
Au moment où vous lisez ces lignes, nous sommes entre Noël et le jour de l’An et votre Dieu Geek est magané sur un temps. Je pense que j’ai mangé pour prendre 30 livres, et je ne vous parle même pas de l’alcool. Mais je suis toujours au rendez-vous pour vous offrir mes petites critiques de manga. Ne suis-je donc pas un être extraordinaire?
Bref, je vais calmer mon égo et vous présenter Issak tome 3, écrit par Shinji Makari et dessiné par Double-S. Ce manga, publié en français par les éditions Ki-oon, m’avait beaucoup impressionné et est rapidement monté dans mes lectures préférées que je vous partage sur G pour Geek. Est-ce que ce troisième tome continue sur la lancée ou est-ce que la série commence à s’essouffler?
La guerre se déplace
L’attaque-surprise menée dans la vallée de la Hauber a permis à Heinrich et à ses hommes de repousser une nouvelle fois l’ennemi. Mais voilà qu’un message arrive à la forteresse : les Espagnols menacent maintenant de marcher sur la ville de Rosenheim afin d’isoler complètement Fuchsburg!
Le prince, accompagné d’un détachement ainsi que d’Issak, se prépare à défendre la cité et ses habitants. Malheureusement, Lorenzo a eu vent de la destination de son compatriote et profite de l’occasion pour le mettre hors de combat. Sans leur tireur d’élite, les troupes protestantes parviendront-elles à remporter la victoire?
Un bijou difficile à critiquer
Ce manga est tout simplement un bijou. J’ai beau tenter de lui trouver des défauts, je trouve cela difficile. Tellement que je suis allé voir l’opinion d’autres critiques sur divers sites. Et j’en ai trouvé du négatif : certains trouvent que le personnage de Zetta est trop souvent présenté comme une demoiselle en détresse.
Je ne suis pas d’accord. Rappelez-vous que c’est une œuvre qui veut raconter une histoire se déroulant pendant la guerre de Trente Ans et qui tente de refléter la réalité de cette époque. Zetta est une jeune femme paysanne qui a trouvé refuge entre les murs du prince Heinrich. Elle est celle qui a été sauvée par Issak d’un viol certain. Si c’est cette scène qui fait dire à certains qu’elle est une demoiselle en détresse, je vais vous le dire franchement : être sur le point de se faire violer, je serais moi-même en détresse.
Pour ma part, je trouve que Zetta représente surtout la personne qui découvre, bien malgré elle, le côté horrible de la guerre, et particulièrement celui d’un conflit basé sur des principes religieux.
Libertés historiques assumées?
Ce qui m’amène à une critique avec laquelle je suis un peu d’accord : l’auteur s’est permis certaines libertés concernant ce qui s’est réellement produit durant la guerre de Trente Ans. Il n’y a pas eu de bataille remportée grâce à un tireur d’élite pendant ce conflit, et encore moins grâce à un Japonais.
La raison est simple : le Japon vivait à cette époque une période de paix et était en pleine période de Sakoku, ce qui signifie que le pays était fermé au monde extérieur et entretenait très peu de relations avec les affaires européennes. Donc, si Issak avait réellement été mercenaire, il aurait dû fuir le pays, ce que l’auteur tente justement de nous démontrer dans ce tome.
Mais il faut le rappeler : cette œuvre est une fiction. Il ne faut pas tenter d’y trouver une vérité historique absolue.
Il y a aussi la question de l’athéisme. Les Japonais de cette période ne croyaient pas en un dieu précis, et cet aspect est abordé dans le manga. À un moment, le grand-père de Zetta lui mentionne que c’est une conversation dangereuse, car affirmer ne pas croire en Dieu pouvait mener à la mort. Et c’est un fait : durant cette guerre, la religion était au cœur du conflit, et une véritable chasse aux sorcières avait lieu. Au moindre questionnement divin, on pouvait être pointé comme hérétique.
Un travail artistique remarquable
Cependant, ces libertés ne gâchent en rien le scénario que nous offre Shinji Makari. Le travail de Double-S vient vraiment sublimer le récit. On sent le souci du détail et les nombreuses recherches effectuées.
Dans ce tome, l’artiste remercie d’ailleurs Makari pour les documents allemands qu’il lui a rapportés lors d’un voyage en Allemagne. Grâce à ces documents, Double-S a pu approfondir sa connaissance du XVIIe siècle. On a encore droit à de superbes fresques qui illustrent avec brio le scénario de Makari.
Conclusion
Finalement, on continue exactement là où les deux premiers tomes nous ont laissés : dans une histoire de vengeance qui s’inscrit dans un conflit qui n’est pas le sien, mais dont la présence d’Issak a un impact si fort qu’elle change la face de la guerre.
Certes, ce ne sont pas des faits véridiques, mais il est vrai que des mercenaires ont pris part aux combats, que des villes ont été assiégées, et que tout cela se faisait soi-disant au nom de croyances religieuses… alors que tout le monde sait que c’était surtout une question de pouvoir.
Merci à Interforum pour la copie du livre.

Pour se procurer le manga, c’est ici.