Dès les premiers instants, il est difficile de ne pas comparer Rue Valley, le nouveau titre d’Emotion Spark Studio, à Disco Elysium. La ressemblance saute aux yeux : même disposition des menus, direction artistique peinte à la main, vue isométrique… On y ajoute un soupçon du film Groundhog Day (Le Jour de la Marmotte au Québec), et le mélange définit plutôt bien ce que propose Rue Valley.

Les fondations du personnage
Le jeu débute par la création de notre protagoniste. Le joueur distribue neuf points de personnalité entre trois caractéristiques principales : Décisions, Relations et Émotions.
Chaque caractéristique débute au neutre, et il faut choisir vers quelle extrémité la pencher.

Décisions : du côté gauche, on devient impulsif (avec les traits Casse-Cou et Impatient). Vers la droite, on glisse vers l’anxiété, débloquant Paranoïaque et Indécis.
Impossible cependant d’être à la fois impulsif et anxieux — il faut rééquilibrer avant de changer de bord.

Relations : le curseur oscille entre Introverti (Réservé, Maladroit) et Extraverti (Arrogant, Indiscret).

Émotions : ici, on navigue entre Sensible (Torturé, Mélodramatique) et Indifférent (Cynique, Désagréable).

Ces choix influencent les options de dialogue et parfois la tonalité émotionnelle du personnage, modifiant subtilement sa manière d’interagir avec les autres.

Une boucle temporelle dans le désert
L’écran affiche 8 h p.m. et le hurlement d’un cadran retentit.
Le joueur prend le contrôle de Harrow, assis dans le bureau d’un psychiatre. La séance touche à sa fin. Harrow ne semble pas savoir pourquoi il est là, il a oublié la raison de sa venue.
Quelque chose pèse, une faute, un souvenir refoulé.

Cette amnésie, tout comme la mise en scène introspective, rappelle évidemment Disco Elysium. Le clin d’œil devient encore plus évident lorsque Harrow se regarde dans le miroir de la salle de bain et éprouve de la difficulté à reconnaître son propre visage.

Rapidement, il découvre le motel poussiéreux du désert où il loge, et les étranges âmes qui y gravitent.
Quarante-sept minutes plus tard, une explosion apocalyptique orangée déchire le ciel à la suite d’un violent orage. Fin du monde. Puis… retour au bureau du psy.
Le cadran strident annonce de nouveau : 8:00 p.m.
Harrow est piégé dans une boucle temporelle.

Comprendre, changer, revivre
À chaque « journée » recommencée, Harrow peut choisir de nouvelles approches, découvrir de nouveaux dialogues et observer le monde qui se transforme au fil de ses décisions. Peu à peu, il tente de décrypter la cause de cette répétition infernale et surtout comment s’en échapper, tout en affrontant ses démons intérieurs. C’est un jeu avant tout narratif, fait pour les amoureux de lecture. Il y a énormément de texte, peu d’action, et l’essentiel de la tension repose sur le combat psychologique de Harrow, son vide, sa culpabilité, ses choix absurdes.

Jeu de rôle, vraiment ?
Sur Steam, Rue Valley est classé, entre autres, comme jeu de rôle, probablement par analogie à Disco Elysium. En réalité, il s’agit plutôt d’un jeu d’aventure narrative, riche en dialogues mais sans système de niveaux ou d’expérience. Les caractéristiques du personnage influencent bien les réponses possibles, mais pas toujours l’issue de l’histoire. Souvent, on sent que les choix teintent la conversation, mais ne changent pas fondamentalement le scénario. J’ai eu l’impression que peu importe ce qu’on dit, on finit par atteindre le même objectif. C’est un peu dommage, car le système semblait promettre des ramifications plus profondes.

Une esthétique entre peinture et bande dessinée
Visuellement, Rue Valley reste soigné et plaisant. Moins abstrait que Disco Elysium, il adopte un style plus proche de la bande dessinée, tout en conservant un rendu pictural grâce à des ombrages doux et des effets de celluloïd sur les personnages animés.
Le désert texan, les bâtiments décrépis et les visages fatigués participent à cette ambiance de solitude aride très réussie.

Une musique lente et oppressante
La bande sonore joue son rôle. La plupart du temps, elle se compose de notes étirées au piano et de vibrations de violoncelle, créant une tension sourde, presque insoutenable. Le contraste est frappant avec la musique d’ouverture, un air de western spaghetti parfaitement en phase avec l’ambiance désertique. À l’extérieur, les sons du vent et de la poussière viennent compléter cette atmosphère texane étrange et contemplative.

Petits accros techniques
Quelques bugs de dialogues surviennent : certaines répliques se répètent même si le texte évolue après qu’on a cliqué pour passer à la suite. Rien de dramatique, mais ces accros brisent un peu l’immersion.

Une œuvre intrigante mais inégale
Rue Valley raconte une histoire prenante, à la fois mystérieuse et un peu loufoque. Cependant, il n’ose pas autant que Disco Elysium. Là où ce dernier provoquait, surprenait et plongeait dans une écriture d’une richesse rare, Rue Valley reste plus sage. Le jeu, édité par Owlcat Games, possède un lexique plus limité et un univers moins tortueux. Pourtant, malgré ses faiblesses, Rue Valley garde un charme propre, grâce à son ambiance troublante, ses curieux personnages et son rythme lent, presque hypnotique.

Merci à Owlcat Games pour la copie du jeu .

Pour se procurer le jeu, c’est ici.

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