
Une nuit plus sincère qu’elle n’y paraît
Salut à tous, ici Coffee&Keeps, et aujourd’hui on replonge dans l’une des séries les plus envoûtantes du catalogue de Kurokawa : Call of the Night Tome 8, signé par l’inimitable Kotoyama.
Avec ses ambiances nocturnes, ses néons fatigués, ses silences lourds et sa poésie un peu brisée, la série continue de tisser un récit où solitude, désir et quête d’identité s’entremêlent aussi naturellement que les ombres sous les lampadaires.
Ce huitième tome, paru le 22 mars 2024, nous revient avec ses 183 pages qui oscillent entre tension, douceur et malaise maîtrisé, le tout pour un très honnête 13,95 $.
On retrouve ici tout ce qui fait la force de Call of the Night : un ton délicieusement ambigu, une narration qui se faufile dans les interstices de la nuit, et cette capacité unique à faire parler ce qui n’est jamais dit.
Pas de spoilers dans cette critique — juste une lecture franche, honnête, et, comme toujours, parfaitement digeste.
Les ombres du passé qui redessinent la nuit
Pour débuté, j’aime précisé que ce huitième tome nous ramène d’abord vers un lieu du passé, un fragment oublié mais crucial qui éclaire une partie de l’identité de Nazuna qu’on n’avait encore jamais vraiment comprise. Kô, en simple témoin entraîné presque malgré lui, se retrouve à nouveau happé par des dynamiques qu’il ne contrôle pas, propulsé dans une situation où l’intérêt inattendu d’une nouvelle venue vient bousculer l’équilibre fragile qu’il tentait encore de maintenir.
Au passage, c’est Niko qui prend cette fois le devant de la scène, poursuivant cette logique propre aux derniers tomes où chaque vampire révèle une part de son histoire ou de sa nature. Elle dévoile ici une facette insoupçonnée de sa vie “humaine”, rappelant à Kô — et à nous — à quel point ces créatures vivent en équilibre précaire entre deux mondes qui ne se comprennent pas.
Mais le cœur du tome, c’est un retour vers un chapitre profondément enfoui du passé de Nazuna. Une figure importante de son histoire ressurgit, révélant l’origine d’une part essentielle de sa personnalité, ce qui donne à l’ensemble un ton plus intime, plus mélancolique, parfois même dérangeant. On y découvre un lien d’amitié aux contours tordus, une vision de l’humanité à la fois lucide et brisée, et un duo étrange qui tentait de trouver du sens dans une vie qu’elles percevaient trop monotone pour être supportée.
Ce tome explore aussi leurs obsessions, leurs échappatoires, et cette curiosité presque maladive qui les a rapprochées. Sans entrer dans les détails, Kotoyama nous offre ici l’un des flashbacks les plus denses et les plus riches de la série, un morceau d’histoire qui redéfinit subtilement Nazuna telle qu’on la connaît.
Call of the Night T08 n’est pas un volume explosif — c’est un tome révélateur, émotionnel, et parfois inconfortablement honnête, qui plonge au cœur de ce qui a forgé Nazuna et qui montre, une fois de plus, que la nuit n’est jamais aussi calme qu’elle en a l’air.
Une nuit sculptée par la lumière et le silence
L’un des points qui me frappe toujours avec Kotoyama, c’est cette capacité presque insolente à transformer la nuit en un espace vivant, respirant, presque tactile. Dans ce tome 8, l’équilibre entre ombre et lumière atteint un point où chaque scène semble porter sa propre atmosphère, comme si l’air lui-même avait une texture.
Le trait reste élégant, souple, parfaitement contrôlé. Les silhouettes nocturnes, les jeux de reflets sur la peau ou les cheveux, les contrastes entre néons agressifs et ruelles silencieuses… tout est pensé pour amplifier ce sentiment d’être plongé dans un monde parallèle, familier mais légèrement décalé.
Les expressions, elles, sont encore une fois un point fort incontestable. Kotoyama excelle dans ces micro-variations du visage : un regard un peu trop insistant, un sourire trop discret, une ombre qui tombe juste au mauvais endroit. Dans ce tome, où l’on explore une part plus intime du passé de Nazuna, ces subtilités prennent un poids immense. Elles deviennent un langage à part entière, silencieux mais omniprésent.
