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Aujourd’hui, je vous partage mon ressenti sur le tome 3 de Ghost & Witch, la quête du divin, une série qui, à mes yeux, s’éloigne de plus en plus des sentiers balisés de la fantasy pour nous entraîner vers quelque chose de plus trouble, plus intime… et surtout plus exigeant. Après un premier tome axé sur la découverte d’un folklore irlandais mystérieux, puis un second marqué par le chaos intérieur et la perte progressive des repères, j’ai vraiment eu l’impression que ce troisième volume faisait passer le récit à une autre échelle. Ce n’est plus seulement le monde qui m’a semblé étrange, mais bien la signification et l’ampleur de la présence de l’être surnommé “le Serpent”, et les bouleversements profonds qu’il provoque sur l’île.

Paru le 7 novembre 2025 chez Komikku, ce tome de 174 pages, toujours signé Koré Yamazaki (The Ancient Magus’ Bride), est proposé au prix de 14,95 $. Et pourtant, malgré ces informations très concrètes, j’ai senti que quelque chose avait changé. Le récit ne se contente plus, selon moi, de suggérer le divin comme une possibilité lointaine : il plonge dans des contextes issus de livres anciens, dans un imaginaire nourri de mythes et de récits fondateurs. À travers la figure du Serpent, Yamazaki convoque un héritage symbolique où le divin n’apparaît pas comme une récompense, mais comme une tentation. Ce qui m’a marqué ici, c’est que les choix présentés ne reposent plus sur la connaissance ou la raison, mais sur des désirs profonds, presque instinctifs, ceux qui précèdent la pensée et façonnent le destin bien avant qu’on en prenne pleinement conscience.

À ce stade, la question que je me pose n’est donc plus de savoir si Saku est différente, mais si ce qu’elle est en train de devenir peut encore coexister avec ce qu’elle était auparavant.

Une requête, un monde interdit et des fondations qui se dévoilent
Dans ce troisième tome de Ghost & Witch, la quête du divin, on retrouve Saku et la Sorcière confrontées à une nouvelle requête qui vient, selon moi, fragiliser encore davantage l’équilibre déjà précaire de l’île : l’enlèvement de deux enfants par une sirène. Cet événement agit comme un véritable déclencheur et entraîne le groupe vers un lieu qui m’a particulièrement marqué — le monde des Phoques, un espace secret, inaccessible au commun des mortels, où l’on ne peut entrer que sur invitation, et où même les lois naturelles semblent mises entre parenthèses.

Au fil de leur progression, j’ai senti que le récit prenait volontairement le temps d’approfondir certains fondements de son univers. Des éléments issus de récits anciens émergent peu à peu, notamment autour de l’histoire du Serpent et de figures mythiques associées à l’île, comme Saint Patrick. Ces fragments viennent éclairer le passé et donnent une nouvelle ampleur aux bouleversements actuels, aidant à mieux comprendre pourquoi le retour du Serpent perturbe si profondément la vie du peuple des fées.

Dans la continuité de la prophétie évoquée dans les tomes précédents, ce volume m’a donné l’impression d’être la première véritable étape d’une suite d’événements beaucoup plus vaste. La requête liée à la sirène n’est pas un simple incident isolé, mais le point de départ d’un engrenage où chaque action résonne bien au-delà de ce qui est immédiatement visible. J’ai particulièrement apprécié la manière dont Koré Yamazaki distille ses révélations avec mesure, sans jamais tout expliquer d’un seul coup, laissant au lecteur le temps d’en absorber la portée avant d’aller plus loin.

Une progression maîtrisée entre révélations et zones d’ombre
De mon côté, j’ai trouvé que l’histoire de ce troisième tome était particulièrement prenante et captivante, tout en conservant une originalité marquée. Plus j’avançais dans la lecture, plus je sentais que je comprenais la logique interne de l’univers et les fondements sur lesquels Koré Yamazaki s’appuie. Et c’est précisément cette compréhension progressive qui m’a donné envie d’aller toujours plus loin : chaque révélation ne nourrit pas seulement la curiosité, mais un réel désir de saisir l’ampleur de ce qui est en train de se mettre en place.

