Final de Stranger Things saison 5 : un adieu spectaculaire, chaotique et profondément humain
Conclure une série aussi emblématique que Stranger Things relève presque de l’impossible. Après près d’une décennie à suivre les aventures de la bande de Hawkins, Netflix devait d’offrir une conclusion capable de satisfaire des millions de spectateurs, chacun avec ses attentes, ses théories et son attachement émotionnel. Le dernier épisode de la saison 5, The Rightside Up, porte donc un poids colossal : celui de refermer une histoire devenue un phénomène culturel mondial.

Avec une durée dépassant largement les standards habituels, ce final cherche à englober : action démesurée, enjeux cosmiques, réponses aux mystères de l’Upside Down et adieux aux personnages. Le résultat est un épisode dense, parfois excessif, mais aussi sincèrement touchant, qui illustre à la fois le meilleur et le pire de Stranger Things.

Un final sous pression, face à des attentes démesurées
Dès les premières minutes, le ton est donné : Stranger Things ne cherche pas la simplicité. Après une saison 5 déjà divisive, étalée sur une longue période et marquée par un passage du temps visible chez les acteurs, les créateurs Matt et Ross Duffer tentent de répondre à une communauté de fans extrêmement investie. Théories en ligne, spéculations sur des épisodes secrets, débats autour du destin d’Eleven… The Rightside Up devait être une réponse à tout cela.

Évidemment, satisfaire tout le monde était illusoire. Le final adopte donc une stratégie risquée : tenter de tout faire. Et c’est précisément ce qui rend l’épisode aussi fascinant que frustrant.

Une première moitié spectaculaire… mais déconnectée
La première heure et plus du final mise sur le spectaculaire pur. Hawkins, l’Upside Down et une nouvelle dimension baptisée The Abyss deviennent le théâtre d’un affrontement total contre Vecna. Les personnages, autrefois de simples adolescents dépassés par des événements surnaturels, se transforment ici en héros d’action aguerris.

Le problème? Cette escalade enlève une partie de l’identité de la série. Voir certains personnages réagir presque avec désinvolture à des voyages interdimensionnels ou à des révélations cosmiques donne parfois l’impression que Stranger Things a oublié ses racines. Les références ironiques et les punchlines, autrefois utilisées pour alléger la tension, tombent ici à plat.

Cette première partie souffre aussi d’une mise en scène inégale. Certaines séquences semblent surchargées d’effets visuels, rappelant davantage un blockbuster de science-fiction qu’une série née d’un hommage aux films des années 80. L’horreur, autrefois suggérée et oppressante, cède la place à une démesure parfois creuse.

Vecna, un antagoniste tragique mais sous-exploité
Vecna, incarné par Jamie Campbell Bower, reste pourtant l’un des points forts du final. Son passé, déjà exploré dans les saisons précédentes, lui confère une dimension tragique bienvenue. Le personnage n’est pas simplement un monstre à abattre, mais le produit d’un destin brisé et d’une manipulation constante.

Certaines scènes, notamment lorsqu’il traque les plus jeunes personnages, rappellent la dynamique originale de Stranger Things : des enfants face à une menace incompréhensible. Ces moments fonctionnent, car ils renouent avec la peur viscérale et l’ingéniosité qui faisaient la force de la série.

Malheureusement, ces éclairs de réussite sont dilués dans un affrontement final qui peine à atteindre l’impact émotionnel espéré. Le combat entre Eleven et Vecna, bien que central, manque de la charge symbolique et du décor marquant qui avaient sublimé des confrontations précédentes.

Une escalade visuelle qui frôle l’excès
Le final pousse encore plus loin son ambition visuelle avec l’apparition d’une version gigantesque du Mind Flayer, évoquant presque un kaiju. Si l’intention est claire offrir un combat ultime d’une ampleur inédite l’exécution laisse perplexe. Le danger paraît paradoxalement moins terrifiant, tant il devient abstrait.

La série recycle également plusieurs idées issues de saisons précédentes : sacrifices héroïques, retournements attendus, discours galvanisants. Ces éléments, autrefois efficaces, semblent ici moins inspirés, comme si Stranger Things avait du mal à se renouveler dans son dernier acte.

Le destin controversé d’Eleven
Impossible d’évoquer ce final sans parler d’Eleven, cœur émotionnel de la série depuis le premier épisode. Son sacrifice potentiel, présenté comme l’ultime acte héroïque, est l’un des choix les plus discutables du final. D’un côté, il apporte une gravité réelle à la conclusion. De l’autre, il donne l’impression d’un passage obligé de série finale, parfois plus frustrant que émouvant.

L’ambiguïté entourant son sort renforce ce sentiment mitigé. Si l’intention est de laisser place à l’interprétation, le procédé semble redondant, la série ayant déjà exploré ce type de faux adieu par le passé.

Un dernier acte plus intime et enfin maîtrisé
Heureusement, les 40 dernières minutes du final changent radicalement de ton. L’action laisse place à l’émotion, et Stranger Things se souvient enfin de ce qui a toujours fait sa force : ses personnages.

Les scènes de conclusion, situées 18 mois après les événements, offrent des moments sincères et touchants. Les dialogues respirent, les regards en disent long, et les interactions retrouvent une authenticité bienvenue. Les références nerds, les sourires gênés et les adieux silencieux rappellent pourquoi le public s’est attaché à ces personnages.

Le discours de Dustin lors de la remise des diplômes, les hommages subtils à Eddie Munson, et la scène finale autour d’une partie de Donjons & Dragons bouclent la boucle de manière élégante. Ces instants n’effacent pas totalement les défauts précédents, mais ils donnent au final une résonance émotionnelle durable.

Un adieu imparfait, mais fidèle à l’esprit de la série
Stranger Things ne s’achève pas sur une perfection absolue. Le final est excessif, parfois maladroit, et trop ambitieux pour son propre bien. Pourtant, il parvient à livrer un message cohérent : ces enfants ont grandi, ont souffert, mais ont survécu ensemble.

The Rightside Up laisse les spectateurs avec un mélange de nostalgie, de frustration et de gratitude. Ce n’est pas un final unanimement acclamé, mais c’est un final honnête, qui reflète la nature même de la série : chaotique, émotive et profondément humaine.

Pour visionner la série, c’est ici.

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