Les décors aussi jouent un rôle clé. Les lieux du passé, les salles éclairées artificiellement, les espaces vides où résonnent les souvenirs — tout contribue à faire du visuel un outil narratif, et pas seulement esthétique. Je sens vraiment, page après page, à quel point le dessin soutient ce tome 8 dans sa volonté de creuser les identités, les fractures et les non-dits.
Kotoyama maîtrise l’art de la mise en scène comme peu d’auteurs dans le genre. Et dans ce volume, cette maîtrise se fait encore plus précise, plus fine, presque chirurgicale.
Des cœurs qui se dévoilent sous la nuit
J’aimerais maintenant rentré dans le coeur de cette série qui devient de plus en plus atypique pour une histoire qui parle de Vampire: la formulation complexe et la présentation et représentation des personnages alors que ceux-ci semblent respirer différemment, comme si Kotoyama les laissait enfin s’ouvrir davantage, chacun à leur façon. Kô, d’abord, continue de naviguer dans ce flou étrange entre confiance, fascination et perte de repères. Je sens, plus que jamais, qu’il est encore loin de comprendre ce qu’il veut vraiment, mais son hésitation n’est jamais présentée comme une faiblesse ; au contraire, elle donne au récit une humanité que j’apprécie énormément.
Nazuna, elle, est au cœur du volume. Son passé — ou plutôt l’ombre qu’il projette — donne un relief nouveau à sa personnalité. Je comprends mieux pourquoi elle fuit certains sujets, pourquoi elle rit trop fort, pourquoi elle coupe court aux conversations lorsque les émotions deviennent trop réelles. Ce tome lui donne une profondeur peut-être plus triste, mais infiniment plus authentique. Chaque page où elle apparaît semble porter un poids qui ne dit pas son nom.
Niko aussi a droit à un moment intéressant. Ce que j’aime dans ce tome, c’est que sa présence n’est pas seulement stylistique ou humoristique ; elle dévoile une facette d’elle-même qui m’a surpris, presque touché. La voir jongler entre sa vie « humaine » et sa nature vampirique m’a rappelé que, dans cette série, personne n’est vraiment ce qu’il semble être au premier regard. C’est subtil, mais ça ajoute une couche de complexité au groupe de vampires.
Et puis il y a cette figure venue du passé de Nazuna, celle qui plane au-dessus de tout le volume. Même si Kotoyama évite les grands discours, je ressens immédiatement l’importance de ce lien, de cette amitié étrange, intense, presque déformée par la perception qu’avaient ces deux filles du monde qui les entourait. On comprend que Nazuna n’a pas toujours été cette fille détachée et sarcastique ; il y a eu quelqu’un qui a façonné cette façade, quelqu’un qui a déclenché quelque chose de profond chez elle. Et ce simple aperçu suffit pour rendre le personnage encore plus fascinant.
Dans l’ensemble, ce tome 8 est un volume où chacun progresse, parfois en avançant d’un pas, parfois en trébuchant de deux. Les relations deviennent plus lourdes, les regards trop longs pour être innocents, et je sens que la nuit autour d’eux s’épaissit, comme si elle tentait de protéger ou d’étouffer ces émotions qui prennent enfin forme.
Sous la nuit, des vérités qui murmurent
Ce tome 8 de Call of the Night explore une palette de thèmes qui m’a particulièrement frappé, parce qu’ils ne sont jamais traités frontalement, mais glissés dans les silences, les regards et ces moments suspendus où la nuit semble avaler les mots. L’introspection y tient une place centrale, autant pour Nazuna que pour Kô, chacun cherchant encore à comprendre ce qu’il est censé devenir dans un monde qui ne leur offre aucune direction claire. L’identité, celle qu’on porte, celle qu’on fuit ou celle qu’on invente pour survivre, revient constamment, comme un écho discret qui résonne d’une page à l’autre.
