
Passionné de culture pop et techno-geek à mes heures perdues, par la force des choses le monde de l’intelligence artificielle m’a attiré depuis longtemps. C’est là que j’ai eu l‘idée de réunir les deux et de débuter cette série de chroniques Les tablettes numériques de Thot, avec pour but de faire des reviews, de la démystification, des idées d’utilisation et de philosopher sur l’état actuel et le futur de l’intelligence artificielle.
Nous sommes entourés par d’outils IA tels que ChatGPT, Gemini ou Grok qui nous assistent au quotidien pour de la génération de texte ou d’images. Au lancement de ChatGPT en 2022, nous étions très loin d’une grande qualité en termes d’images, les contenus étaient parfois brouillons et les textes de très mauvaise qualité. Mais les années (et les investissements de masse) ont permis en trois ans de faire des avancées significatives en termes de qualité. En trois ans, malgré des prompts (art secret et mystique de s’adresser à l’IA) de plus ou moins bonne qualité, les résultats se sont largement améliorés.
Vous me connaissez depuis quelques mois plutôt comme critique de mangas, alors pourquoi ne pas réunir les mangas et l’IA dans cette première chronique.
Un manga généré par IA
Alors en préparant cette première chronique, je me suis demandé si un assistant IA était prêt à générer un manga et ainsi remplacer cet art et surtout les mangakas chers à nos cœurs. J’ai alors prompté à mon fidèle assistant numérique : pour illustrer ma première chronique IA, génère-moi une page d’un manga avec les codes japonais et le texte en français. Bon, il est vrai que je ne lui ai dit ni bonjour, ni merci. Mais ne vous inquiétez pas, je la salue souvent et la remercie régulièrement, restant un humain courtois dont l’IA se souviendra le jour où elle prendra le contrôle du monde 😉 (note humoristique du chroniqueur). Revenons à nos moutons. Je reste perplexe face au résultat de mon prompt (voir ci-après).

L’IA ne s’est pas trop torturée pour le sujet du manga, elle prend le sujet de ma chronique. Effectivement, mon prompt était volontairement peu précis. Si on s’attarde sur la qualité graphique, c’est assez bluffant. On se croirait dans un dessin rappelant l’univers Pokémon, les traits des personnages sont reconnaissables, les planches sont globalement de bonne qualité. On se retrouve à mon avis, dans un graphisme purement commercial et qu’un éditeur de masse, pour lequel le bénéfice est plus important que l’art, pourrait prendre dans son catalogue. Maintenant, attendons-nous sur le scénario. Là l’IA ne répond pas aux attentes. En faisant abstraction de la qualité scénaristique, le texte est régulièrement mal dessiné et illisible, n’ayant aucun sens. Cela montre que la génération d’images complexes intégrant du texte lisible reste aujourd’hui un point faible des IA. Le test a été réalisé via ChatGPT, avec un abonnement Plus et les capacités de génération d’images actuellement disponibles. Pour la réflexion, je vous partage aussi la couverture de ce manga réalisée par le prompt génère-moi la page de couverture de ce manga.

Des mangakas remplacés par IA
Alors sommes nous prêts à remplacer les mangakas par de l’intelligence artificielle ? Imaginons la réalisation complète d’un manga avec ChatGPT. Il faudrait commencer par définir une trame du tome, puis réaliser un prompt très précis par page que l’on souhaite générer, définir pour chaque case le texte, l’intégrer en post-production et réaliser une mise en page complète dans un logiciel adéquat. En ayant réalisé ceci, il n’est pas encore certain de trouver un éditeur qui publiera ce manga. Malgré tout, réaliser un manga de A-Z nécessite des compétences créatives pour la réalisation des cases, de rédaction pour le scénario général et dans chaque case/page ainsi que de graphisme pour l’intégration du dialogue dans chaque planche.
Donc comme nous le voyons, l’IA n’est actuellement pas prête technologiquement à nous faire un travail de conception de A-Z, et heureusement ! Peut-être que d’ici trois à cinq ans, disons à l’horizon 2030, la barrière technique sera complètement levée et il sera alors possible de générer, au coût de quelques prompts peu fastidieux, un travail complet de réalisation graphique et scénaristique. Mais il ne faut pas oublier que l’intelligence artificielle n’est pas dotée d’un esprit critique face à son propre travail, seulement si on la remet en cause. Et qui dit intelligence ne veut pas dire être doté d’une âme et du ressenti des émotions. Ne perdez pas de vue que derrière un assistant qui s’adresse à nous de manière presque humaine, se cachent des ordinateurs, des centres de calculs et des kilomètres de lignes de code. Le mangaka, en comparaison à un prompt designer ou prompt writer, est un artiste qui cherche à nous faire passer des émotions, à jouer avec notre sensibilité de lecteur, faisant parfois appel à nos souvenirs ou notre vécu, nous amenant avec lui dans son histoire, son univers. Pour finir, dans le travail d’un mangaka se ressentira aussi une certaine souffrance, celle de dessiner et scénariser, parfois jusqu’à l’épuisement, afin de tenir les délais des publications.
L’IA dans le soutien du mangaka et des studios
Dans un autre angle d’approche (ou d’attaque vu le sujet sensible), l’intelligence artificielle pourrait aider (ou aide déjà) les studios dans leur travail quotidien avec comme objectif la réduction de la pénibilité du travail en lien avec la pression de temps. Elle peut être utilisée comme partenaire pour faire émerger des idées, donner des pistes pour la suite d’une histoire (face au syndrome de la page blanche), générer des variantes de layouts de planches, donner des idées dans la génération du décor. On peut aussi l’envisager dans le nettoyage graphique des planches, comme par exemple rendre des traits plus précis. Il faut voir jusqu’où les studios font cette pression et quelle qualité de précision est tolérée, car l’expérience du mangaka n’est pas à sous-estimer. Le dernier aspect, et pas des moindres à mon avis, est l’appui IA pour la traduction des œuvres dans d’autres langues. Mais comme aide sans lui donner le plein pouvoir. Même une traduction doit être revue par un être humain qui connait les spécificités de langage et de vocabulaire et ainsi utiliser le bon ton (familier, soutenu, argot…).
La finalité : des mangakAI ?
Une machine nous fera un travail clinique et chirurgical, sans émotions ni âme. Un travail qui aura une finalité purement commerciale et qui ne trouvera pas sa place dans le cercle mondial des adeptes des mangas. En prenant en compte tous les points abordés, on est à mon avis encore loin de remplacer nos chers mangakas par de l’intelligence artificielle. Mais n’oublions pas que la recherche de profit domine presque chaque business et nous ne sommes ainsi pas à l’abri de se retrouver d’ici à 2030 envahis par des productions générées par des mangakAI (terminologie inventée par mes soins) qui seront plus orientés vers le bénéfice financier que vers une exigence artistique et émotionnelle.
En conclusion, nous n’avons pas encore atteint la production de mangas signés par un mangakAI et qui nous marquera, comme certaines œuvres emblématiques du manga, telles que Death Note. L’édition de mangas n’est pas dans un danger immédiat. Mais il est, à mon humble avis, important de contribuer à la préservation de cet art séculaire en continuant à soutenir chaque publication, auteur et dessinateur. Ils en ont besoin, l’IA n’est pas loin d’eux…


Laisser un commentaire