
Après le succès du premier film l’année précédente, et l’ampleur que les films musicaux ont prise en 2025 (notamment avec Sinners et KPop Demon Hunters), Wicked: For Good était l’un des films les plus attendus de l’année. Remettant en vedette Cynthia Erivo, Ariana Grande, Jonathan Bailey, Marissa Bode, Michelle Yeoh, Jeff Goldblum et plus encore, la deuxième partie de la comédie musicale à succès revient à la conclusion de la véritable histoire de la « Méchante Sorcière de l’Ouest ».
La révolte de Elphaba, le dilemme de Glinda
Cinq ans après les événements du premier film, Elphaba, maintenant connue sous le nom de la Méchante Sorcière de l’Ouest, continue d’affronter le Magicien d’Oz et de se battre pour les droits des animaux opprimés. Glinda, quant à elle, est devenue la sorcière porte-parole du Magicien, avec Fiyero qui intègre la garde du Magicien. Même s’ils savent qu’Elphaba est innocente, Glinda et Fiyero se doivent de jouer le jeu devant le public, pendant qu’Elphaba se retrouve de plus en plus isolée du monde. Lorsqu’ils se retrouveront inévitablement face à face, que feront ces anciens compagnons devenus ennemis aux yeux de tous?

Une prouesse technique toujours impeccable
Comme je l’avais mentionné durant ma critique du premier film, Wicked est reconnu pour ses prouesses techniques audiovisuelles, et c’est également le cas ici. Que ce soit les décors immersifs, les palettes de couleurs (notamment les combinaisons de vert, rose et doré), les chorégraphies stupéfiantes, l’approche humoristique propre à l’histoire (notamment dans une scène de combat caricaturale qui m’a bien fait rire), la cinématographie (notamment dans une scène qui m’a fait rappeler le dernier film Superman), ainsi que la bande sonore toujours aussi entraînante. En effet, Erivo et Grande continuent à exceller dans leurs performances vocales, et Yeoh et Goldblum… font de leur mieux (oui, comparé aux deux premières, n’importe qui ferait pâle figure, mais n’empêche que le contraste s’entend à l’occasion…). J’ai aussi aimé la continuité que certaines chansons avaient avec le film précédent, notamment dans une scène au début qui récapitulait les événements du premier film. Quant aux nouvelles chansons, quoique bonnes, je dois mentionner que je pouvais deviner deviner que certaines d’entre elles, même si je n’ai pas encore vu la pièce de Broadway originelle, étaient ajoutées (de la même manière que je le pouvais pour les versions en prises de vue réelles de Disney).

Glinda v. Elphaba, l’aube de la magie
Le film continue d’explorer le développement des deux protagonistes, qui ont pris des chemins radicalement opposés.
Elphaba continue son combat pour les opprimés, telle une révolutionnaire, tout en voulant renverser le Magicien d’Oz. Il y a d’ailleurs quelques parallèles intéressants avec Syndrome de The Incredibles et son personnage. Cela dit, son désir de changer le monde se confronte à une réalité sombre, où un système mis en place et un peuple trop soumis ou endoctriné pour se révolter lui barrent la route.
Glinda (qu’on développe plus ici, notamment en lui montrant son enfance) se voit contrainte de prendre le personnage du geai moqu… euh, je veux dire, de « Glinda la Bonne », afin d’opposer celle qu’on surnomme (et qu’elle doit surnommer aussi) la « Méchante Sorcière de l’Ouest ». Souhaitant changer le système de l’intérieur, elle se retrouve déchirée entre acquérir la popularité qu’elle désire tant, et soutenir sa meilleure amie en cavale, qu’elle sait être pleinement innocente. Elle fait également face à son syndrome d’imposteur, où elle se fait passer pour quelqu’un qu’elle n’est pas avec des dons qu’elle n’a pas.

Cette relation de meilleures ennemies est au cœur du drame du film. Car deux amies qui reconnaissent la bonté de l’autre se voient contraintes de s’opposer aux yeux du public. Il est aussi intéressant de mentionner que les deux héroïnes semblent suivre les pas de la génération précédente. Elphaba avec Morrible, et Glinda avec le Magicien d’Oz.
Quant aux personnages secondaires, Fiyero vole manifestement la vedette, lui aussi pris entre des décisions déchirantes, et son évolution est plaisante à observer (à l’exception de qui concerne son triangle amoureux, mais c’est plus une opinion personnelle, vu que c’est un trope que je n’aime pas). Goldblum joue bien le rôle de l’homme riche désillusionné rempli de préjugés qui se croit tout permis dans le rôle d’Oz, et Bode, dans le rôle de Nessarose, a également un arc tragique, étant la sœur de Elphaba. Morrible de Yeoh, par contre, est celle dont j’aurais aimé voir davantage, que ce soit ses motivations, ou ses liens avec l’arc de Elphaba. En particulier car, étant le Darth Vador au Palpatine Magicien d’Oz, son rôle mériterait plus d’exploration.

