
One Battle After Another
La course aux oscars 2026 bat son plein. Les deux grands favoris sont Sinners (mon film préféré de l’an passé), et One Battle After Another, qui a récemment remporté le prix du meilleur film aux Critics Choice Awards. Ce nouveau long-métrage de Paul Thomas Anderson (connu pour There Will Be Blood, Phantom Thread, et Licorice Pizza) met en vedette Leonardo DiCaprio, Sean Penn, Benicio del Toro, Regina Hall, Teyana Taylor, et Chase Infiniti. Plusieurs personnes ont apprécié ce film. Et moi… j’ai beaucoup à dire…
¡Viva la revolución!
Pat Calhoun (Leonardo DiCaprio) et Perfidia Beverly Hills (Teyana Taylor) sont des terroristes membres du groupe révolutionnaire d’extrême gauche French 75. Lorsque Perfidie se fait arrêter par l’officier raciste et fétichiste Steven J. Lockjaw (Sean Penn), Pat s’enfuit avec sa fille sous de nouvelles identités. Seize ans plus tard, une fois sa fille grandie (Chase Infiniti), le passé, sous l’aile de Lockjaw, les rattrape, et le père et la fille doivent à nouveau partir en fuite, chacun de leur bord…

Un suspense après l’autre
Débutons par les points positifs.
Le suspense est palpable du début jusqu’à la fin. Dès qu’une scène de tension se termine, une autre commence, au point que vous n’aviez pas le temps de prendre votre souffle. Et même si le film dure près de trois heures, vous ne les sentez pas. Les enjeux s’entremêlent, se complexifient, frappent un mur, se reconstruisent, se relèvent, en permanence. Pour les amateurs de fortes tensions, ce film est idéal.
L’attachement que nous avons pour les personnages de DiCaprio et d’Infiniti (et le dégoût que nous avons pour celui de Lockjaw) nous pousse également à espérer le meilleur pour eux, peu importe ce que nous pensons de leurs idéaux et actions. D’ailleurs, toute la distribution était impeccable, et chacun a fait un excellent travail (du moins, avec le matériel qu’on leur a donné).
Le film est également aidé par la bande sonore, la cinématographie, et les décors pour mettre en valeur l’angoisse et la lourdeur des scènes, afin d’accompagner les deux protagonistes dans leurs fuites vers la liberté.

Un cliché après l’autre…
Avant d’aborder les points négatifs du film, je préfère vous avertir. Cette section discutera de la politique de l’œuvre et de la représentation de certains idéaux et personnes, et sera fortement influencée par mes propres expériences avec le sujet, ainsi que celles de certaines personnes impliquées par celui-ci. Ne soyez donc pas surpris si les points que j’énonce ici diffèrent d’autres critiques. Cela dit…
J’ai beaucoup de mal avec la représentation des minorités dans le film ainsi que du mouvement révolutionnaire.
Pour commencer, l’histoire aborde le sujet du fétichisme que certaines femmes noires subissent, et de l’hypocrisie chez certaines personnes racistes qui les convoitent. L’ennui est que le film, surtout durant les trente premières minutes, réduit les femmes noires à de vieux stéréotypes dépassés (notamment la « Jézabel » séductrice et la « Sapphire » en colère) sans les développer davantage (surtout avec le personnage de Perfidia). Cela crée surtout certains malaises avec les scènes entre Lockjaw et Perfidia, en particulier lors de la relation non consentante qui n’est pas bien définie par le scénario.
D’un côté, l’histoire dénonce le fétichisme de Lockjaw pour les femmes noires, mais ne se rend pas compte que, par inadvertance, elle fait la même chose… Et parce que le film ne va pas plus loin que la superficialité des stéréotypes, il est difficile d’en voir l’utilité.
Après avoir vu le film, j’ai voulu voir en ligne l’avis de femmes noires qui avaient vu le film également. En effet, plusieurs d’entre elles avaient dénoncé les stéréotypes des personnages.

