
Ce n’est pas un secret, j’adore les romans sombres, d’horreur et les polars. Bref, j’aime quand ça dérange. Au Québec, on a un auteur qui a fait sa renommée dans l’art de choquer et de tourmenter nos esprits et j’ai nommé Patrick Senécal. Si ce nom ne vous dit rien, sûrement que vous ne vivez pas au Québec ou que vous vivez sous une roche. L’année passée, j’ai eu la chance d’avoir l’auteur en entrevue pour son roman Civilisés, mais malheureusement, à cause d’un problème technique, cette entrevue n’a jamais vu le jour. Déjà à ce moment, l’homme derrière l’excellent Alice nous parlait de ce nouveau roman qui n’avait pas encore de titre et n’était pas tout à fait sous la forme d’un premier jet.
Cependant, il nous avait déjà mentionné à ce moment qu’il avait l’intention que l’action se déroule dans la ville de Berlin, une ville qu’il affectionne et qu’il a visitée plus d’une fois afin d’aller y écrire. C’est sous cette idée d’une retraite d’écriture qu’il nous offre son nouveau roman d’horreur psychologique, édité par les éditions Alire : Le M Club.
Un voyage d’écriture qui dérape
Quand deux amis écrivains décident de se payer un voyage à Berlin pour aller écrire, rien n’indique que ce périple peut tourner au vinaigre. C’est ce que Philippe se disait quand il a accepté l’offre de son ami Brandon, qui lui a offert cette retraite d’écriture dans la ville remplie d’histoire qu’est Berlin. De nature plutôt réservée, Philippe a accepté de recevoir l’offre de son ami au tempérament ultra extraverti.
Brandon Cusson est tout de même l’un des auteurs de polars les plus populaires au Québec et, de son côté, Philippe ne vit pas de son art et enseigne pour gagner sa vie. Il accepte tout de même d’aller dans ces petites vacances avec son ami pour deux semaines.
Pour Philippe ce voyage servait à écrire mais, pour Brandon c’est pour vivre des expériences transcendantes. Donc, pendant le jour, les deux romanciers écrivaient, mais le soir, Brandon traînait son ami pour faire la fête. Après quelques soirées bien arrosées, mais quoiqu’un peu décevantes aux yeux de Brandon, les deux auteurs font la rencontre avec un Français qui, pour certains, serait catégorisé de douteux.
Cependant, cette rencontre leur donne l’occasion d’être invités dans un « club sélect » qui est supposément unique au monde. Si Brandon est excité par l’idée, Philippe en est moins certain, mais comme il n’est jamais rien arrivé de mal à suivre Brandon dans ses folies, une fois de plus, une fois de moins, qu’est-ce que cela change, n’est-ce pas ?
Un retour à l’horreur psychologique
Si son dernier roman, Civilisés, tournait plus autour de l’humour noir (que j’ai adoré et critiqué, soit dit en passant), celui-ci revient dans un ton que nous sommes habitués de voir avec Senécal. Pour les amateurs de polars comme Le Vide, Faim et Hell.com, vous allez être servis.
Nous retournons à l’horreur psychologique. Toutefois, on n’a pas ici un roman rempli d’action : c’est un slow burn de près de 693 pages. Donc, il ne faut pas s’attendre à un roman qui vous donne des palpitations dès les premières pages. Toutefois, nous allons vivre quelques chocs sociaux et culturels que Sénécal a voulu faire vivre au lecteur, des expériences culturelles qu’il a réellement vécues.
La plupart des endroits mentionnés par l’auteur, il les a vraiment visités, mis à part le bar glauque où les deux personnages ont rencontré le Français et le M Club, bien entendu.
Berlin comme personnage
Jamais dans ma lecture je ne me suis ennuyé. Découvrir ce Berlin, que je ne connais pas d’ailleurs, était à la fois intéressant et enrichissant culturellement, et était aussi intéressant que l’intrigue en soi. On aborde des thèmes très intéressants comme la violence, le tabou, mais surtout celui de la culpabilité, qui est amené surtout par le personnage de Philippe, qui utilise justement ce thème pour la création de son roman.
Cependant, on ne lit pas un roman de Patrick Senécal pour visiter l’underground de Berlin, mais bien pour le côté sombre de sa narration.
C’est vraiment lorsque nos protagonistes visitent ce M Club que l’histoire se transforme. Ce fameux club sélect où nos deux auteurs se rendent va leur faire comprendre qu’ils n’ont pas vraiment leur place là, mais Brandon y voit un potentiel énorme pour des idées créatives. De son côté, Philippe trouve plutôt que cet endroit est malsain et qu’il ne devrait plus y mettre les pieds. Vous vous doutez bien que l’un aura raison sur l’autre, sinon nous n’aurions pas de roman.