Animaux, marginalisation, mensonges et le pouvoir de croire
Le film continue à enchérir sur les thèmes du premier acte :
Maltraitance animale : avec les animaux qui deviennent des outils pour les hommes, au risque d’être emprisonnés dans des cages.
Discrimination : représenté à travers les animaux dotés de raison et Elphaba, parmi d’autres. Des animaux se voient contraints de se cacher, de fuir, de s’exiler ou d’être déportés (un parallèle est fait aussi avec la maxime du livre original « Rien ne vaut son chez-soi ».). En plus de quelques parallèles avec Animal Farm, la phrase « On ne peut faire confiance à certains animaux » est mentionnée dans le film. Avec Elphaba, ce thème est représenté ici à travers ses dons magiques qui l’ont soutenu durant son oppression, que des personnes privilégiées convoitent pour leurs propres bénéfices. (D’ailleurs… si je recevais un nickel pour chaque film en 2025 qui parle d’un méchant manipulateur qui convoite les dons magiques d’un chanteur qui tente de sauver les plus faibles… j’aurais trois nickels. C’est bizarre que ce soit arrivé trois fois).
Propagande : avec une littérale chasse aux sorcières, pour donner un ennemi au public. Le film accentue aussi le pouvoir de croire, en expliquant que, même si la vérité était découverte, le public n’y croirait pas. « La vérité est ce que tout le monde se met d’accord pour. » Le côté factice du monde est même représenté par une pièce d’un faux décor.
Révision de l’histoire : pour enchérir avec le thème précédent. Il y a d’ailleurs un côté métafictif à ce thème, vu que l’histoire même est une révision de l’histoire de la Méchante Sorcière de l’Ouest, qui dans l’histoire originale, était une méchante dépourvue de nuances.
Parmi les nouveaux thèmes explorés, la complexité de changer un système corrompu prend le plus d’ampleur. La soif de pouvoir et de contrôle incite les privilégiés du système à le préserver, les opprimés sont trop dans le déni pour tenter de se révolter, et les personnages, à la manière de Code Geass, se questionnent sur le meilleur moyen de changer un système problématique : de l’intérieur, ou par un renversement radical?
D’autres thèmes mineurs, comme l’importance des rêves et la démonstration d’une vraie amitié, continuent d’être abordés.

Et Dorothy, dans tout cela?
Durant le film, l’histoire se raccorde à celui de The Wizard of Oz, notamment avec l’apparition du personnage de Dorothy Gale (qui, en passant, on ne voit jamais le visage durant le film), tout en continuant à suivre la perspective d’Elphaba et Glinda.
D’ailleurs, il faut noter que, même si certains changements ont eu lieu comparativement à l’histoire originale, le film présuppose que vous le connaissiez (que ce soit le livre original ou le film de 1939), vu qu’il ne récapitule pas les événements.
Cela dit, à part le fait que le film résout une incohérence de l’histoire originale, la manière dont le film se raccorde à l’histoire originale est… boiteuse, à certains moments? Notamment la raison pour laquelle certains événements ont eu lieu, ou les motivations de certains personnages par moment m’ont fait gratter la tête à quelques reprises.

Les rumeurs sur la deuxième partie
Un commentaire qui revenait souvent dans la pièce de Broadway était que le deuxième acte était moins bon que le premier. Et pour les films… c’est encore le cas.
Pour continuer sur le point précédent, certaines motivations des personnages méritaient plus d’attention, notamment lorsqu’ils prennent des décisions cruciales pour l’histoire, surtout celles opposées à leurs caractérisations de base.
Certains révélations et retournements de situations étaient également sous-développés, et créaient plus de questions qu’ils n’en répondaient (notamment en ce qui concerne une certaine fiole verte).
En somme, la fin est un peu décevante, mais j’étais rassuré que ce ne fût la fin catastrophique que je redoutais à certains moments.
Conclusion
Wicked: For Good continue dans la lancée du premier film, avec ses prouesses techniques, ses chansons mémorables, et ses personnages hauts en couleur. Malgré une fin un peu décevante, le deuxième acte reprend le flambeau du premier pour nous dévoiler la fin de l’histoire tragique de la Méchante Sorcière de l’Ouest. Wicked était un excellent film, mon coup de cœur de l’année précédente. Wicked: For Good est un bon film, qui vous fera passer un bon moment.



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