CRITIQUE DE MANGA – CALL OF THE NIGHT TOME 7

par | Nov 20, 2025

Quand les reliques du passé commencent à peser
Bonjour à tous, ici CoffeeKeep, prêt à vous replonger dans la nuit troublante et lumineuse à la fois de Call of the Night.
La dernière fois, avec le tome 6, on quittait Kô, Nazuna et le reste du petit cercle vampirique au moment où une vérité dérangeante s’imposait : les vampires ne sont pas seulement prisonniers de leur présent, mais aussi de reliques de leur passé, ces objets intimes qui semblent concentrer leurs faiblesses, leurs regrets… et parfois leurs pires secrets.

Avec le tome 7, on reprend exactement à partir de là, alors que cette chasse aux emblèmes du passé commence réellement à prendre forme et à peser sur les relations entre humains et vampires.
Publié chez Kurokawa et disponible au Québec depuis le 19 janvier 2024, ce volume signé Kotoyama propose 185 pages, vendu entre 13.99 $ et 15.99 $ selon les librairies.

La nuit, cette fois, n’a plus rien de l’échappatoire romantique ou mystérieuse des débuts. Elle devient un terrain instable, un endroit où les vérités enfouies se révèlent, où chaque relique déterrée ressemble un peu trop à une bombe émotionnelle prête à exploser… et où les liens entre Kô et les vampires se tendent autant qu’ils se renforcent.

Plongée dans les souvenirs qui façonnent la nuit
Dans ce septième tome, l’histoire nous entraîne dans un plongeon profond dans les souvenirs de Kabura, une vampire plus ancienne que Nazuna. C’est à travers son passé que nous découvrons enfin des éléments cruciaux sur la création de Nazuna : d’où elle vient, comment elle a été transformée, et surtout ce qui la rend si différente des autres. Cette plongée ouvre la porte à la rencontre d’un nouveau vampire, dont la présence vient enrichir la mythologie de la série.

En parallèle, la quête des artefacts liés à la vie humaine des vampires continue. Après les révélations sur les reliques et leur importance, c’est maintenant au tour de Midori Kohakobe de voir son histoire mise à nu. Pour remonter jusqu’à son propre point faible, un nouveau personnage fait son apparition : LG-kun, un otaku pur jus — dans un manga déjà centré sur la culture otaku, ce qui ajoute une touche comique parfaitement assumée.

Ce tome explore donc le passé d’au moins trois vampires, révélant leurs origines, leurs blessures, et leur transformation. Et plus on avance, plus on réalise que ces fragments de mémoire ne sont pas seulement des souvenirs… mais des pièces essentielles pour comprendre ce qui relie vraiment les humains et les vampires dans cet univers nocturne.

Beauté, humour et noirceur qui claquent
Visuellement, le tome 7 montre encore toute la maîtrise de Kotoyama pour jongler entre humour, mélancolie et tension dramatique. Le style reste fidèle à l’identité de la série : des lignes souples, un jeu constant entre ombres profondes et lumières artificielles, et une mise en scène qui sait créer une atmosphère unique dès la première page.

Les séquences consacrées aux souvenirs de Kabura sont parmi les plus belles du tome. Le trait se fait plus doux, plus posé, presque nostalgique. Les ombres sont plus lourdes, les visages moins caricaturés, et on ressent clairement un poids émotionnel dans chaque case : celui du temps, de la mémoire, et des choix qui ont façonné la vie des vampires.

À l’opposé, l’arrivée de LG-kun apporte une énergie complètement différente. Personnage rondouillet, un peu grassouillet même, Kotoyama joue volontairement sur un contraste visuel étonnant : malgré sa silhouette plutôt “bouboule”, LG-kun possède des yeux magnifiques, une peau impeccable et des cheveux incroyablement soyeux. Le résultat donne un personnage unique, à la fois drôle et attachant, dont l’apparence est utilisée pour créer une forme d’humour bienveillant et de fraîcheur dans un tome pourtant très axé sur le passé et les blessures psychologiques.