Le scénario s’inscrit clairement dans la continuité des deux tomes précédents, mais avec une profondeur supplémentaire que j’ai trouvée très représentative du travail de l’autrice. Ici, on ne survole plus les mystères : on y plonge tête première. Les vérités et révélations s’enchaînent tout au long du tome, donnant cette impression très forte d’explorer les fondations mêmes de l’univers de Ghost & Witch. J’ai vraiment eu le sentiment que Yamazaki ne cherchait plus seulement à raconter une histoire, mais à nous amener à comprendre ses mécanismes, ses croyances et surtout les conséquences qui en découlent.

Côté rythme, le tome m’a parfois semblé plus accéléré. Certains éléments auraient, à mon avis, gagné à être davantage expliqués, même si l’ensemble reste bien structuré et cohérent dans ce qui nous est proposé. Cette accélération ponctuelle ne m’a cependant pas paru être un défaut en soi : elle donne plutôt l’impression que les choses commencent enfin à bouger, que le monde n’est plus figé dans l’attente. Le cliffhanger, quant à lui, repose sur une situation particulière et une énigme encore non exposée. Rien n’est clairement révélé, mais j’ai clairement senti que quelque chose était en train de se mettre en mouvement, lentement mais sûrement.

L’univers, enfin, continue de m’impressionner par sa construction solide et son pouvoir immersif. Les révélations, parfois teintées de références religieuses ou quasi sectaires, donnent le sentiment d’un monde profondément réfléchi, ancré à la fois dans l’imaginaire et dans des bases qui font écho à notre propre réalité. En ouvrant davantage la porte à différentes mythologies et cultures, Yamazaki confère à Ghost & Witch une ampleur rare, à la frontière entre fiction pure et résonance avec le monde tel que nous le connaissons. C’est précisément cette richesse qui m’a donné envie de continuer à explorer cet univers.

Entre intentions floues et absence de véritable antagoniste
Dans Ghost & Witch, la quête du divin, j’ai rapidement réalisé qu’il n’existait pas, à ce stade du récit, de véritable antagoniste clairement identifiable. Et c’est justement ce choix qui, à mes yeux, renforce cette impression constante de flou et de tension. Le malaise ne provient pas d’un ennemi désigné, mais des intentions qui se cachent derrière chaque action posée par les différents personnages. Plus le tome avance, plus cette ambiguïté m’a semblé prenante, presque inconfortable par moments — et c’est précisément ce qui rend la lecture si engageante.

Saku demeure naturellement au centre de cette dynamique. En tant qu’hôte du Serpent, elle se retrouve confrontée à des forces qui la dépassent largement, tout en conservant une forme d’humanité à laquelle je me suis accroché tout au long du tome. Cela dit, ce troisième volume commence à soulever de plus en plus de zones d’ombre autour de l’existence même du Serpent. Sa nature, son influence et les répercussions de sa présence deviennent progressivement plus troublantes. Rien n’est jamais présenté de manière manichéenne, mais chaque intervention laisse une trace, parfois dérangeante, qui pousse à s’interroger.

Rosie, la sorcière, s’inscrit elle aussi pleinement dans cette zone grise. Son savoir, son lien avec les forces anciennes et le monde qui l’entoure m’ont donné l’impression qu’elle en sait beaucoup plus qu’elle ne le laisse paraître. Qui est-elle réellement ? Quelle est l’origine de son rôle, et jusqu’où s’étend son influence ? Le tome 3 ne cherche clairement pas à apporter de réponses définitives, mais accentue volontairement le mystère autour de son personnage, renforçant encore l’étrangeté du monde qu’elle incarne.

C’est précisément cette absence de repères clairs entre le bien et le mal que j’ai trouvée particulièrement forte. Koré Yamazaki préfère explorer des personnages guidés par leurs convictions, leurs désirs et leurs silences plutôt que par des rôles prédéfinis. Ce flou narratif, combiné à une évolution psychologique progressive, rend l’ensemble de plus en plus captivant et donne, du moins pour moi, une réelle envie de poursuivre l’exploration de cet univers aux contours volontairement incertains.

