Wong Kar-wai signe une œuvre élégante et hypnotique
Cette semaine, j’ai eu la chance de découvrir une nouvelle série chinoise : Blossoms Shangai! Et je peux vous dire que ce fut une très belle surprise. Bien que j’apprécie les drames chinois pour leur beauté visuelle et leur mise en scène de l’action principalement, j’avoue avoir hésité lorsque j’ai vu que cette série abordait la thématique du marché financier et de l’évolution de la bourse dans les années ‘90. Toutefois, Wong Kar-wai (In the Mood for Love), le directeur et producteur, parvient à développer ce sujet d’une manière si juste et si envoûtante que j’ai écouté tous les épisodes qui m’ont été offerts — donc les 12 premiers — en quelques jours seulement… et ce sont des épisodes d’environ 40-45 minutes, alors imaginez-vous bien que j’y ai passé mes soirées!

Blossoms Shanghai est en fait la première série de Wong Kar-wai et, pour moi, c’est un très beau succès — autant pour l’ambiance que pour l’histoire. Il s’agit en fait de l’adaptation du roman Blossoms de Jin Yucheng, mais la série se concentre davantage sur l’un des personnages principaux, nous offrant ainsi un regard plus intime et détaillé sur son parcours et son évolution. On y suit donc les tribulations du marché financier à travers le personnage de Mr. Bao, accompagné de diverses figures importantes, dont Ling Zi, la propriétaire du Tokyo Nights (un lieu clé de la série), ainsi que Miss Wang, du bâtiment du commerce international. Cependant, l’arrivée de la mystérieuse Li Li et du puissant M. Qiang, venu de la bourse de Shenzhen, fait peser de graves menaces sur la carrière d’Ah Bao, mettant en péril autant sa vie personnelle que ses affaires professionnelles. Se déclenche dès lors une guerre économique implacable, dominée par les jeux de pouvoir et les réseaux d’influence. 

Alors, si ce n’est pas réellement un sujet qui t’intéresse, cela est possible que cette série te déplaise, malgré sa magnifique mise en scène… mais je suggère tout de même de lui donner une chance, car personnellement, malgré la thématique, j’ai adoré regarder défiler Shanghai et ses personnages des années 1990! Ah et la série est offerte en Shanghaïen (sous-titré anglais) plutôt qu’en mandarin, ce qui nous place encore plus dans cette ambiance incroyable!

Stratégies, mensonges et opportunités : un récit où rien n’est gratuit
Même si la thématique peut vous sembler trop historique, je le répète encore une fois : je vous garantis que la manière dont elle est exploitée en est tout autre! Moi qui déteste l’histoire, j’ai grandement apprécié cette série qui regorge d’actions, de complots, de combats psychologiques (manipulations, mensonges, trahisons, …) et surtout de stratégies afin de grimper au sommet de l’échelle sociale et ainsi devenir la personne la plus influente du « market ».

Malgré cette succession d’événements qui s’enchaînent à chaque épisode, j’ai trouvé que le développement des personnages demeurait excellent. Chacun évolue selon une logique spécifique : leurs ambitions, leurs failles et leurs dilemmes sont fort bien explorés, ce qui rend chacun d’eux profondément humains et attachants. Et même si certains peuvent se montrer un peu agaçants au départ, on finit malgré tout par s’y attacher. Wong Kar-wai prend réellement le temps de les installer, de les façonner, et notamment, de leur offrir une véritable trajectoire dramatique.

Mais attention! Les trois premiers épisodes peuvent vous sembler un peu chaotique, surtout si on ne connaît pas vraiment le sujet de l’échange et des « stocks », mais le tout se met rapidement en place à partir du quatrième et, ensuite, on ne peut quitter cette histoire tout simplement incroyable!

Une plongée dans l’effervescence des années 1990
Dès les premières minutes, on retrouve la signature visuelle de Wong Kar-wai : une ambiance feutrée, des couleurs vibrantes, des jeux de lumières soigneusement composés, et une mise en scène qui donne à chaque scène une aura presque hypnotique. L’esthétique est si aboutie qu’elle confère à ce Shanghai des années 1990 une allure à la fois nostalgique, élégante et mystérieuse. En d’autres termes, dès les premières minutes de la série, on est immédiatement transporté dans les années ‘90! Et ce Shanghai, on l’apprécie, on l’aime : vibrant, mouvementé, en pleine mutation, il s’impose tout simplement comme un personnage à part entière! Et ce n’est pas pour rien : j’ai appris que la production avait demandé au public de fournir de véritables objets datant de ces années, tout cela pour renforcer l’immersion des spectateurs — et le résultat, on va se le dire, est vraiment réussi!

Un vétéran du marché boursier a également été embauché pour renforcer la crédibilité de la série, et le résultat est parfaitement maîtrisé! Comme consultant, il a fourni les repères historiques nécessaires à la compréhension de la réouverture mouvementée de la Bourse de Shanghai dans les années 1990, tout en veillant à la précision des termes et l’exactitude des intrigues financières de l’histoire. À mon avis, c’est un véritable travail de recherche pour rendre hommage à cette époque, et le résultat en vaut vraiment la peine! On ressent tout le soin apporté à la mise en scène, en particulier celle de la rue Huanghe, véritable épicentre du commerce et des échanges : c’est là que se croisent investisseurs audacieux, commerçants ambitieux, agents d’influence et personnages hauts en couleur. Cette rue, toujours en effervescence, devient le théâtre de rencontres décisives, de négociations serrées et de manœuvres stratégiques qui font battre le cœur de l’intrigue. Elle incarne à elle seule l’énergie brute de Shanghai dans les années 90 : dense, imprévisible et chargée de possibilités. 

