
Au début des années 2000, Quentin Tarantino décida (sous les conseils d’un certain producteur hollywoodien que nous ne nommerons pas) de séparer son quatrième film en deux, Kill Bill Vol. 1 (2003) et Kill Bill Vol. 2 (2004). En 2006, il présenta une version intégrale des deux volumes combinés en un, Kill Bill: The Whole Bloody Affair, au Festival de Cannes, ainsi qu’en 2011 dans un cinéma qu’il possède à Los Angeles. Cette année, le film est maintenant distribué au grand public au cinéma, et étant un massif admirateur de l’original, je n’ai pas pu m’empêcher d’aller le voir à la première occasion.
Le film d’action met en vedette Uma Thurman dans le rôle de la Mariée, et elle est accompagnée d’une distribution chargée, incluant Lucy Liu, Vivica A. Fox, Michael Madsen, Daryl Hannah, David Carradine, Sonny Chiba, Gordon Liu, Julie Dreyfus, Chiaki Kuriyama, et Michael Parks.
Une vengeance intégrale
Après le massacre lors de son mariage et de la perte de sa fille encore dans son ventre, celle qu’on surnomme « la Mariée » et « Black Mamba » (UmaThurman) veut se venger de tous ceux qui lui ont causé du tord, à savoir ses anciens acolytes assassins auprès des Deadly Viper Assassination Squad. La mariée s’attaquera à la leader des yakuzas O-Ren Ishii alias « Cottonmouth » (Lucy Liu), la femme a foyer Vernita Green alias « Copperhead » (Viviva A. Fox), le videur d’un club d’effeuillage Budd alias « Sidewinder » (Michael Madsen), sa rivale Elle Driver alias « California Mountain Snake » (Daryl Hannah), et son ancien employeur et amant, Bill alias « Snake Charmer » (David Carradine).

Un hommage au cinéma
Avant de vous parler de cette version, je vous ferai part de mon opinion sur les deux films en général.
Les films Kill Bill sont un mélange de plusieurs films d’exploitation qui jouaient dans les cinémas à petit budget Grindhouse durant les années 1970 sous le regard de Tarantino. Ils sont de ce fait des rassemblements de différentes cultures, formes artistiques, et références à différentes œuvres, dont Lady Snowblood, Thriller – en grym film, Game of Death, et plus encore. D’ailleurs, chaque membre du D.V.A.S peut être associé à un genre de film, d’exploitation: O-Ren avec les films de samurai et les animes, Vernita avec ceux de blaxploitation, Budd avec les westerns, Elle avec les films de vengeance européens, et Bill avec les films de kung-fu hongkongais (et les influences ne s’arrêtent pas là). Le mélange de style se voit dans le cadrage, le suspense, l’environnement, les décors, le style visuel, les tropes, et plus encore.
Ce mélange se voit également dans la trame sonore. Produit par le rappeur afro-américain RZA et le compositeur Robert Rodriguez, la trame combine, entre autres, du rock, folk, funk, enka, flamenco, hip-hop, country, et musique latine. Il reprend également des musiques d’autres films, notamment du film de 2000 New Battle Without Honor or Humanity.
Malgré ses multiples inspirations de films, Kill Bill se distingue par l’approche habituelle de Tarantino de raconter ses films à la manière d’un roman, notamment en divisant les films en chapitres et hors chronologique, tout en maintenant la trame narrative en tout temps.
Le tout, combiné à un budget hollywoodien, donne une histoire avec un style unique, qui nous fait en même temps voyager dans l’histoire du cinéma, à mesure que nos connaissances cinématiques évoluent avec le temps.

Black Mamba contre le monde
Mais rendre hommage au cinéma ne suffit pas à créer un bon film, encore faut-il s’attacher aux personnages pour qu’ils nous guident à travers l’histoire. Et c’est là que vient la force du film.
La Mariée, personnage à la moralité ambiguë, nous fait nous attacher dès le début à elle afin que nous la soutenions dans sa quête. Sans forcément reprendre les clichés des héroïnes des films d’exploitation, elle est présentée comme une combattante forte et sans peur, qui a inspiré plusieurs personnes dans la vraie vie à se soulever contre l’oppression.
Les membres de D.V.A.S. ont également des histoires complexes et enrichissantes, même si certains sont plus sous-entendus que d’autres. Chacun vit sa propre vie avec son proche arc, et chaque parcours pourrait donner lieu à son propre film. O-Ren est de loin celle qui est la plus développée, notamment avec une section du film en anime qui présente son ascension à la tête des yakuzas.
Même les personnages secondaires sont remarquables. Après Black Mamba et O-Ren, le personnage le plus populaire est sans doute la déjantée Gogo Yubari (Chiaki Kuriyama), l’assistante d’O-Ren qui a donné lieu à une des scènes de combat les plus mémorables du film. Le maître d’arts martiaux Pai Mei (l’un des deux rôles de Gordon Liu) est aussi mémorable pour ses maniérismes et ses talents exceptionnels qui rappellent les films classiques d’arts martiaux.
Quant à Bill, il joue bien le rôle du méchant qui tire les ficelles, souvent dans l’ombre, qu’on craint avant même qu’il soit révélé. Il y a d’ailleurs plusieurs sous-entendus, freudiens ou autres, sur le côté… « exploiteur » qu’il aurait avec les personnes qui travaillent pour lui, ce qui ajoute à son côté mesquin.

