
Bonjour à tous, ici CoffeeKeep, fidèle au rendez-vous pour replonger dans les nuits troubles et fascinantes de Call of the Night.
Tome après tome, Kotoyama a construit une œuvre à part, où la nuit n’est jamais un simple décor, mais un véritable langage émotionnel — un espace où désir, solitude et quête d’identité se croisent dans le silence.
Publié le 13 septembre 2022 chez VIZ Comics, dans la collection CALL OF THE NIGHT, ce neuvième volume est proposé au prix de 12,99 $. Fidèle à l’identité visuelle et narrative de la série, il s’inscrit dans la continuité directe des tensions et des révélations installées précédemment, tout en amorçant une nouvelle étape dans le parcours émotionnel de Kô et de Nazuna.
Un tome qui ne cherche pas à faire de bruit… mais qui murmure des vérités de plus en plus difficiles à ignorer.
Quand le passé frappe à nouveau à la porte
Alors que l’on reprend exactement là où le tome précédent nous avait laissés, à la suite de cette plongée troublante dans le passé de Nazuna, le récit nous ramène vers une figure déjà évoquée : une ancienne connaissance qui se prenait autrefois pour une détective, par simple curiosité… ou pour tromper l’ennui. Ce qui semblait anodin prend rapidement une tout autre ampleur.
À la toute fin du tome 8, Nazuna s’apprêtait à partager ses souvenirs les plus directs avec Kô, grâce à une capacité vampirique aussi rare qu’intime. C’est précisément à cet instant que débute le tome 9 : au cœur d’un passé qui paraît banal en surface, mais qui dissimule en réalité une série de secrets déterminants pour comprendre la vie — et les choix — de Nazuna.
Très rapidement, ce volume lève le voile sur l’identité réelle de cette mystérieuse chasseuse de vampires. On assiste alors aux réactions provoquées par les révélations que Nazuna accepte enfin d’admettre, ainsi qu’à la manière dont cette chasseuse décide de passer à l’action. Le récit gagne en intensité, enchaînant action, retournements de situation et évolutions marquantes des personnages.
Malgré la violence latente et les tensions qui s’accumulent, Nazuna continue d’incarner une contradiction fascinante : bien qu’elle soit vampire, elle n’a jamais souhaité tuer qui que ce soit, et démontre une capacité étonnante à préserver une forme d’humanité. De son côté, Kô affirme plus clairement que jamais sa vision des vampires — non pas comme des monstres, mais comme des êtres dotés de cœurs profondément humains. Une prise de position qui le pousse, enfin, à déclarer ouvertement les raisons pour lesquelles il désire tant devenir vampire.
Quand la nuit accélère sans prévenir
Avec ce neuvième tome, j’ai immédiatement senti que Call of the Night changeait de rythme. Là où les tomes précédents prenaient leur temps, jouaient avec l’attente et les silences, celui-ci avance avec une urgence nouvelle, presque dérangeante par moments. Sans jamais renier son identité, la série se permet ici d’être plus directe, plus tendue, et franchement plus confrontante.
En lisant ce tome, j’ai eu l’impression que chaque scène menait inévitablement à la suivante. Les révélations ne tombent pas comme des coups de théâtre gratuits ; elles s’installent, poussent les personnages dans leurs retranchements, et forcent enfin certaines décisions qu’on sentait inévitables depuis plusieurs volumes. Les dialogues gagnent en poids, les silences deviennent plus lourds, et la nuit cesse d’être un simple refuge pour devenir un espace où l’on ne peut plus se cacher.
Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est la façon dont Kotoyama équilibre action et exposition. Rien ne m’a semblé précipité ou artificiel. Les informations arrivent naturellement, à travers les réactions, les regards et les souvenirs partagés. Résultat : j’ai lu ce tome avec une sensation de tension constante, tout en retrouvant cette narration feutrée et mélancolique qui fait, pour moi, toute la force de Call of the Night.
Des présences secondaires qui font basculer l’équilibre
Dans ce tome 9, ce sont clairement les dynamiques entre les personnages qui m’ont le plus marqué. J’ai senti un véritable déplacement des rapports de force, comme si chacun était enfin obligé d’assumer ce qu’il est, ou ce qu’il prétend être, face aux autres. Les échanges deviennent plus tendus, moins ludiques, et surtout beaucoup plus honnêtes.
Kô, en particulier, m’a frappé par la clarté nouvelle de ses intentions. Il n’est plus simplement ce garçon fasciné par la nuit et par les vampires; il affirme enfin ce qu’il ressent et ce qu’il désire, sans se cacher derrière l’ambiguïté ou l’innocence des débuts. J’ai trouvé cette évolution très juste, parce qu’elle ne le transforme pas en héros sûr de lui, mais en adolescent qui accepte enfin de prendre position, même si cela implique de s’exposer émotionnellement.
