Article écrit conjointement avec Samuel

Après une première saison acclamée, Chainsaw Man revient sur grand écran avec L’Arc de Reze, une adaptation signée MAPPA qui promet à la fois spectacle et émotion. Le studio, déjà réputé pour sa virtuosité technique, s’attaque ici à l’un des passages les plus marquants du manga de Tatsuki Fujimoto : la rencontre explosive entre Denji et Reze. Plus qu’une simple extension de la série, le film s’impose comme une œuvre à part entière, mêlant brutalité et tendresse dans un équilibre aussi fragile que fascinant.

Sorti en salles le 24 octobre 2024, Chainsaw Man: Reze Arc propose une expérience cinématographique dense et viscérale, où la fureur des combats côtoie les émotions les plus humaines.

Pour cette critique à deux voix, Samuel se penche sur les aspects visuels, techniques et narratifs de l’adaptation, la mise en scène, l’animation et la fidélité du film à l’œuvre originale, tandis que Coffee&Keeps s’intéresse à la dimension psychologique et relationnelle entre les personnages, ainsi qu’au rythme de l’avancement de l’histoire. Ensemble, nous explorons comment Reze Arc parvient à transformer la violence crue de Chainsaw Man en un drame émotionnel d’une intensité rare.

MAPPA au sommet de son art
Le visuel de Chainsaw Man: Reze Arc est tout simplement sur une autre dimension. On sent que MAPPA a encore une fois placé la barre très haut, atteignant un niveau technique et artistique rarement vu. Chaque plan semble pensé dans le moindre détail : les jeux de lumière, les ombres, le feu, les explosions… tout est d’une beauté frappante. Le jeu de couleurs est particulièrement saisissant : vif, contrasté, vivant, il capte notre regard et nous garde éveillés du début à la fin.

Les combats, eux, sont un véritable spectacle. Le battle design, comme j’aime l’appeler, se démarque par ses cadrages rapprochés et son intensité visuelle, rendant chaque affrontement viscéral et percutant. On sent que MAPPA a mis tout son cœur, son budget et son savoir-faire pour livrer un film à la hauteur de sa réputation. Et à ce niveau-là, c’est un pari totalement réussi.

La bande sonore, quant à elle, est une autre réussite : l’opening de Kenshi Yonezu nous a offert encore une fois un morceau incroyable, entraînant et plein d’énergie. Entre les sonorités japonaises classiques, trilles, cymbales, et les passages plus modernes aux accents métal ou techno, chaque morceau colle parfaitement à l’action et amplifie la tension. Rien n’est laissé au hasard, et le résultat est tout simplement grandiose.

Les liens et les cicatrices du cœur
Ce qui m’a le plus frappé dans Chainsaw Man: L’Arc de Reze, c’est la manière dont le film transforme la brutalité habituelle de la série en quelque chose de profondément intime. On reste bien sûr dans un monde de sang et de chaos, mais ici, le moteur de l’histoire, c’est le lien entre Denji et Reze. J’ai ressenti une vraie tension émotionnelle dans leur relation : à la fois sincère et fausse, douce et dangereuse. Pour la première fois, Denji semble entrevoir ce que pourrait être une vie “normale”, loin des démons et de la peur constante, mais cette illusion ne dure jamais longtemps.

Ce que j’ai trouvé particulièrement fort, c’est la manière dont MAPPA fait passer tout cela par le non-dit : des silences, des gestes maladroits, des regards fuyants. Reze apparaît d’abord comme une jeune femme au cœur tendre, débordante de douceur et de curiosité, cherchant à vivre mille expériences avec Denji. Mais derrière ses sourires et ses élans sincères, elle cache quelque chose de bien plus lourd. Au fil du film, on sent qu’elle se débat entre ce qu’elle ressent et ce qu’elle doit accomplir, et cette dualité la rend d’autant plus tragique.

Ce déchirement intérieur se reflète chez Denji, qui, sans vraiment le comprendre, s’attache à elle d’une manière qu’il n’avait encore jamais connue. Chaque moment qu’ils partagent devient un fragment d’humanité volée, une parenthèse fragile dans sa vie de chasseur. Et lorsque tout s’effondre, j’ai eu l’impression qu’on lui arrachait, à lui comme à nous, le peu d’espoir qu’il avait réussi à tisser, fil après fil, autour de ce lien impossible. L’amour devient une arme, la tendresse un piège, et au final, c’est la solitude de Denji qui résonne le plus.

Le rythme d’un battement de cœur brisé
J’ai beaucoup aimé la façon dont le rythme du film épouse cette lente descente émotionnelle. La première heure est d’un calme presque paisible : on se laisse bercer par la lumière, les couleurs, les moments de silence. Puis, peu à peu, la tension monte, jusqu’à exploser sans prévenir. Ce contraste entre douceur et violence m’a vraiment marqué.