L’intrigue est vraiment solide. Je ne sais pas si c’est parce que je vieillis en même temps que l’auteur, je tiens à rappeler ici que j’avais 14 ans lors de ma première lecture d’un roman de Patrick Senécal, mais j’ai beaucoup apprécié le fait que l’intrigue arrive lentement. Cela nous permet de nous imprégner de l’ambiance de Berlin, et je crois que c’est ce que voulait nous faire vivre l’auteur.
Nous ressentons bien l’amour qu’il porte à cette ville, et cela se transmet dans ses lignes lorsqu’on les lit.
Des références pour les fans de l’univers de Senécal
Pour ceux qui s’ennuyaient du côté sombre et violent des romans Le Vide et Hell.com, sans dire que nous redécouvrons ce côté de l’horreur de Patrick Senécal, c’est cependant celui qui s’en approche le plus. D’ailleurs, ce roman ramène plusieurs personnages et événements qui ont donné les lettres de noblesse de l’auteur québécois.
Justement, sans être obligé de les avoir lus, plusieurs références sont amenées de plusieurs livres parus précédemment, dont : 5150, rue des Ormes, Alice, Hell.com, Faims et Flots. Ces clins d’œil et références sauront plaire aux fans de l’univers de Senécal.
Des personnages forts
Il y a énormément de personnages colorés dans ce roman et je dois dire que d’énumérer tout l’ensemble des personnages viendrait briser l’idée derrière le roman. Donc je me concentrerai sur les deux auteurs qui, à eux seuls, permettent de faire ses propres raisonnements si on connaît un tant soit peu l’auteur.
Pour commencer, Philippe Corriveau, auteur timide qui, malgré son talent en tant qu’écrivain, se limite à des histoires d’adultère et tente d’écrire sur la culpabilité, une culpabilité que lui-même vit, basée sur une vieille histoire vécue dont son ami Brandon trouve justement qu’elle est insipide. Comme ses romans n’ont pas un succès énorme, il doit travailler afin de nourrir sa famille et subvenir aux besoins de son fils Robin.
Toujours en train de suivre Brandon dans ses folies, Philippe n’est pas celui qui sera l’instigateur des péripéties de fin de soirée festive, mais aime bien que son ami lui fasse vivre des expériences. Côté créatif, il envie certainement son ami qui semble être sur une lancée et toujours en train d’écrire un nouveau succès.
De son côté, Brandon Cusson était un éternel célibataire avant de rencontrer Coralie et il n’a pas d’enfant. Il a rencontré Philippe dans un salon du livre et, suite à une soirée inoubliable, ils sont devenus de meilleurs amis. À chaque fois, il réussit à convaincre Philippe avec le fameux « Cusson Smile » auquel il ne sait résister.
Ce qui nous donne l’impression que Brandon sait manipuler les situations à son avantage et qu’il obtient souvent ce qu’il veut. De nature très extravertie, il est toujours à la recherche d’émotions fortes et cherche à vivre des expériences hors norme.
Ironiquement, j’ai trouvé que les deux personnages faisait référence un peu à la vie de l’auteur qui a lui aussi enseigné en même temps au cégep de Drummondville pendant que ses premiers roman était publié et étrangement lors de notre entrevue, il a mentionné que ses romans avaient été publier en d’autre langue mais que cela n’était pas autant populaire qu’on pouvait le croire et avec le personnage de Brandon il en fait la référence, est-ce que votre dieu Geek à inspirer l’auteur?…je ne crois pas mais, cela fait plaisir lorsqu’on lis d’avoir eu le privilège de certains éléments créatifs avant la parution d’une œuvre.
Conclusion
En conclusion, j’ai vraiment aimé ce roman et même s’il est long avant d’arriver dans l’intrigue, découvrir ce Berlin inconnu avec les deux personnages est vraiment intéressant. J’ai ressenti bien des émotions dans ce roman, passant du choc au malaise, mais surtout à la colère et à la haine… oui, oui, la haine.
Je me suis surpris à haïr quelques personnages, mais un en particulier qui effectue un retour, et je vous laisse le découvrir.
Bref, ce roman va plaire aux fans de Patrick Senécal, en amener des nouveaux et ramener ceux qui croient qu’il est un auteur déchu (je ne fais vraiment pas partie de ceux-ci).
Merci à Alire pour la copie du roman!

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