
Ce deuxième volet de mes critiques de la série School of Villains s’attarde aujourd’hui sur le tome 2. Ce volume de 178 pages, paru le 5 novembre dernier chez Mangetsu, poursuit directement l’histoire entamée dans le premier tome.
On retrouve donc la même équipe, le même ton et cette ambition de mêler école, pouvoir et crime organisé, mais cette fois sur un rythme qui me semble nettement plus lent et étiré.
La mafia au centre
Ce deuxième tome reprend les codes déjà posés : un univers contemporain, ancré dans notre époque, où l’école sert de terrain de jeu à des luttes de pouvoir entre les apprentis de la mafia. Impossible de ne pas penser à Squid Game : comme dans la série, certains jeux d’enfants ou d’adolescence sont réinterprétés pour devenir des épreuves de domination et de mort et qui sont également disputées dans la véritable mafia. Chaque faction s’affronte pour gravir les échelons de l’école, mais derrière cette façade, on comprend que l’enjeu dépasse largement le simple univers scolaire : il s’agit d’une guerre de clans, voire d’une guerre de succession pour le contrôle d’une organisation mafieuse nationale. L’univers reste cohérent et sombre, mais ce tome semble s’enliser dans des combats interminables, là où le premier offrait un meilleur équilibre entre tension et narration.

Kirinji, ou l’allégorie du politicien
Le cœur du récit reste Kirinji, ce protagoniste ambitieux au profil presque politique, et pour cause : son père est Premier ministre. Cette appartenance alimente tout le sous-texte du manga : Kirinji applique les stratégies et les logiques du pouvoir politique à un environnement criminel, comme s’il testait sur le terrain la théorie apprise à la maison.
Dans le tome 1, il prenait la tête de sa classe ; ici, il vise un échelon plus haut : le contrôle des secondes années, une étape cruciale dans sa quête du pouvoir et de la domination totale. On sent chez lui une mégalomanie bien présente, un mélange d’intelligence froide et d’arrogance. Certaines de ses interactions avec le clan des V4 montrent qu’il n’a pas froid aux yeux : il a des nerfs, c’est indéniable. Mais on peut aussi se demander s’il ne se voit pas plus royaliste que le roi, au point de finir comme un caniche qui aboie plus qu’il ne mord. Son évolution reste perceptible mais timide ; il progresse, certes, mais sans l’intensité espérée après un premier tome aussi prometteur.
Un univers maîtrisé
L’ambiance demeure sombre avec toujours cette aura de bad boy et de mafia d’école. Pourtant, je me sens moins immergé que lors du premier volume. Le scénario, trop étiré, casse par moments la tension et la fluidité du récit. On reste dans une atmosphère cohérente, mais la magie du premier tome s’essouffle un peu, comme si l’intensité avait fini par s’éroder.
Sur le plan graphique, en revanche, rien à redire. Les planches sont splendides : traits fins, cadrages précis, une vraie maîtrise artistique. Les personnages sont expressifs, bien définis, et le style conjugue habilement les codes classiques du manga avec une touche plus moderne, presque cinématographique. On sent que le dessinateur a pris le temps de soigner chaque plan. Le visuel porte littéralement le tome et maintient l’intérêt, même lorsque le scénario patine.

Combats rallongés, univers mafieux et traduction perfectible
Le premier volume m’avait laissé une excellente impression : rythme soutenu, univers dense, protagoniste intrigant. Ce deuxième tome, malgré quelques qualités évidentes, me laisse un goût d’inachevé. Les deux combats principaux, qui occupent presque tout le volume, tirent inutilement en longueur. À mon avis, on aurait pu en réduire un bon tiers sans rien perdre en intensité. Le résultat, c’est un rythme plat, un scénario qui s’étire et une immersion qui s’amenuise. C’est un peu le concept du soufflé au fromage : on le sort trop tôt et il retombe.
Je ne jette pas l’éponge pour autant : la fin surprend, avec un cliffhanger solide qui redonne envie de poursuivre. Mais je lirai le tome 3 avec un peu plus de retenue, et surtout des attentes modérées.
Côté écriture, le scénario reste solide, mais la traduction française laisse parfois à désirer : certaines bulles tombent dans l’argot maladroit ou l’enfantin, ce qui casse la cohérence avec la beauté des planches. Le choix de vocabulaire manque de justesse, et cette traduction inégale atténue l’impact scénaristique, déjà affaibli par un rythme général trop lent.
Reste une trame scénaristique cohérente, qui poursuit logiquement la progression du héros et garde sa direction. Peut-être s’agit-il d’un tome de transition, un passage nécessaire pour installer la suite, comme ces longs chapitres descriptifs dans Le Seigneur des Anneaux qui, bien que denses, servent à renforcer la profondeur du monde. Mais ici, l’équilibre entre densité et dynamisme est rompu.
Ce que je sais, en revanche, c’est que School of Villains reste une série à potentiel, capable de rebondir si elle parvient à retrouver le punch narratif de ses débuts, et surtout que je veux encore y croire !

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