Même la musique a été soigneusement choisie pour nous immerger pleinement dans cette décennie! En tout, 57 chansons accompagnent la série, majoritairement du « Mandopop » et du « Cantopop », des styles très prisés en Chine dans les années 1990. Et je vous le dis, ces morceaux ne servent pas seulement de fond sonore : ils rythment merveilleusement bien les scènes, soulignent parfaitement les émotions des personnages et renforcent magnifiquement l’atmosphère unique de ce Shanghai en pleine effervescence… C’est un spectacle sonore tout simplement incroyable! Chaque note, chaque refrain évoque la nostalgie et l’énergie de cette décennie, rendant l’immersion encore plus intense que jamais pour nous, les spectateurs. 

Des personnages hauts en couleur
Les acteurs sont remarquables dans leurs rôles et incarnent parfaitement l’esprit des années 1990. Que ce soit à travers leurs habits, leurs expressions faciales, leurs attitudes ou leur manière de parler, chaque détail contribue à recréer fidèlement l’atmosphère de l’époque. Cette précision dans les détails permet de nous sentir pleinement immergé dans le Shanghai des années 90, rendant chaque scène plus vivante et crédible! Et cela tient bien sûr aux choix d’acteurs remarquables : Hu Ge (Nirvana in Fire), Ma Yili (To the Wonder), Tiffany Tang (My Sunshine) ou encore Xang Zhilei (Crosscurrent), entre autres, partagent l’écran dans Blossoms Shanghai et donnent vie à l’effervescence du marché chinois avec élégance et intensité!

Dans la série, bien que l’on suive principalement le parcours d’Ah Bao, depuis ses débuts où il accumulait les ennuis jusqu’à son ascension pour devenir l’homme le plus respecté du monde des affaires, chacun des personnages secondaires tient pleinement sa place dans l’intrigue. Qu’ils soient amis ou rivaux, chacun d’eux est soigneusement développé et joue un rôle déterminant dans le destin de Mr. Bao. Plus que des rôles passifs ou de « figurants », leur présence, au contraire, enrichit la série et permet de montrer la complexité des relations humaines dans un environnement aussi impitoyable que celui des affaires!

De plus, certains personnages féminins, initialement présentés comme des figures secondaires dont le rôle semblait se limiter à soutenir les ambitions des hommes, connaissent au fil des épisodes une évolution personnelle fascinante! Leur parcours personnel est minutieusement construit : on découvre progressivement leurs aspirations, leurs dilemmes intérieurs et les obstacles qu’elles doivent surmonter pour affirmer leur place dans ce monde dominé par les affaires et le pouvoir. Leur transformation est à la fois réaliste et passionnante, venant compléter la trame principale à la perfection sans jamais en compromettre la cohérence! Un équilibre parfaitement maîtrisé à mon avis.

Je trouve même que de suivre ces femmes nous permet de mieux comprendre leurs motivations et leurs choix, en nous révélant des dimensions insoupçonnées de leur personnalité et de leur influence sur les événements. Elles deviennent alors des personnages à part entière, dont la présence permet d’enrichir considérablement la série, tout en ajoutant de la profondeur et des nuances à l’intrigue principale. Cette attention portée à leur développement nous offre ainsi une perspective plus équilibrée et complète sur l’univers de Blossoms Shanghai, en soulignant encore davantage cette fameuse complexité dans les relations humaines que l’on retrouve dans cet environnement… comment dire…  cruel et intransigeant!

Blossoms Shanghai : un bijou visuel au charme mélancolique
En résumé, le travail cinématographique dans Blossoms Shanghai est tout simplement époustouflant. La série bénéficie d’un visuel remarquable qui contribue largement à son immersion, nous transportant au cœur du Shanghai des années 1990, et plus particulièrement sur la rue Huanghe, là où les marchands et les échanges prennent essor! 

Chaque plan, chaque détail visuel semble pensé pour restituer le plus fidèlement possible l’atmosphère de l’époque, avec des couleurs plus sombres qui renforcent l’authenticité et l’ambiance de ces années de transformation. Et cela, c’est sans compter l’absence de technologies modernes, comme l’IA ou d’autres mécaniques contemporaines, ce qui accentue encore plus ce réalisme et résonne très bien avec l’ambiance de l’époque! 

Et si vous vous attendez à une série lente et purement sentimentale, vous serez certainement surpris : ici, le suspense et la tension parviennent à nous tenir en haleine à chaque épisode! Les intrigues économiques et personnelles se mêlent avec brio, créant un rythme captivant qui contraste parfaitement avec la nostalgie du décor. Blossoms Shanghai réussit ainsi à combiner avec justesse beauté visuelle et tension de l’histoire, donnant vie à un Shanghai des années 1990 tout aussi vivant qu’intense.

Je dirais donc que cette première série de Wong Kar-wai est une excellente réussite et mérite pleinement sa distribution internationale qui arrivera sous peu! Je vous conseille vivement, même si vous n’aimez pas nécessairement la thématique du marché boursier— tout comme moi — de donner une chance à cette série incroyable. Elle saura vous surprendre, vous émerveiller et vous plonger dans la nostalgie des années 1990 avec une intensité remarquable et une beauté visuelle spectaculaire! 

Merci à The Criterion Channel pour le visionnement des 12 premiers épisodes!

Queen Kate 💜

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