
Un cocktail explosif d’artistes
Avec ce premier tome d’une série de quatre éléments, on découvre une première collaboration entre Inwan Youn, aux commandes du scénario, et Boichi qui nous partage son talent de dessinateur. Réunissant dans un mélange explosif ou un cocktail savant deux artistes déjà fortement expérimentés, on est en droit d’avoir de grandes attentes. La série débute avec un premier opus de 200 pages, dont la parution francophone date du 7 mai 2025 et qui est publiée aux Éditions Pika. Bien que la publication soit achevée au Japon, on trouve déjà le tome deux dans les librairies, et le tome trois sortira le 5 novembre 2025.
Au cœur du multivers
Certes, je ne suis peut-être pas très familier des environnements multivers, mais parfois ça passe mieux sur le grand écran que sur papier. On a un protagoniste, Marco Polo, qui débute son périple à Venise et part en expédition vers l’Asie. Toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existé serait purement fortuite. En fait non, on est clairement face à une réinterprétation du personnage historique éponyme, le grand explorateur du XIIIe siècle et, tout comme son inspiration, notre héros a débuté ses aventures au même endroit, dans la Cité des Doges. Notre personnage de fiction va se retrouver très rapidement en Asie, pour finir dans le Tokyo actuel. On remarque un changement graphique très rapide qui marque le passage d’une époque à l’autre. Et cela est appuyé par le choc du personnage qui n’a pas le temps de s’y habituer et se retrouve face à un camion prêt à l’écraser. On découvre aussi au fil de la lecture que l’univers est certes un multivers entre les époques, mais qu’il comporte aussi sa propre couche de monstres. Notre personnage se retrouve impliqué, dès son arrivée dans le Japon du XXIe siècle, par je ne sais quel miracle, dans un trafic de drogues.

Marco Polo, d’explorateur à héros de manga
Ici s’offre à nous un Marco Polo revisité en héros qui combat des monstres, qui voyage entre les époques et surtout un grand frère affectueux et protecteur. Sa fratrie est composée de quatre membres, lui inclus. Ses frères et sœurs ont été adoptés et recueillis par ses parents, dont il est apparemment le fils légitime. Et on voit, par certains flashbacks, qu’il prend son rôle très au sérieux. Mais malheureusement, ses parents sont exécutés suite à un imbroglio qui les a mêlés à des affaires royales dont ils auraient mieux fait de rester éloignés. On découvre également que Marco part en expédition, car il n’a plus les moyens de subvenir aux besoins de la fratrie.
Ambiance, scénario et travail graphique: ça avait pourtant bien commencé.
Le livre des multivers est le résultat d’une collaboration où les auteurs nous gratifient chacun du meilleur de leur art respectif. Débutons par le scénario. Loin d’être pauvre, bien au contraire. Chaque planche est fournie en bulles bien détaillées, régulièrement un peu trop. Bien que le scénario soit de qualité, il est en trop grande quantité. Mais le problème réside dans la collaboration ou l’intégration artistique avec le dessinateur. On voit que Boichi est un passionné, qu’il a de l’expérience et pas qu’un peu : le trait est assuré, les planches sont détaillées, les personnages correspondent au style du manga traditionnel, mélangé à l’animé avec une touche de fantastique et un soupçon de traits façon univers Zelda. Et là se trouve, à mon avis, le nœud du problème. On a deux artistes passionnés qui veulent mettre beaucoup de détails, faire passer des émotions, tout en condensant cela dans une série de quatre tomes. Entre une histoire touffue, manquant d’un fil rouge dans sa trame qui finit par nous perdre, et une surcharge graphique mais de qualité, on a la recette gagnante pour un manga peu digeste.
Et finalement
Je dois vous avouer que j’étais très perplexe à la fin de la lecture de ce manga. J’ai, la plupart du temps, un avis très tranché : j’adore, je trouve moyen ou je déteste. Là je suis encore partagé entre savoir si c’est moi qui ai mal compris l’environnement des multivers et ne les apprécie pas à leur juste valeur, ou si c’est simplement beaucoup trop surchargé visuellement et dans le scénario. Je n’aurais pas pensé me retrouver face à un explorateur du Moyen Âge revisité à la sauce manga, et je trouve cette idée de trame de fond bonne, voire assez drôle. Je reconnais et tire mon chapeau au travail individuel de chaque auteur. Bien que je ne sois pas certain que ça fonctionne, je vais quand même lire la série jusqu’au bout. En définitive, je n’ai pas adoré, je n’ai pas détesté, je reste sur ma note perplexe.
P.S. Si cette critique vous perd ou vous donne mal à la tête, c’est normal et c’est voulu ainsi. Car c’est dans le même état que je me suis retrouvé en clôturant ce premier tome.

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