Choisir par destin… ou choisir par désir
Ce troisième tome aborde plusieurs thématiques fortes, mais celle qui m’a le plus marqué demeure celle du choix — et surtout, de la manière dont il est formulé. Saku est constamment confrontée à la question du pourquoi : comprendre les raisons, les conséquences, les origines, afin de faire ce qu’elle perçoit comme le meilleur choix, voire le bon choix. J’ai vraiment ressenti cette quête de sens comme une nécessité pour elle, presque comme si comprendre devait absolument précéder toute décision, peu importe son coût.

À l’opposé, Rosie adopte une posture qui m’a semblé beaucoup plus dérangeante, mais aussi fascinante. Plutôt que de guider Saku vers une voie précise ou moralement acceptable, elle l’encourage à faire son propre choix, indépendamment de ce qui semble juste, attendu ou dicté par une quelconque logique supérieure. Cette opposition subtile renforce, à mes yeux, toute l’ambiguïté du récit : faut-il suivre un destin déjà tracé, ou assumer pleinement la responsabilité de créer le sien, quitte à se tromper ?

Le manga explore également des dilemmes moraux particulièrement lourds, notamment à travers des choix extrêmes — laisser vivre ou accepter la mort, intervenir ou rester en retrait. Ce qui m’a frappé, c’est la façon dont ces situations ne sont jamais traitées de manière sensationnaliste. Elles sont présentées comme des réalités complexes, sans réponses évidentes, où chaque option comporte inévitablement une part de perte.

Les fées, quant à elles, offrent un regard singulier sur ces dilemmes humains. Leur perception des choix, souvent dénuée de jugement moral strict, met en lumière l’ambiguïté intrinsèque de la condition humaine. Là où l’humain cherche une justification, une règle ou une vérité absolue, les fées semblent accepter l’incertitude comme une composante naturelle de l’existence. Ce contraste m’a semblé particulièrement fort, car il pousse le lecteur à remettre en question sa propre conception du bien, du mal et du destin.

Dans l’ensemble, ces thématiques sont explorées avec une grande finesse. Plutôt que d’imposer un message clair ou une morale définie, Koré Yamazaki pose des questions, laisse planer le doute et fait confiance à l’intelligence émotionnelle du lecteur. C’est précisément dans cette zone grise, entre fatalité et libre arbitre, que Ghost & Witch trouve, selon moi, une grande partie de sa force.

Appréciation personnelle
Ce troisième tome m’a particulièrement marqué par sa capacité à élargir son univers sans le diluer. J’ai apprécié la manière dont Koré Yamazaki prend le temps d’explorer les fondations mythologiques de son récit, tout en conservant cette atmosphère feutrée et dérangeante qui fait l’identité de Ghost & Witch. Le monde des Phoques, la place accordée aux récits anciens et l’importance grandissante du Serpent donnent au manga une profondeur qui dépasse le simple cadre de la fantasy.

Ce qui m’a le plus surpris, c’est la façon dont le récit parvient à rendre les choix inconfortables sans jamais les dramatiser à outrance. Certaines situations, notamment celles où la vie ou la mort sont en jeu, m’ont laissé volontairement dans le doute, sans me proposer de réponse claire. Cette absence de résolution morale est parfois déstabilisante, mais elle renforce l’authenticité du propos. Si un léger bémol subsiste, il réside dans quelques passages au rythme plus soutenu, où certains détails auraient gagné à être davantage développés. Cela dit, rien qui ne vienne réellement nuire à l’expérience globale.

Je recommande Ghost & Witch, la quête du divin à celles et ceux qui apprécient les récits contemplatifs, imprégnés de mythologie, de questionnements existentiels et d’une certaine lenteur assumée. Ce manga s’adresse avant tout aux lecteurs curieux, prêts à accepter l’ambiguïté et à se laisser porter par une narration qui privilégie le ressenti à la certitude. Verdict final: Un conte mystique et troublant, où chaque révélation soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses.

Merci à Interforum pour la copie du livre.

Pour se procurer le manga, c’est ici.

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