Nazuna, de son côté, se retrouve confrontée à quelque chose qu’elle a longtemps évité : son passé, mais surtout la manière dont les autres le perçoivent. J’ai ressenti chez elle une forme de vulnérabilité rarement aussi visible dans la série. Derrière son détachement habituel, ses réactions trahissent un conflit intérieur réel, entre ce qu’elle a été, ce qu’elle est devenue, et ce qu’elle refuse encore d’admettre. Cette tension rend ses interactions particulièrement fortes, surtout lorsque les révélations forcent un face-à-face qu’elle ne peut plus esquiver.
Les personnages secondaires, quant à eux, jouent un rôle beaucoup plus actif qu’à l’habitude. Ils ne sont plus de simples figures gravitant autour du duo principal, mais de véritables catalyseurs de tension. Leurs actions, leurs paroles et leurs choix viennent constamment remettre en question l’équilibre fragile qui s’était installé, donnant au récit une impression de mouvement constant et de danger latent.
Dans l’ensemble, j’ai trouvé que ce tome 9 réussissait à faire évoluer ses personnages sans les trahir. Les liens se resserrent ou se fissurent, parfois brutalement, et la nuit, autrefois terrain de jeu ou de fuite, devient un espace où chacun est forcé de se révéler.
Un brouillage moral volontaire et dérangeant
Ce qui m’a particulièrement marqué dans ce tome 9, c’est ce renversement de perspective presque dérangeant qu’opère Kotoyama. Plus j’avançais dans ma lecture, plus j’avais l’impression que la capacité des vampires à neutraliser — ou du moins à canaliser — leurs émotions était précisément ce qui leur permettait de conserver une forme d’humanité. Par la réflexion, par le recul, et parfois même par l’inaction, ils apparaissent comme des êtres capables de se retenir, de choisir de ne pas céder à leurs pulsions.
À l’inverse, le comportement humain présenté dans ce tome m’a profondément troublé. La haine, la rage et le désir de vengeance y sont montrés sans filtre, au point où un humain semble capable de tuer sans hésitation, porté par une colère incontrôlée. Ce contraste m’a frappé : alors que les vampires se battent avec l’idée même de tuer un humain, certains humains, eux, n’éprouvent aucun scrupule à exterminer des vampires au nom de leurs blessures ou de leur ressentiment.
Ce renversement brouille complètement les repères moraux habituels. Call of the Night ne nous demande plus qui est le monstre, mais plutôt qui choisit de l’être. J’ai trouvé cette approche particulièrement forte, parce qu’elle refuse toute réponse simple. Elle met en lumière une idée troublante : l’humanité ne réside peut-être pas dans la nature d’un être, mais dans sa capacité à réfléchir, à ressentir et à retenir ses propres élans destructeurs.
Dans ce tome, le désir de ne pas tuer devient un acte profondément humain, tandis que la violence aveugle, elle, semble parfois appartenir davantage aux vivants qu’aux créatures de la nuit.
Un malaise assumé qui renforce le propos
Ce que j’ai le plus aimé dans ce tome 9, c’est le courage qu’a Kotoyama de ne pas reculer devant l’inconfort. J’ai senti une vraie volonté de briser certaines illusions installées depuis les débuts de la série, notamment cette idée que la nuit est toujours un refuge ou un terrain de jeu. Ici, elle devient un espace de confrontation, parfois brutal, où les choix ont enfin un poids réel. J’ai été particulièrement touché par la manière dont Nazuna est forcée d’assumer ce qu’elle est, sans pouvoir se réfugier derrière l’humour ou le détachement, et par la prise de position claire de Kô, qui cesse d’être dans l’admiration naïve pour affirmer ce qu’il ressent et ce qu’il défend.
Ce qui m’a surpris — et un peu dérangé, volontairement —, c’est ce renversement moral où les vampires apparaissent parfois plus humains que les humains eux-mêmes. La rage, la haine et le désir de vengeance prennent ici une place dérangeante, et j’ai trouvé ce miroir tendu au lecteur particulièrement efficace. Ce n’est pas toujours confortable à lire, mais c’est précisément ce malaise qui donne au tome sa force. À l’inverse, si je devais émettre une réserve, ce serait que ce volume laisse peu de place au répit : l’intensité est constante, et certains lecteurs pourraient regretter la légèreté plus insouciante des premiers tomes.
Je recommanderais Call of the Night — et particulièrement ce tome 9 — à celles et ceux qui aiment les récits nocturnes introspectifs, où l’émotion, la morale et l’identité priment sur l’action pure. Ce manga s’adresse aux lecteurs qui acceptent de se laisser déranger, qui aiment réfléchir aux zones grises et qui trouvent dans la nuit un espace de questionnement plutôt qu’un simple décor esthétique.
Verdict final
Un tome frontal et troublant, où la nuit cesse d’être une échappatoire pour devenir un miroir cruel — mais nécessaire.
Merci à Interforum pour la copie du livre.

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