’on se questionne sur comment les personnages réagiront dans cette situation éprouvante, car on redoute le pire pour eux. Et pour la grande majorité du temps, le film nous tient en haleine…

Une fin déjantée
Du moins… jusqu’à la fin de l’histoire.
Afin d’éviter les divulgâcheurs, je ne détaillerai pas la fin du film et resterai vague. Cela dit, la conclusion de l’intrigue prend une direction qui ne plaira pas à tout le monde. Moi-même, lors de mon premier visionnement, je ne l’ai pas apprécié. Mais sachant que le film reprenait la fin de l’original coréen, et que le directeur du film est connu pour son style absurde, la fin a pris plus de sens à mon égard. Mais personnellement, j’aurais été avec un choix différent, ou du moins, j’aurais coupé une partie de la fin.

Conclusion
Bugonia est un film intrigant, absurde, surréel et captivant qui adresse plusieurs enjeux sociaux, dans un temps où il devient plus difficile de communiquer entre différents groupes, et où la notion de « vérité » devient plus dure à définir. Ce film vous divertira tout en vous faisant réfléchir et débattre à la fois. Et la fin… vous fera parler, que ce soit en bien ou en mal.

Pour visionner le film, c’est ici.


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