MAPPA joue sur une alternance précise : on respire, on s’attache, et soudain, on se fait happer par la brutalité du monde de Chainsaw Man. Le montage devient plus nerveux, la caméra se rapproche, la musique s’intensifie, tout s’accélère au même rythme que la chute de Denji dans la désillusion. Ce n’est pas simplement une chute vers le chaos : c’est une montée émotionnelle parfaitement maîtrisée. À la fin, j’ai eu la sensation d’avoir couru avec lui, le souffle coupé, le cœur serré. Reze Arc ne se contente pas de raconter une histoire, il nous la fait ressentir, et c’est peut-être là sa plus grande réussite.

Au travers de tout cela, le film nous offre une expérience palpitante, comme un véritable apéritif avant le festin principal. La première heure sert d’introduction émotionnelle : elle nous permet d’entrer dans l’intimité des deux personnages, de les voir se découvrir, se rapprocher, s’apprivoiser. Ces instants suspendus, presque ordinaires, font battre le cœur de Denji comme le nôtre. J’ai ressenti chaque battement, chaque hésitation, comme une promesse fragile avant la tempête. Et même dans ses moments les plus calmes, le film ne laisse place à aucun temps mort — tout avance, tout brûle, jusqu’à ce que l’amour et la douleur se confondent dans un même éclat.

Reze Arc : plus qu’une transition, une expansion
Chainsaw Man: Reze Arc réussit à approfondir la série animée tout en assumant pleinement son rôle d’arc, et non de saison 2. On le ressent dès les premières minutes : le film s’inscrit comme une transition, une continuation directe de la saison 1 sans chercher à conclure quoi que ce soit.

L’objectif principal, la traque du démon Flingue, reste au cœur du récit, et même si le film ne nous amène pas encore à une véritable résolution, il ouvre de nouvelles pistes et prépare clairement le terrain pour la suite. Ce n’est donc pas un simple filler, mais plutôt un morceau essentiel du puzzle, un chapitre qui scelle de nouveaux éléments tout en dévoilant des réponses attendues.

Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est la redécouverte des personnages secondaires : certains qu’on avait un peu oubliés reprennent ici de la place, et on découvre de nouvelles facettes de leurs personnalités. On apprend aussi davantage sur leurs pouvoirs, leurs limites et leurs motivations, ce qui rend le tout encore plus immersif. Ce film nous donne réellement l’impression d’élargir l’univers de Chainsaw Man, tout en gardant cette cohérence sombre et intense propre à la série.

Au final, même si ce n’est pas une saison complète, Reze Arc nous offre une densité narrative impressionnante, presque équivalente à une suite, tout en laissant ce sentiment agréable d’avoir appris et découvert énormément sur cet univers brutal et fascinant.

L’amour, la lame et la mélancolie
Ce qui m’a le plus touché dans Chainsaw Man: L’Arc de Reze, c’est sa capacité à mêler la violence et la douceur sans jamais tomber dans la caricature. J’ai aimé la façon dont le film ralentit le rythme pour nous laisser respirer entre deux tempêtes, comme s’il voulait nous rappeler que même dans un monde de démons, il reste encore un peu de place pour la tendresse.

Reze m’a sincèrement surpris : je m’attendais à une antagoniste de plus, et j’ai découvert un personnage profondément humain, presque fragile, coincé entre son devoir et ses sentiments. MAPPA a réussi à transformer ce lien en un véritable drame émotionnel, où chaque regard, chaque silence, raconte plus que mille mots.

S’il y a bien un point que je retiens, c’est à quel point le film m’a fait ressentir, pas seulement regarder. Les combats sont sublimes, la musique transporte, mais ce sont les moments calmes qui m’ont le plus marqué. Ces quelques secondes où tout semble suspendu, où Denji baisse la garde et où Reze lui sourit, sont peut-être les plus puissantes de toute la saga. On sait que tout va exploser, mais on espère quand même que, pour une fois, la tronçonneuse n’aura pas besoin de rugir.

Chainsaw Man: Reze Arc n’est pas seulement un prolongement de la série, c’est une preuve de maturité. MAPPA livre ici un film viscéral, à la fois brutal et poétique, qui fait battre le cœur aussi fort que les tronçonneuses qu’il met en scène. Entre l’animation d’une précision folle, la mise en scène nerveuse et les émotions à fleur de peau, cette adaptation réussit à donner une nouvelle dimension à l’univers de Fujimoto.

Verdict final : un film aussi beau qu’implacable, où la tendresse et la douleur dansent sur la même lame.

Merci à MAPPA pour la projection en avant-première.

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