Un film féministe… plus ou moins
Même si Kill Bill est une histoire de vengeance classique qui n’a pas besoin d’interprétation supplémentaire, plusieurs thématiques sont explorées dans ces films.
Notamment, le film nous démontre une protagoniste privée sa vie, son autonomie, et son identité (d’où pourquoi on ne connaît pas son nom au début du film) qui se les réapproprie peu à peu au cours de l’histoire. On évite également d’utiliser les clichés problématiques des films d’exploitation (où la seule motivation qu’une femme pouvait avoir était de se venger d’une agression sexuelle, tout en étant hypersexualisée au cours du film), notamment avec une motivation à la Mariée semblable aux héros masculins des films du même genre, mais aussi en évitant de sexualiser inutilement le personnage. Au contraire, Black Mamba est traitée comme un personnage complexe à part entière, fort et vulnérable à la fois.
Cela dit (et ce commentaire pourrait aussi s’appliquer aux autres films de vengeance de Tarantino comme Inglourious Basterds et Django Unchained), il arrive souvent que lorsque quelqu’un écrit une histoire pour soutenir un groupe social dont il ne fait pas partie, un décalage et un manque d’authenticité puissent paraître à certains moments. En d’autres termes, on peut deviner à certains moments que c’est un homme qui est derrière ce film. Entre autres, même si la violence sexuelle n’est pas la motivation première de la Mariée, elle en subit quand même dans le film, et on peut se demander si l’ajout de cette scène était nécessaire…
Et… autant je préfère prendre le film en lui-même sans prendre en compte les situations extérieures à celui-ci, je me sentirais mal de ne pas mentionner les différentes controverses autour de la production de ces deux volumes. Que ce soit les blessures permanentes que Thurman a subies lors d’un accident de voiture, les méthodes un peu douteuses de Tarantino sur le plateau de tournage, et le fait que celui-ci était ami avec ce certain producteur hollywoodien qui a produit celui-ci… l’histoire en arrière-plan du film ne peut nous empêcher d’avoir un arrière-goût à la gorge.
Cela dit, l’impact des deux films demeure indéniable, et même Thurman est reconnaissante pour ce rôle. Et plusieurs personnes préfèrent s’associer au personnage de la mariée pour Thurman que pour le directeur ou les producteurs du film.

The Hole Bloody Affair
Cette version de 4 h 35 avec entracte combine les deux volumes dans un seul visionnement dans presque leur intégralité. Quelques changements mineurs ont eu lieu ici et là, mais trois d’entre eux valent la peine d’être mentionnés.
D’abord, le combat de la Mariée contre le Crazy 88 est maintenant en couleur dans son intégralité. Certaines parties avaient été mises en noir et blanc en guise de censure pour que le film puisse jouer au cinéma américain à l’époque, mais vu que ce film n’a aucun classement en tant que tel, il peut être joué comme Tarantino l’avait envisagé à l’origine.
Ensuite, le passé d’O-Ren en animé est rallongé, notamment en montrant une scène de vengeance supplémentaire.
Finalement, et le plus gros changement sans doute, une portion de la fin du premier volume et du début du deuxième a été enlevée. Le premier servant de cliffhanger pour la suite, et le dernier de récapitulatif au film précédent. En plus de faciliter la transition entre les deux parties, un détail important à la fin du premier volume est aussi enlevé, ce qui permet à ceux qui n’ont pas vu les versions originales d’être surpris lorsqu’une information cruciale est révélée à la fin de l’histoire.

The Lost Chapter: Yuki’s Revenge. Fortnite After Dark
Après le film, on nous montre un court-métrage bonus de Tarantino, qui montre une scène inédite du film, où un personnage s’en prend à la Mariée pour venger un proche. Le court-métrage est en 3D et est une collaboration avec Fortnite. Oui, vous avez bien lu.

D’un côté, voir plus de contenu d’un film classique est toujours le bienvenu, surtout avec un personnage aussi excentrique que Yuki qui rejoint l’univers. Mais il était bizarre de combiner le dialogue non censuré de Tarantino, avec l’univers censuré de Fortnite, et son monde caricatural avec ses personnages avec des têtes de fruits. C’était un mélange… aussi étrange qu’on pouvait s’y attendre en lisant la prémisse.

Conclusion
Kill Bill: The Whole Bloody Affair est un hommage cinématique divertissant et unique, qui permet d’avoir une vision fidèle de la vision originale du directeur. Que ce soit pour les personnages, la musique, l’action, les easter eggs, les visuels et plus encore, ce film est un incontournable pour tout cinéphile. Que vous ayez vu les anciennes versions ou non, vous trouverez votre compte ici.
De base, les Kill Bill font partie de mes 10 films préférés de tous les temps, et The Whole Bloody Affair ne fera pas exception.



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