Une révolution après… quoi?
Un autre aspect sous-développé du film est le mouvement révolutionnaire. Outre le nom (French 75), on ne sait rien du mouvement. Comment ils opèrent, quel est leur but, pourquoi ils protestent, quel type de gouvernement ils affrontent… Tout cela est sous-développé. On voit les terroristes déposer des bombes, cambrioler des banques, mentionner deux ou trois enjeux, et c’est tout (et même encore… Perfidia, a un point, veut s’envoyer en l’air lors d’une explosion parce que « ça l’excite »…). La seule fois durant le film où le mouvement révolutionnaire avait un minimum de sens était avec la scène de Benicio del Toro, qui semblait donner une image plus fidèle du mouvement.

Un sujet bâclé après l’autre
À la fin, ce film semble être le type de film où quelqu’un voulait aborder des sujets importants pour bien paraître, mais dont il ne connaissait pas bien le fond des enjeux. Non seulement par la représentation caricaturée de l’anarchisme et des mouvements révolutionnaires, mais aussi par la représentation des groupes marginalisés, qui semblent plus inspirés des médias hollywoodiens que de la réalité. C’est encore plus frappant lorsque dans le livre qui a inspiré le film (Vineland par Thomas Pynchon), les personnages de Teyana Taylor et Chase Infiniti ne sont pas noirs, et que le personnage de DiCaprio est plutôt secondaire (et que sa mise au premier plan durant le film implique d’autres problèmes de représentations à la The Blind Side, The Help, ou Hidden Figures qui seraient trop longs et complexe à aborder ici…). Ce qui signifie que les thématiques raciales abordées dans le film sont le choix de Paul Thomas Anderson lui-même qui, malheureusement, a bâclé le sujet.
Mais en fin de compte, que veut dire le film, dans tout cela?… Rien, en fait. En criant « vive la révolution », balançant des points sociaux sans les développer pour gagner des points de sympathie, mais en conservant les mêmes traits narratifs de plusieurs autres histoires critiquées par le passé à Hollywood, le film paraît plus engagé et sophistiqué qu’il ne l’est réellement.

Un oscar après l’autre
One Battle After Another mérite-t-il l’oscar du meilleur film à la place de Sinners? Loin de là. Va-t-il gagner la course? Fort probable, surtout après sa victoire aux Critic’s Choice Awards.
Mais cela est moins dû à la qualité du film que par un défaut cyclique des oscars qui revient souvent. En effet, il est arrivé plusieurs fois que les oscars snobent ou ignorent un film risqué qui aborde avec profondeur un sujet sensible et engagé (comme Do The Right Thing, Brokeback Mountain, BlackkKlansman, L’anatomie d’une chute, I’m Still Here et I Saw the TV Glow…) au profit d’un film plus accessible qui aborde le même sujet, mais avec superficialité qui ne perturbe pas le statu quo réalisé par un directeur non touché par le sujet abordé (respectivement, Drivng Miss Daisy, Crash, Green Book, Poor Things, Emilia Pérez si ce n’était pas du scandale de l’actrice principale…). Et d’après les commentaires autour du film et des oscars, cela ne m’étonnerait malheureusement pas que l’Académie refasse la même erreur, notamment lorsque Sinners a présenté un chef-d’œuvre l’an dernier.

Une conclusion après l’autre
Malgré ma petite séance de chialage, mettons les choses au clair. One Battle After Another est un excellent film de suspense, avec une distribution phénoménale et une efficacité sans pareil dans le domaine technique et audiovisuel, qui vous tiendra en haleine du début jusqu’à la fin. Et… si vous ignorez les clichés problématiques et la superficialité des thèmes abordés, vous passerez un bon moment devant le film.
Est-ce l’un des meilleurs films de 2025? Pas du tout, et ça me désolerait qu’il gagne l’oscar de l’année à la place de Sinners.

Pour visionner le film, c’est ici.


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