Le tome aborde aussi la dynamique relationnelle avec une finesse que j’aime énormément. Rien n’est simple : les émotions débordent parfois sans pouvoir être nommées, et les liens se tissent autant dans les maladresses que dans les rapprochements involontaires. On ressent l’importance de la complicité, des histoires partagées, de ce fil fragile qui relie les personnages sans qu’ils sachent toujours quoi en faire. Évidemment, le thème de la double vie des vampires reste omniprésent, cette tension permanente entre ce qu’ils montrent et ce qu’ils cachent, entre leur rôle humain et leur nature profonde. C’est un motif narratif que Kotoyama maîtrise parfaitement, parce qu’il ne tombe jamais dans l’explication : il nous fait simplement sentir cette fracture entre deux mondes.
Il y a aussi une forme de critique sociale, subtile mais bien présente, qui passe par le regard extérieur des vampires sur l’humanité, sur nos routines, nos conformités, nos contradictions. Ce regard nous revient presque comme un miroir déformé, mais juste assez précis pour qu’on s’y reconnaisse. Et puis il y a cette construction identitaire, lente, douloureuse parfois, qui se dessine à travers le passé de Nazuna et la manière dont elle tente de se réinventer au fil des années.
Ce tome explore des thèmes profonds sans jamais perdre sa légèreté ni son charme nocturne. C’est une réflexion douce-amère sur qui on est, sur qui on devient, et sur la place qu’on tente de trouver dans un monde qui ne nous ressemble pas entièrement — et c’est précisément ce mélange de lucidité, de mélancolie et d’humour qui fait la beauté de Call of the Night.
Un tempo lent qui cache une marée montante
Le tome 8 trouve un équilibre que j’apprécie particulièrement dans cette série : un rythme calme mais toujours chargé d’une tension sous-jacente. On n’est pas dans un volume qui cherche à aller vite ou à multiplier les révélations ; au contraire, Kotoyama prend le temps de laisser chaque scène respirer, comme si la nuit elle-même dictait le tempo. J’ai senti cette progression lente, assumée, qui permet aux émotions de s’installer et aux souvenirs de remonter naturellement, sans jamais forcer la main.
On alterne entre des moments de silence presque lourds et des éclats plus intenses, souvent liés au passé de Nazuna ou aux nouvelles dynamiques qui s’imposent autour de Kô. Rien n’est brusque, rien n’est gratuit, et chaque transition a ce petit effet de glissement qui caractérise si bien la série. Et même si ce tome n’est pas explosif en termes d’action, il possède cette maîtrise narrative qui me fait sentir que chaque page nous rapproche doucement de quelque chose de plus grand, de plus sombre peut-être, mais surtout de plus vrai.
Verdict de Coffee&Keeps
Pour moi, ce tome 8 est l’un de ces volumes qui ne cherchent pas à impressionner par le bruit, mais plutôt par la profondeur. J’ai senti Kotoyama ralentir volontairement, comme pour nous laisser absorber chaque détail, chaque regard, chaque souvenir qui remonte à la surface. Ce n’est pas un tome spectaculaire, mais c’est un tome qui compte — un tome qui prend son temps pour étoffer Nazuna, pour bousculer Kô, et pour repositionner doucement tout ce qui gravite autour d’eux.
Visuellement, l’ambiance reste superbe, toujours aussi unique, et j’ai l’impression que la nuit devient un personnage à part entière, presque aussi important que Nazuna elle-même. Les personnages, eux, gagnent tous quelque chose dans ce volume : un doute, une nuance, un morceau de vérité ou un fragment de passé qui change subtilement la perception que j’avais d’eux.
Call of the Night T08 m’a donné cette sensation particulière que j’adore dans la série : celle d’avancer sans forcément tout comprendre, mais avec l’impression que chaque pas, aussi discret soit-il, nous mène vers quelque chose d’inévitable. C’est un volume intime, touchant par moments, et suffisamment intrigant pour me donner envie de plonger immédiatement dans le suivant.
Pour faire simple : c’est un tome silencieux, mais un tome essentiel.
Merci à Interforum pour la copie du livre.

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