Les scènes nocturnes, elles, restent l’un des points forts de la série. Kotoyama transforme constamment la ville en un espace vivant : ruelles désertes, enseignes brillantes, toits enveloppés de pénombre… tout y respire cette beauté mélancolique propre à Call of the Night. Le découpage accentue cette ambiance — silencieux quand il le faut, nerveux dans les moments de tension, presque poétique dans les flashbacks.

En résumé, le tome 7 navigue avec aisance entre dramaticité, humour léger et esthétique nocturne, offrant une mise en scène qui renforce parfaitement les révélations et les nouvelles dynamiques du récit.

Analyse des thèmes
Le tome 7 de Call of the Night approfondit des thèmes déjà présents dans la série, mais qui prennent ici une dimension beaucoup plus intime. Le premier, et probablement le plus marquant, touche à la notion de responsabilité affective. Kotoyama met en scène un dilemme touchant : celui de choisir entre l’amour que l’on porte à quelqu’un… et la charge émotionnelle inattendue d’un enfant qui ne nous appartient pas. Ce conflit, traité avec pudeur, explore le sentiment de se sentir abandonné ou mis à l’écart, même lorsque l’intention de l’autre n’a rien de cruel. C’est une situation lourde, qui renforce l’idée que les vampires traînent autant de bagages émotionnels que les humains qu’ils côtoient.

À l’opposé émotionnel, un autre fil narratif du tome aborde la question du désir et de la tentation. Kotoyama joue sur une frontière très fine, presque suggestive, entre deux personnages qui semblent tellement s’apprécier que leurs pensées glissent dangereusement près du fantasme — sans jamais tomber dedans. Ce “presque”, cet équilibre fragile, crée une tension volontaire qui illustre l’ambiguïté de certaines relations nocturnes : attirance, complicité, envie… mais aussi peur d’aller trop loin ou de détruire l’équilibre actuel.

Et derrière ces situations se trouve le thème central de la série : l’obsession.
Elle est partout dans Call of the Night.
L’obsession pour la nuit.
L’obsession pour la liberté.
L’obsession pour devenir vampire.
L’obsession pour ceux qu’on aime… ou qu’on ne veut surtout pas perdre.
Dans ce tome 7, elle devient encore plus évidente. Chaque personnage semble étrangement attaché à quelque chose — une personne, une idée, un souvenir, une relique — comme si la nuit amplifiait leurs désirs au point de les rendre impossibles à ignorer.

Ce mélange de responsabilité, de désir à peine contenu et d’obsession latente donne au tome 7 une charge émotionnelle plus lourde que les précédents. La nuit n’est plus seulement un refuge ou un terrain de jeu : c’est un miroir déformant qui force chacun à affronter ce qu’il ressent réellement.

Un tome qui explore la nuit là où elle fait vraiment mal
Avec ce septième volume, Call of the Night continue de s’éloigner de sa façade légère pour toucher à quelque chose de beaucoup plus intime et dérangeant. Entre la plongée dans les souvenirs de Kabura, les révélations sur la création de Nazuna, les origines de plusieurs vampires, et l’arrivée d’un LG-kun aussi inattendu qu’attachant, ce tome élargit enfin la mythologie de la série de manière concrète.

Kotoyama parvient à mélanger le sérieux, l’humour et le malaise avec une aisance surprenante. Les thèmes de l’obsession, de la responsabilité affective, du désir et des liens invisibles qui unissent humains et vampires sont plus présents que jamais. Ce n’est pas un tome explosif, mais c’est un tome qui marque : il met en lumière ce que la nuit révèle… et ce qu’elle oblige à affronter.

Un volume charnière où chaque souvenir devient un avertissement, et où chaque émotion prend enfin toute sa place.

Merci à Interforum pour la copie du livre.

Pour se procurer le manga, c’est ici.

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CoffeeKeep

Jérémie Babin est chroniqueur au sein de l’équipe GpourGeek, où il partage avec passion ses critiques, découvertes et réflexions sur l’univers geek, les mangas, les jeux et la culture pop sous toutes ses formes. Il agit également comme intervieweur et personnalité publique pour CMGG, donnant la voix aux artistes, créateurs et fans rencontrés lors des événements geek à travers le Québec. Avec son ton authentique et son regard affûté, Coffee&Keeps vous invite à explorer les coulisses de vos passions favorites.

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